Ali Saïb, au tableau ! Publié le , mis à jour le

Qu'est-ce qu'un virus ?

De quoi les virus sont-ils constitués ? Armé de ses feutres et de son tableau blanc, le virologue Ali Saïb nous en dévoile les mystères.

Un épisode de la série "Au tableau Ali Saïb !".

Réalisation : Roland Cros

Production : Universcience

Année de production : 2010

Durée : 6min47

Accessibilité : sous-titres français

Qu'est-ce qu'un virus ?

AU TABLEAU !

Ali Saïd

Dans les années 80, j'étais au lycée et on entendait pour la première fois parler d'une maladie, le Sida, qui était dû à un virus, et plus particulièrement à un rétrovirus. Là, pour la première fois je me suis posé la question de savoir ce qu'était un virus. On va tenter de répondre à cette question.

Donc un virus, aujourd'hui, on considère le virus comme une entité particulaire. Avant de rentrer dans les détails de ce que peut être un virus, arrêtons-nous quelques instants sur le mot « virus ».

Le mot « virus » vient du latin qui veut dire « poison ». Donc d'emblée, on a un a priori vis-à-vis des virus et vis-à-vis de ces entités biologiques. Poison, négatif, néfaste. Donc on part du principe qu'un virus est néfaste. Essayons d'aller plus loin dans la définition. Donc, le virus est aujourd'hui une entité particulaire. Pourquoi ? C'est une particule et on est à l'échelle du nanomonde. Un virus a une taille allant de 50 nanomètres à 400 nanomètres. Donc si on pouvait avoir une analogie, si on pouvais représenter le virus comme un ballon tel que vous voyez ici, l'organisme, le corps humain représenterait un pays comme deux fois la France. Donc vous voyez qu'on n'est pas du tout à la même échelle et qu'un virus qui pénètre dans un corps, tel que le corps humain, il ne voit pas ce qu'on voit nous. Il voit d'autres entités auprès de lui, des cellules, des milliers de cellules, voire des milliards de cellules. Donc, nous, lorsqu'on va définir le virus, on va le définir avec une approche humanisée, humanisante de cette entité particulaire. Donc, rentrons dans les détails. Une particule virale est constituée majoritairement de trois éléments : des protéines, des acides nucléiques. Des acides nucléiques c'est, par exemple, de l'ADN ou de l'ARN. L'ADN c'est l'acide désoxyribonucléique, l'ARN l'acide ribonucléique. Et certains virus possèdent également des lipides. Il y a une structure très particulière dans le monde viral qu'on appelle la capside. La capside c'est une structure protéique qui va protéger le patrimoine génétique qui va se trouver à l'intérieur. Comme je vous l'ai dit tout à l'heure, certains virus possèdent également autour une enveloppe, mais pas tous. Cette enveloppe est constituée majoritairement de lipides mais également de protéines. Donc on voit que c'est une entité extrêmement simple. Biochimiquement c'est quelque chose d'extrêmement simple. Et lorsqu'on étudie ces entités particulaires, on s'aperçoit de deux choses. La première, c'est que le virus n'existe jamais seul, il existe en communauté. Un virus tel que je l'ai schématisé ici ça n'existe pas dans la nature, ça vie en communauté, d'ailleurs comme les bactéries. Ça c'est la première conclusion de nos approches scientifiques sur les virus. Deuxième conclusion, c'est qu'avec nos outils technologiques, on s'aperçoit que cette entité est totalement inerte. Il n'y a pas d'activité associée, d'activité biologique associée à ces entités particulaires. Par contre, lorsqu'on met en présence un virus avec une cellule susceptible de l'accueillir et d'être infectée par ce virus, le virus va pénétrer et va s'instaurer entre cette entité virale et ses constituants et l'entité cellulaire et ses constituants, tout un dialogue impliquant des milliers de phrases, de discours, d'interactions entre ces deux entités. Et selon le discours qui va s'établir et la communication qui va s'établir entre ces deux entités, on aura pathologie ou pas de pathologie. Donc la pathologie n'est pas, on va dire, la seule voie, on va dire, utilisée et arrivant après ce dialogue entre cellule et virus. Donc aujourd'hui on sait que lorsque le virus va pénétrer dans la cellule et lorsque la cellule lui permet de se multiplier, le virus va se multiplier et très généralement dans des zones très particulières de la cellule qu'on appelle des usines virales. Donc on voit que dès que le contexte est favorable, (la cellule qui permet la multiplication) il y a expression des potentialités de ce virus pour conduire à l'expression et finalement quelque fois, pas toujours, à la multiplication de ce virus dans un contexte favorable. On peut imager le virus comme une graine qui pourra exprimer ses potentialités lorsqu'elle sera plantée et lorsqu'on l'arrosera, on aura expression de ses potentialités qui existent dans cette particule virale.

Aujourd'hui les virologistes poussent un peu plus loin la définition du virus parce qu'effectivement jusqu'à aujourd'hui on considérait l'entité virale et la définition du virus en se focalisant seulement sur cette entité virale. Aujourd'hui on s'accorde de plus en plus à réfléchir sur une nouvelle définition du virus qui impliquerait à la fois l'entité particulaire et toutes les potentialités qu'elle peut exprimer lorsque le contexte est favorable. On voit bien que dans cette définition, on a un volet qui est aujourd'hui inerte parce que nos approches technologiques ne permettent pas d'y déceler une activité particulière et un volet totalement on va dire actif, dynamique, qui exprime toutes les potentialités de ce volet inerte. Et c'est l'une des rares entités sur notre planète, biologiques, qui a à la fois un volet que l'on dit inerte et un volet extrêmement dynamique selon le contexte dans lequel il va se positionner. Et comme je le disais tout à l'heure, selon ce contexte on aura ou non une pathologie qui pourra apparaître.

Réalisation : Roland Cros

Production : Universcience

Année de production : 2010

Durée : 6min47

Accessibilité : sous-titres français