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Comprendre les stéréotypes de genre

Les garçons sont-ils meilleurs en maths que les filles ? Les filles sont-elles plus sensibles que les garçons ? A-t-on le droit de pleurer quand on est un garçon ou de jouer au foot quand on est une fille ? Le simple fait de poser ces questions met bien en évidence des stéréotypes attachés au sexe des individus qui les cantonnent à un rôle social prédéfini. L'anthropologue Corinne Fortier nous invite à une réflexion sur la construction des identités.

Un épisode de la série « Corpus ».

Pour en savoir plus sur le corps humain : le site Corpus.

corpus

Réalisation : Roland Cros

Production : Universcience, Canopé-CNDP, MGEN, Inserm, Educagri

Année de production : 2014

Durée : 3min38

Accessibilité : sous-titres français

Comprendre les stéréotypes de genre

Corinne Fortier
Anthropologue

-On a tous le même cerveau; un garçon n'a pas plus de compétences, il n'est pas plus intelligent, il n'a pas l'esprit plus abstrait, il n'est pas meilleur en maths.

Tout ça est une question de représentations sociales quand on est garçon ou fille.

On n'est pas meilleure en lettres ou plus sensible, on n'est pas plus timide nécessairement génétiquement quand on est une fille.

Il y a une différence des sexes qui n'implique pas des caractéristiques liées à la personnalité, à la compétence et à toutes ces valeurs morales qu'on attribue aux garçons et aux filles.

Et pourtant, on continue à produire ces stéréotypes de genre, à penser, par exemple, qu'une petite fille doit être plus sensible, plus retenue, être dans la pudeur, pour contrôler aussi sa sexualité.

On va lui attribuer une gestuelle particulière.

Comme je suis une femme, j'ai tendance à croiser les jambes, qui est un signe de pudeur, alors qu'un homme aura une gestuelle plus masculine et écartera les jambes.

Tout ça, ce sont des habitus stéréotypés qu'on nous inculque dès l'enfance, qui "genrent" notre corps, et qui limitent nos capacités et notre ouverture à prendre notre place en tant qu'individu, homme ou femme, dans le monde.

La question de ces stéréotypes est donc cruciale pour que tout individu, qu'il soit garçon ou fille, puisse, par exemple, pour un garçon, avoir le droit de pleurer, d'être sensible, de ne pas aimer le foot, de préférer lire, d'être parfois dans son coin, plutôt que de jouer au rugby avec ses copains.

De même, une fille n'est pas obligée d'être toujours dans la séduction, dans le corps, dans le retrait, mais peut aussi imposer sa parole, être dans l'initiative autant qu'un garçon.

On inhibe et on dévalorise ces compétences, ces sensibilités qui sont autant partagées par les garçons et les filles, mais qui, selon l'éducation, sont réfrénées.

Tout cela peut être extrêmement douloureux pour les individus et entrave l'égalité et l'épanouissement individuel puisque, je le répète, même s'il y a une différence sexuelle anatomique, tous ces comportements, cette gestuelle, ces habitudes sont "genrées" et le fruit de l'éducation.

Le défi de notre société est sans doute d'arriver à une égalité qui passe par des réformes politiques et juridiques, mais aussi, dès l'enfance, la déconstruction de ces stéréotypes masculins et féminins qui cloisonnent notre comportement dans des cases, alors que chaque individu a des potentialités bien plus grandes que cette assignation à une identité "genrée", stricte et fermée.

Réalisation : Roland Cros

Production : Universcience, Canopé-CNDP, MGEN, Inserm, Educagri

Année de production : 2014

Durée : 3min38

Accessibilité : sous-titres français