Le 8 mai 1908, la Martinique connaît une éruption majeure. La montagne Pelée entre brutalement en éruption et projette une nuée ardente meurtrière sur la ville de Saint-Pierre. En quelques minutes, près de 30 000 personnes périssent. Aujourd’hui encore, ce volcan toujours actif est considéré comme l’un des plus dangereux de la Caraïbe.
Le risque volcanique est important sur l’île de la Martinique. On est peut-être au début d’une phase qui pourrait aboutir à terme à une éruption de la montagne Pelée.
Mais comment surveiller ce monstre actif afin d’éviter la catastrophe ?
Anne-Solenne LEYGNAC est ingénieure géophysique pour l’OVSM. Elle nous emmène dans la commune de Case-Petit, ici se cache l’un des outils les plus efficaces pour surveiller en temps réel l’activité du volcan. La station sismique.
Lorsqu'il y a une fracture de plaque tectonique, ça va dégager de l’énergie et du coup générer des ondes qui vont se répandre dans le sol. Donc il faut imaginer que c’est comme une masse en équilibre sur des ressorts et pour toute vibration du sol, qui va se dérouler autour, la masse va entrer en vibration et nous permettre de détecter les séismes.
Ces données sont ensuite envoyées au siège de l’OVSM. 24 h/24, il y a toujours quelqu’un pour les analyser. Ainsi, en cas de séisme important, la réaction pourra être rapide. Justement, ce matin, Jérôme Vergne, directeur de l’OVSM, a enregistré un événement.
Donc si j’avance un petit peu sur ce qui s’est passé, donc entre 8 h et 9 h en heure locale ici ce matin. On se rend compte qu’on a eu, à un moment donné, une augmentation des vibrations du sol qu’on peut observer à plusieurs capteurs en même temps. Ça, c’est la signature d’un événement sismique. Donc là, j’ai localisé un événement qui est très probablement à l’est de la montagne Pelée. On va dire sous la zone de l’Ajoupa-Bouillon, mais à 32 km de profondeur.
Enregistrer l’activité du volcan est essentiel, car la montagne Pelée menace toujours.
La montagne Pelée, comme beaucoup des volcans actifs des Petites Antilles, produit assez régulièrement des éruptions importantes. Donc il y a des éruptions toutes les quelques centaines d’années de ce volcan-là.
La dernière éruption connue date des années 30. Une prochaine éruption est donc probable. Et les conséquences pourraient être catastrophiques pour l’île.
On peut avoir une éruption volcanique qui va générer des cendres qui peuvent retomber même jusqu’à Fort-de-France dans le sud de la Martinique et donc impacter quand même une population de plus de 350 000 habitants.
Ces sismographes sont au cœur de la surveillance de l’activité de la montagne Pelée. Il y en a 20 répartis sur l’île, avec une concentration plus importante autour du volcan. Mais la surveillance ne s’arrête pas là. Frédéric Jadelus est assistant ingénieur, son rôle est de réaliser des prélèvements d’eau au niveau d’un forage proche de la montagne.
Donc aujourd’hui, on vient faire des prélèvements géochimiques au niveau d’un forage de 10 m de profondeur qui capte des nappes phréatiques.
Si Frédéric réalise des prélèvements, c’est que les nappes phréatiques sont directement liées à l’activité sismique.
S’il y a une modification notamment au niveau du volcan, notamment une remontée du magma ou une libération de gaz, ces gaz vont venir se mélanger aux sources et donc modifier les paramètres physico-chimiques des eaux de la MP.
Sur ces eaux seront réalisées des analyses de pH, de température et de conductivité. Chacun de ces paramètres renseigne sur le dégazage de la chambre magmatique de la montagne.
Donc là, j’ai une température de 31 °C, un pH de 6,62 et une conductivité de 1092 µS/CM.
Autre prélèvement plus atypique : le dégazage du sol.
Les volcans libèrent en permanence des gaz qui remontent du magma en profondeur. Quand la quantité ou la composition de ces gaz change, cela peut indiquer que du magma est en train de remonter.
Pour mesurer ce flux, les scientifiques utilisent une cloche renversée posée directement sur le sol.
Donc là, en termes de concentration sur le sol, on est à environ 711 BPM, ce qui est relativement faible. Donc on a très peu de dégazage sur ce site.
Ces relevés sont réalisés sur plusieurs sites autour du volcan et parfois dans des endroits plus difficiles d’accès. Car certaines émissions se produisent même sous la mer.
Au large de Saint-Pierre, Anne-Solenne installe un drone sous-marin pour les observer. Après seulement quelques secondes de recherche, le drone rencontre un dégazage.
Là, on voit un banc de poissons et là, on voit des trains de bulles qui sortent du sol.
Ces bulles semblent anodines à première vue et pourtant, ce gaz provient directement de l’intérieur de la Terre. Après avoir traversé 30 km, elles arrivent en surface.
C’est un gaz qui provient du manteau lithosphérique et qui est à la racine du réservoir magmatique de la montagne Pelée. Donc ça veut dire que l’activité de ce dégazage est quand même liée à l’activité magmatique de la montagne Pelée.
Ce drone permet de mesurer leur intensité et, une fois par an, des plongeurs réalisent des prélèvements afin d’analyser leur composition.
Toutes ces données, étudiées sur plusieurs années, montrent une augmentation importante du nombre de séismes de la montagne Pelée depuis 2025.
En 2025, on a eu cette fois-ci une augmentation vraiment importante du nombre de ces séismes d’origine volcanique sous la montagne Pelée. Tout ça, ce sont des signes qui traduisent qu’on a une réactivation de la montagne Pelée. On est peut-être au début d’une phase qui pourrait aboutir à terme à une éruption de la montagne Pelée. Donc on est dans ce niveau jaune qui, comme son nom l’indique, est un niveau de vigilance dans lequel il faut être vigilant, car une éruption est possible.
La montagne Pelée, maintenant en vigilance jaune, présente un risque accru d’éruption. Dans les mois ou les années à venir, le monstre risque de se réveiller au détriment des habitants de l’île. Enregistrer, prévenir et anticiper, c’est tout le travail de l’OVSM afin qu’en cas de catastrophe, les dégâts humains et matériels soient grandement limités.