Des ailes pour la science Dernière diffusion le

Jordanie, sur le chemin des pélerins

Adrien Normier et Clémentine Bacri partent sur les traces des civilisations disparues en Jordanie avec Pauline Piraud-Fournet, une archéologue de l'Institut français du Proche-Orient. Grâce à leur avion ultra léger, ils vont survoler des sanctuaires pour les modéliser en 3D.

Un épisode de la série "Des ailes pour la science".

Réalisation : Clémentine Bacri , Adrien Normier , Samy El Hourch

Production : Universcience, Gédéon Programmes, CNDP, ORA

Année de production : 2013

Durée : 8min40

Accessibilité : sous-titres français

Jordanie, sur le chemin des pélerins

- Moi, c'est Clémentine - Moi, c'est Adrien - On est tous les deux passionnés d'aviation. - Et aussi de voyage ! - On a décidé de parcourir la planète... - Pour mieux la comprendre et essayer de nous rendre utiles. - Nous voilà donc embarqués dans un tour du monde en 14 mois, à bord de notre avion ultra-léger. L'objectif : rencontrer des scientifiques aux quatre coins du globe, participer à leurs recherches sur le terrain et leur apporter un appui aérien. Aujourd'hui, nous mettons le cap vers la Jordanie au coeur du Moyen-Orient. Nous allons partir sur les traces de civilisations disparues. Situé à la frontière de l'orient et du bassin méditerranéen, le royaume de Jordanie est l'héritier d'une histoire riche et complexe. Durant des millénaires, de nombreuses civilisations s'y sont succédé. Des dynasties de peuples bâtisseurs qui ont laissé derrière eux d'innombrables vestiges. Nous avons rendez-vous avec une archéologue française qui étudie l'un de ces sites antiques. Après plusieurs heures de route dans le somptueux désert du Wadi Rum, nous arrivons enfin à destination. - Alors me voilà à Khirbet Edh-Dharih, je ne suis pas sûr de la prononciation. Pauline, l'archéologue, va m'expliquer tout cela en détail. Je suis ici pour la rencontrer. Elle nous a demandé de venir avec notre petit avion parce qu'elle veut nous présenter ce site. Et on verra la suite... - Bonjour - Bonjour Clémentine - Alors où sommes nous ? - Nous sommes à Khirbet Edh-Dharih un site d'époque nabatéenne et romaine sur la route des rois, qui traverse la Jordanie. Et qui est très intéressant, parce qu'il s'agit d'un grand sanctuaire, sans doute de pèlerinage. On essaye de comprendre le fonctionnement de ce sanctuaire et des constructions qui sont autour. Les fouilles archéologiques ont débuté ici en 1984. Depuis, une équipe franco jordanienne l'explore chaque année pour tenter d'en dévoiler tous les secrets. Les archéologues cherchent à savoir comment se déroulaient le culte et la vie à cet endroit là. L'occupation principale du site commence au début du 1er siècle après JC. et se poursuit jusqu'aux années 360, période qui correspond au développement du sanctuaire que les fouilles ont mis au jour. Sur une colline, on distingue encore les ruines d'un petit village composé de quelques maisons. La présence d'une huilerie témoigne de l'importance de l'huile d'olive dans la culture ancestrale jordanienne. La meilleure servait à l'alimentation et la moins bonne, aux lampes à huile. Un caravansérail pouvant accueillir les voyageurs de passage confirme, quant à lui, la position stratégique du site sur les routes antiques. Mais le bâtiment le plus imposant de Khirbet Edh-Dharih est sans nul doute son temple aux riches ornements. - En fait, c'est un gros sanctuaire très décoré. Or un petit village comme ça ne justifie pas un tel sanctuaire. C'est pour cela qu'on pense qu'il s'agit d'un sanctuaire de pèlerinage. Donc des gens venaient et ceux qui habitaient là s'occupaient des pèlerins et du sanctuaire. Les fouilles archéologiques ont révélé que ce sanctuaire fut utilisé successivement par plusieurs civilisations. Au 4e siècle, les Nabatéens ont ainsi cédé la place à une communauté chrétienne. Le temple païen s'est alors transformé en église. Dans toutes les églises, on a une abside orienté vers l'est. Donc nous on fouille quand on trouve ça. Et tout de suite, on sait qu'on a une église. En plus, c'est très courant de trouver des églises dans les anciens temples. Et quand, en plus, on trouve une inscription qui permet de confirmer ce qu'on a trouvé, c'est très très agréable. Au 7e siècle, les chrétiens furent à leur tour remplacés par des Omeyyades, une dynastie de califes arabes qui régnait alors sur l'empire musulman. Ce peuple marqua lui aussi le temple de son empreinte, gravant dans la pierre des passages du coran. Mais après trois décennies de recherche, les archéologues se posent encore de nombreuses questions sur la vie des pèlerins qui séjournèrent sur le site. Pauline nous explique donc les raisons de notre présence ici. - Ce en quoi vous pouvez nous aider, grâce aux photos aériennes, c'est de mieux cerner l'environnement du sanctuaire et les aménagements qui sont tout autour. Et le deuxième aspect qui nous intéresse beaucoup, c'est que ce sanctuaire est très isolé dans cette vallée. On a un autre site archéologique qui est situé juste à côté à 7 km, mais ces deux sites sont un peu isolés. Il s'agit de Khirbet Et-Tannour qui est au sommet d'une colline un peu plus loin dans le Wadi Al-Azhar. On pense que Dharid et Tannur dépendaient l'un de l'autre. Pour confirmer l'hypothèse des archéologues, nous allons donc photographier les deux sites depuis le ciel et réaliser des modélisations en trois dimensions. Nous allons également photographier en détail le terrain situé entre ces deux lieux, pour tenter de savoir si nos routes les reliaient autrefois. Nous arrivons au-dessus de la vallée où nous distinguons les deux sites. Nous survolons d'abord le site de Khirbet Edh-Dharih pour le photographier. Vu du ciel, le sanctuaire prend une toute autre dimension. Nous mettons ensuite le cap vers le second site et scrutons le sol en espérant découvrir les restes d'un chemin antique. Nous multiplions donc les clichés pour que Pauline et ses collègues puissent les analyser. Nous voici désormais au dessus du site de Tannur. Situé au sommet d'une colline, ce sanctuaire antique n'est entouré d'aucune trace d'habitations. Les archéologues pense donc qu'il s'agissait exclusivement d'un lieu de pèlerinage. Après plusieurs heures de survol, nous n'avons pas trouvé de traces de chemins. Mais nous utilisons les quelques milliers de photos pour produire les modèles topographiques que nous montrons à Pauline. - Quand on est sur le site, on se rend bien compte de la topographie. Mais quand on veut la présenter en France, personne ne peut évaluer la hauteur des collines, etc. Donc grâce à ce modèle 3D, déjà on peut très bien exposer la complexité générée par la géographie du site. Et par ailleurs, ça va nous permettre d'explorer beaucoup plus précisément le lien entre Dharih et Tannur et repérer éventuellement la route ancienne qui passait de l'un à l'autre. C'est super, bravo. C'est magnifique ce que vous avez fait. Il reste encore beaucoup de travail à Pauline et son équipe pour analyser toutes ces images et peut-être repérer la présence de vestiges entre ces deux sites. Pour Adrien et moi, il est temps de reprendre le large et de quitter ce désert jordanien chargé d'histoire. Curieux de découvrir de nouveaux horizons et d'apporter notre aide à d'autres projets aussi passionnants, Nous mettons le cap vers notre prochaine destination.

Réalisation : Clémentine Bacri , Adrien Normier , Samy El Hourch

Production : Universcience, Gédéon Programmes, CNDP, ORA

Année de production : 2013

Durée : 8min40

Accessibilité : sous-titres français