Au tableau Cécile Callou ! Dernière diffusion le

Sauvage et domestique

Quelles sont les différences entre les animaux sauvages et les animaux domestiques ? Cécile Callou, archéozoologue au Muséum national d'histoire naturelle, nous l'explique feutres en main face au tableau blanc. 

Un épisode de la série « Au tableau Cécile Callou ! ».

Réalisation : Roland Cros

Production : Universcience

Année de production : 2011

Durée : 5min36

Accessibilité : sous-titres français

Sauvage et domestique

AU TABLEAU !

Cécile Callou

Les animaux domestiques ressemblent-ils à leur forme sauvage ? Je vais répondre par une pirouette. En fait, ça dépend des espèces. Si l’on prend l’exemple du chat, du chat domestique felis catus, dont la forme sauvage est felis silvestris, il apparaît, quand on regarde la forme du crâne, qu’on a un crâne très globuleux dans un cas comme dans l’autre et qui se ressemble assez furieusement. La seule différence, c’est la capacité crânienne. Il est donc difficile de distinguer un crâne de felis catus et de felis silvestris, à part prendre des mesures assez poussées. La seule différence se situe au niveau externe. Vous savez tous que le chat a des formes différentes. Vous avez des chats à poils longs, vous avez des chats à poils courts, voire même tout nus, vous avez des couleurs différentes également. Donc, la différence entre le chat et le chat sauvage, c’est vraiment sur des caractères extérieurs.

Prenons maintenant l’exemple du bœuf, bos taurus, dont l’ancêtre n’est autre que l’auroch, bos primigenius. L’auroch était un animal qui était absolument extraordinaire, très haut, très puissant, avec une encornure extrêmement impressionnante de largement plus d’un mètre. Il est évident que les premiers néolithiques qui ont domestiqué le bœuf ont dû faire une sélection. Ils ne pouvaient pas se permettre d’avoir des animaux avec une encornure très large qui risquaient de se blesser, mais aussi de blesser l’homme. Il y a donc eu une sélection qui a amené chez le bœuf à une réduction de l’encornure, voire même dans certains cas jusqu’à une disparition. Autre fait physique, physiologique assez remarquable mais qui est beaucoup plus récent maintenant, qui date de l’industrialisation, on obtient par hypersélection des animaux qui ont des formes un petit peu étranges. Prenons l’exemple des vaches laitières, des races qui sont exclusivement dédiées au lait. Vous obtenez des vaches de profil qui ressemble à ça. Elles rentrent dans un triangle. En revanche, des vaches pour la viande, hypersélectionnées pour la viande, entreront dans un rectangle. On a besoin de la viande de l’avant et de l’arrière-train. Il existe bien évidemment toute une série de bovins mixtes à la fois lait et viande et on obtient des formes tout à fait intermédiaires.

Dernier exemple beaucoup plus complexe : c’est le cochon, le cochon qui est sus scrofa domesticus et qui est issu du sanglier, sus scrofa scrofa. Vous le voyez tout de suite en l’écrivant, il s’agit de la même espèce. Ces deux animaux, sanglier et cochon, se croisent, se reproduisent et l’on fait très tardivement. Les cochons ont été sélectionnés assez tôt, dès le néolithique mais jusqu’au Moyen-Âge, on amenait régulièrement les cochons se nourrir en forêt et on obtenait alors un croisement entre cochons et sangliers. Alors la difficulté, c’est de pouvoir les identifier. Jusqu’à l’époque... jusqu’au Moyen-Âge à peu près, toujours si l’on regarde le crâne, le crâne des suidés ressemblait à peu près à ceci, il rentrait dans un triangle. Et on voit apparaître doucement, à partir du Moyen-Âge, par sélection d’animaux - on privilégiait l’avant et le jambon donc on s’intéressait beaucoup moins au crâne - on observe donc des sélections de crâne chez les cochons qui ont cette forme-là, que l’on appelle les hyperconcaves. Aujourd’hui, nos cochons ressemblent à ça, ils ont vraiment le museau très raccourci.

Donc c’est assez intéressant de regarder tout ceci parce que quel est l’intérêt ? - je laisse mes hyperconcaves - quel est l’intérêt, finalement, de modifier ces animaux domestiques par rapport à leur forme sauvage ? Il y a un intérêt tout à fait esthétique. On a l’exemple des poules avec des plumes aux pattes. Ça n’apporte rien mais c’est joli. Ces races d’ailleurs ont été mises en place dès le XVIe siècle. On a également quelque chose d’au départ un petit peu incontrôlé ou incontrôlable par sélection. Lorsque l’on domestique des animaux, on prélève dans la nature une partie, une sous-population, et par croisement, il y a un appauvrissement génétique et on observe un certain nombre d’éléments. Le premier, c’est tout d’abord la réduction de l’arrière-crâne, la réduction du cerveau et une réduction du museau. Ça, c’est quelque chose qui est extrêmement connu. On observe également des variations de taille, soit des réductions, soit si on veut obtenir des animaux beaucoup plus forts par sélection, des animaux de grande taille.

En fait, ce qu’il ressort de tout cela, c’est qu’absolument tout, tout, tout dans ce système est sous le contrôle de l’homme.

Réalisation : Roland Cros

Production : Universcience

Année de production : 2011

Durée : 5min36

Accessibilité : sous-titres français