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Faut-il être beau pour survivre dans l’océan ?

La survie de certains poissons pourrait bien dépendre... de leur beauté supposée. C’est ce que suggère l’étude d’une équipe internationale portant sur plus de 2000 espèces.

Source : « The aesthetic value of reef fishes is globally mismatched to their conservation priorities », Plos Biology, 7 juin 2022

Réalisation : Maud Cadoret

Production : Universcience

Année de production : 2022

Accessibilité : sous-titres français

Faut-il être beau pour survivre dans l’océan ?

Et si la survie de certains poissons dépendait de leur beauté ?  
C’est la question à laquelle s’est efforcée de répondre une équipe internationale de biologistes. 
Ils ont découvert que bien des espèces considérées comme « moches », sont en danger, alors qu’elles sont indispensables au bon fonctionnement des écosystèmes marins. 
Les scientifiques ont demandé à 13 000 personnes d’attribuer une note à plus de 400 photographies de poissons coralliens, sur le seul critère de leur beauté.   
À partir de ces premiers résultats, ils ont conçu un algorithme d’intelligence artificielle pour étendre cette classification à un échantillon plus large de 4 400 photographies. 
Au total, l’étude attribue une valeur esthétique à 2 417 espèces de poissons. 
D’après les résultats, les plus « beaux » poissons sont colorés et le plus souvent pourvus d’un corps rond. Ils vivent dans la zone « démersale », c’est-à-dire proche des fonds marins ou des côtes. Comme les célèbres poissons-clowns, ou les poissons-anges.
En revanche, les espèces considérées « laides » ont des couleurs ternes et monotones, avec une forme de corps longue et allongée. 
Elles vivent dans la zone pélagique, au milieu des océans et des mers.   
Deux exemples bien connus en sont les sardines et les maquereaux. 
Les analyses révèlent aussi une corrélation entre les poissons les moins attirants et les poissons les plus en danger. 
Pour l’équipe, l’explication est liée à la neuroesthétique. L’humain apprécie ce qui est facile à assimiler par le cerveau. 
Ainsi, un poisson coloré sortant d’un récif corallien est rapidement identifiable, contrairement à un poisson gris dans une eau de la même couleur. 
Le public protège ce qu’il apprécie et attribue donc aux beaux poissons davantage de moyens, par exemple pour la communication. 
C’est un phénomène facile à observer pour les mammifères bien aimés comme les tigres, les pandas ou les girafes.  
Pourtant les poissons au score esthétique bas s’avèrent indispensables à l’écosystème corallien. 
Ils remplissent des fonctions écologiques uniques, contrairement aux “beaux poissons” aux fonctions écosystémiques plus courantes. 
Interview Juliette Langlois, biologiste
« Ils ont à peu près tous la même fonction, ils font à peu près tous la même chose, ce sont des herbivores ou des coralivores, qui vivent sur les récifs.
Alors que ceux qui ont des scores plus faibles ont des fonctions plus variées, ça va être soit des carnivores, soit des détritivores.
Prenons le pire scénario : si l'une de ces espèces disparait, les autres vont la remplacer et la fonction sera maintenue. Alors que pour une espèce qui a une fonction plus rare qu'elle est la seule à remplir, si cette espèce disparait, c’est tout le fonctionnement de l’écosystème qui est biaisé, qui est rendu bancal. » 

Double peine pour les espèces de poissons moches : elles sont aussi les plus pêchées.  
Pour cette chercheuse, un cercle vicieux s’opérerait au détriment de ces derniers.  
Comme ils ne sont pas beaux, il n’y a pas de scrupule à les consommer.  
La surpêche menace donc ces poissons et en plus, les espèces concernées manquent de moyens nécessaires à leur sauvegarde. 
Reste à savoir s’ils sont mangés seulement parce qu’ils sont « moches » ou parce qu'ils ont meilleur goût. 
 
 
 

Réalisation : Maud Cadoret

Production : Universcience

Année de production : 2022

Accessibilité : sous-titres français