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Dans les champs meurtris d'un agriculteur de l'Aisne (1/2)

A la veille de l'anniversaire de l'armistice de la Première Guerre mondiale, Noël Genteur, agriculteur à Craonne dans l'Aisne, explique que ses terres gardent encore aujourd'hui la mémoire des combats et des champs de bataille comme celle du Chemin des Dames : vestiges, trous d'obus, cicatrices dans le sol, ossements de soldats disparus sont exhumés par les archéologues...

Un témoignage poignant ! Ce film est tiré du webdoc "700 000 - À la recherche des soldats disparus de la Grande Guerre".

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Réalisation : Olivier Lassu

Production : Universcience, Drôle de Trame, Narratio Films, Inrap, Pictanovo, en partenariat avec TV5 Monde, RMC Découvertes, ARAC, DMPA

Année de production : 2016

Durée : 6min52

Accessibilité : sous-titres français

Dans les champs meurtris d'un agriculteur de l'Aisne (1/2)

700 000
Un webdocumentaire d'Olivier Lassu et Maxime Chillemi
Produit par Drôle de trame, Narratio films, Universcience, Investissements d'avenir, Pictanovo, Lille région image community, et l'Inrap
Avec la participation de TV5MONDE, RMC Découverte, du CNC, de la Fondation Carac, du ministère de la Défense, du Secrétariat général pour l'Administration, de la Direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives, de France Inter et du Centenaire 1914-1918

"Dans les champs meurtris d'un agriculteur de l'Aisne, partie 1"

Noël Genteur, agriculteur-éleveur, Craonne, Aisne.
-Ça ne s'est pas fait si facilement d'avoir une terre aussi belle, douce et régulière.
Mon grand-père me racontait que, à leur retour, ce n'était pas comme ça.
Elle était totalement inculte.
Quand il est arrivé, il n'y avait que des trous d'obus, des barbelés, des obus.
Mon grand-père me racontait qu'il prenait le brabant, une petite charrue.
Il partait le matin.
Le cheval faisait 2 ou 3 mètres.
Paf !
Le brabant se prenait dans un réseau de barbelés.
Il décrochait le cheval, le mettait derrière, car il ne pouvait pas l'avoir à la main.
Il le raccrochait derrière.
Hue !
Il sortait son brabant, prenait sa bêche.
Il creusait, dégageait l'obstacle.
Il le mettait sur le côté, redécrochait le cheval, le remettait devant et repartait.
Il faisait 3 ou 4 mètres.
Paf !
Il était coincé, redécrochait le cheval, ressortait son brabant, reprenait sa bêche.
Non, mais...
C'était de la folie douce.
Il disait : "Quand on avait fait 50 mètres dans la matinée sur 2 de large, on était contents.
L'année d'après, ça allait un peu mieux.
Au lieu de bloquer tous les 2 mètres, on bloquait tous les 5."
On a mis 10, 15 ans pour remettre en état.
On la ressuscite.
On lui redonne sa dignité, son pouvoir de produire.
On lui redonne sa vie, tout simplement.
Et tout n'est pas encore gagné.
C'est un travail d'hommes.
Ça a été un travail à la force de l'homme.
Et c'était hier.
100 ans, c'était hier.
Donc tout ça, c'est un héritage qui nous hante un peu, nous.
C'est aussi à cause de ça qu'on est attachés à cette terre-là.
Ce blockhaus-là est particulier, fabriqué en 1914 avec les pavés du Vieux Craonne.
Ce village était là-bas.
Il est à peu près à 120 mètres du bord de la montée, si bien que les soldats devaient faire ces 120 mètres-là face aux mitrailleuses avant d'arriver au blockhaus.
C'est presque impossible.
On a retrouvé pas mal de corps ici et là aussi, dans la pente.
Sur le front du Chemin des Dames, sur les 30 kilomètres, les historiens estiment qu'il y a entre 100 000 et 120 000 disparus, de notre côté.
Il y en a qui étaient au combat, on ne sait pas où ils sont.
C'est une nécropole, il y en a partout.
Derrière l'église, mes parents en ont sorti plusieurs.
Il y en a partout.
Sauf que dans les terres plus riches du bas, où il y a plus de limon, la terre les a absorbés.
Celui derrière le château était dans une couche d'argile, entier.
Il y avait son portefeuille, des papiers personnels qui ont permis de retrouver la trace de sa famille.
Là, c'est la 1re ligne allemande.
Le no man's land commence là.
Après, le no man's land va jusqu'au bois, là-bas.
Donc on a, à vol d'oiseau, 500, 600 mètres de no man's land.
L'attaque d'avril s'est faite sous un climat encore hivernal.
C'est-à-dire des giboulées, de la pluie, un sol détrempé.
Et surtout un terrain détruit par l'artillerie française elle-même.
Les fantassins ont payé cher.
Ce petit axe-là, c'est une cuvette.
Les fantassins n'ont pas pu monter sur ces saillants-là.
Ils ont été sous le feu des mitrailleuses, de face sur le Chemin des Dames principal, et des mitrailleuses sur les saillants.
Si bien qu'ils se sont fait prendre dans des souricières.
Ça explique le carnage.
C'est en gros 55 000, 60 000 hommes en première ligne.
Le 1er jour, 6 500 hommes par terre.
Le combat a duré 3 semaines.
Ils ont traversé le plateau qui ne fait que 300 mètres, c'est-à-dire en gros, la largeur de ce champ-là.
Quatre jours pour traverser ça à la grenade.
La terre était bleue de bonhommes.
La terre ici était bleue de bonhommes.
Témoignage des anciens combattants.
"Chez toi, la terre était bleue de bonhommes."
L'Aisne, est le département le plus détruit de toute la guerre.
Tout détruit.
Mon grand-père me racontait que, à leur retour, il n'y avait que des trous d'obus, des barbelés, etc.
C'est le drame et la chance de notre famille.
C'est qu'ils ont eu le courage de rester.
Imaginez, vous revenez et n'avez plus rien.
Il n'y a plus de village, de maisons.
Vous avez passé votre vie à créer quelque chose.
Mon grand-père n'a pas reconnu son village.
C'était un paysan de 21 ans.
Imaginez, vous vous dites : "Qu'est-ce que c'est que ce pays-là ?
Où je tombe ?
C'est chez moi."
Tout reconstruire, tout refaire.
Tout était inondé.
Les obus avaient détruit les sources, donc ils vivaient dans une sorte de marécage, isolés.
Il y avait encore les réseaux de tranchées, côté français.
Les orties faisaient 2 mètres de haut, on mettait des bâtons pour ne pas se perdre.
Le bilan de la guerre, je pense qu'il ne sera jamais fait.
Car on ne pourra pas le faire.
C'est un bilan qui n'est pas fermé.
Il durera encore longtemps, ce bilan.
Non seulement par les hommes qu'on retrouve, les surprises qu'on a parfois quand vous retrouvez 20, 30 corps à la même place.
On parle ici, sur le Chemin des Dames, du front de l'Aisne, qui fait environ 70 kilomètres de long, de 100 000 à 120 000 disparus de notre côté qui n'ont pas de sépulture, qui n'ont pas été reconnus.
Ceux-là sont encore dans le sol.
Grand-père me disait, dans les dizaines d'années qui ont suivi la guerre, que là où il y avait des corps, la végétation était différente.
Elle était beaucoup plus puissante, plus verte.
Il disait que là où il y avait des corps, les orties étaient plus...
Elle se nourrissaient du fond.
Il y avait des taches, comme ça, où des corps étaient restés.
Après, ça s'est atténué.
Pour que la terre oublie...
La terre a une sacrée mémoire, plus que les hommes.

Auteur et réalisateur : Olivier Lassu
Directeur artistique : Maxime Chillemi
Productrices : Virginie Adoutte et Audrey Ferrarese
Directeur de production : Malik Menaï
Directrice des productions : Claire Lebouteiller
Architecture & Développement Web : FuzzyFrequency – Guillaume Libersat
Développement API Backend : FuzzyFrequency – Olivier Cortes
Cheffe de projet : Sophie Chauvin
Conseiller scientifique : Gilles Prilaux, Inrap
Monteur des films : Cyril Letellier
Chef opérateur image : Olivier Lassu
Images additionnelles : Hervé Glabeck, Jean-Bernard Mercier
Chefs opérateurs son : Samuel Abraham, Florent Blanchard, Nicolas Samarine, Laurent Thirion, Brice Bertrand
Assistants lumière : Xavier-Emmanuel Lesage, sacha Kammermann
Assistant monteur et truqueur : Robin Gaussé
Mixeur : Maxence Ciekawy
Assistant son : Pierre George
Étalonneur : Baptiste Evard
Monteur additionnel : Anthony Verpoort
Assistante de production : Merryl Roche
Administratrice de production : Nathalie Karp
Documentalistes et enquêtrices en Allemagne : Nathalie Rosenblum et Catherine Bihan – Doc’Addict
Prises de vues aériennes : Denis Gliksman
Comédiens voix : Julie Pouillon et Christophe Reymond
Assistante réalisation : Gaëlle Girard
Traductrice : Ruxandra Annonier
Graphiste print : Nolwenn Guény
Stagiaire : Camille Beaudelot
Moyens techniques : Alive Events, Authot, Le Fresnoy, Gorgone Productions, La Grange Numérique, La Prod du Sud, Samedi 14, Studio Collet
Musique originale : Nicolas Devos et Pénélope Michel
Musiques additionnelles : Cezame Music Agency

Archives : Collections Jens Arndt – Collections BDIC – Bundesarchiv Berlin / Transit Film GmbH – Deutsches Pferdemuseum, Verden – ECPAD/France/SCA/réalisateur inconnu/1915-1918  –Adrien Fanget – German Federal Archives, Film Collection/Transit Film GmbH – Bundesarchiv, Abt. Filmarchiv « Ein Kampftag in der Champagne 1917 » - Grimsby Library Local History Collection – The Grimsby Telegraph – Collection Sue Kruk – Huntley Film Archives Ltd – INRAP – IMPERIAL WAR MUSEUMS – IWM CO 2533 / IWM Q 5099 / IWM Q 5098 / IWM Q 913 / IWM Q 5100 – Fonds documentaire Alain Jacques – Service archéologique d’Arras – Jean-Luc Letho-Duclos pour le Service d’archéologie d’Arras et l’INRAP – LCC County Heritage Service, Royal Lincolnshire Regimental Collection – Collection Lobster Films – Collection Éric Marchal – DR / Proscot PR company, Leith, Edinburgh – Fritz Reinhardt / Collection Jean-Pierre Ducreux – Chistoph Runge / Wikipedia Commons – Collection Christian Seelmeyer – Ville de Polle, Allemagne
© Droits réservés

Une coproduction

Drôle de Trame :
Virignie Adoutte, Claire Lebouteiller, Corinne Planchais

Narratio Films :
Audrey Ferrarese, Malik Menaï, Maurice Ribière

INRAP :
Direction du développement culturel et de la communication : Théresia Duvernat, David Raynal
Production audiovisuelle et multimédia : Marine Dubois

Pictanovo :
Dans le cadre du Fonds « Expérience Interactives »
Avec le soutien de la Région Nord-Pas de Calais – Picardie, de la Métropole Européenne de Lille, du Centre National de la Cinématographie et de l’Imagr Animée.

Universcience :
Responsable des programmes : Alain Labouze
Production : Ghislaine Mouton

Avec la participation de l’AMCSTI

Avec le soutien d’Investissements d’Avenir

Avec la participation de :

TV5MONDE www.tv5monde.com
Direction du numérique : Héléne Zemmour, Cécile Quéniart, David Gueye

RMC Découverte
Directrice de l’antenne et des programmes : Guenaëlle Troly
Responsable de l’antenne et des productions : Rodolphe Guignard
Responsable web et partenariat : Pierre Sedze

Centre national du cinéma et de l’image animée

Ministère de la Défense, Secrétariat Général pour l'Administration, Direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives (DMPA)

Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale

Avec le soutien de la Fondation d’entreprise Carac

Remerciements : Jérôme Allard, Pauline Augrain, Anne Charlotte Baudry, Marianne Béarez, Estelle Bénistant, Valérie Chopin, Anaëlle Cormier, Quentin Denimal, Guy Flucher, Philippe Fréville, Véronique Gallien, Pascal Garnotel, Éric Gleizer, Historisches Museum « Domherrenhaus », Verden, Patrick Huard, Frank Lesjean, Mireille Lorant, Antonin Lothe, Nathalie Mamosa, Dominique Massot, Florent Maurin, Ania Mehanni, Olivier Montels, Christophe Parre, Lior Rosenblum, Bruno Smadja – Cross Video Days, Mahaut Tyrell, Gilles Varin, Fréderic Vermeersch, Webprogram festival, Jean-Hervé Yvinec, Christine Zins / Samtgemeinde Bodenwerder-Polle

© Drôle de Trame & Narration Films – Universcience – Inrap – Pictanovo - 2016

Réalisation : Olivier Lassu

Production : Universcience, Drôle de Trame, Narratio Films, Inrap, Pictanovo, en partenariat avec TV5 Monde, RMC Découvertes, ARAC, DMPA

Année de production : 2016

Durée : 6min52

Accessibilité : sous-titres français