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Porquerolles, coffre-fort de la biodiversité

250 variétés de figues aux saveurs étonnantes, plus de 150 variétés d’oliviers dont certains supportent les gelées, le chardon bleu qui fixe les dunes, le genêt à feuilles de lin si caractéristique du sud-est de la France... Sylvia Lochon, directrice du Conservatoire botanique national méditerranéen nous fait visiter ce petit paradis de la biodiversité installé depuis 40 ans sur l’île de Porquerolles. Son rôle est de conserver la biodiversité botanique du milieu méditérréannéen français et de réintroduire des plantes menacées par l’urbanisation de cette région. Ce reportage démontre, s’il en était besoin, que la diversité végétale est le meilleur rempart contre les aléas climatiques ou phytosanitaires.

Réalisation : Alice Pouyat , Lydie Marlin

Production : Universcience

Année de production : 2017

Durée : 6min58

Accessibilité : sous-titres français

Porquerolles, coffre-fort de la biodiversité

Certains prennent le bateau au petit matin comme on prend le métro. Sylvia Lochon et ses collègues en font partie. Le bateau de 7h30, c’est le bateau des travailleurs. En fait, tous ceux qui sont là aujourd’hui c’est avant le passage des touristes, ils se rendent sur l’île pour effectuer leurs tâches quotidiennes » Destination Porquerolles, une île de la Méditerranée très prisée des touristes pour son port de plaisance et ses plages turquoises. Mais ce qui amène Sylvia et ses collègues est un trésor moins connu des visiteurs : l’île abrite le Conservatoire botanique méditerranéen. 180 hectares placés sous la protection du Parc national de Port-Cros. Un petit paradis de la biodiversité. ça c’est un pied qui est intéressant, il y a beaucoup de gousses. Elles ont l’air d’être bien pleines . Les missions de l’équipe : recenser la flore du pourtour méditerranéen français, lutter contre l’avancée des plantes exotiques envahissantes, Et conserver les espèces menacées de la région. Comme ce genet à feuilles de lin. En région Provence-Alpes-Côte d’Azur, on a beaucoup d’aménagements, c’est une région qui est peuplée, surtout sur les départements littoraux, donc la principale menace c’est l’anthropisation, l’urbanisation. Depuis 40 ans, pour préserver ces espèces menacées, le Conservatoire collecte minutieusement des graines, sauvages et comestibles. Coucou, j’amène des graines. Une fois collectées, il faut vite trier les graines, car elles peuvent être attaquées par des prédateurs. Le début d’un travail de fourmi pour les garder intactes. Il y a un petit coléoptère et un iménoptère, visiblement l’iménoptère prédate le coléoptère qui prédate la grain du genet . Après le tri, direction le dessiccateur. Cette petite machine réduit l’humidité des graines à 15%, peu à peu, pendant trois mois. Puis, les semences sont lyophilisées. L’humidité baisse alors à 3%. En même temps, une pompe à vide supprime tout l’oxygène des flacons. Adieu champignons et parasites. Les graines propres peuvent alors intégrer « le coffre-fort » du Conservatoire, une chambre froide placée à 4 degrés et sous haute surveillance. Plus de 1 900 espèces sont conservées dans 10 000 échantillons. On conserve ici des espèces pour lesquelles les stations ont disparu et on espère dans un avenir proche faire des réintroductions et permettre à ces espèces de se redévelopper sur leur site initiaux. C’est le trésor de notre biodidiversité végétale que nous gardons ici. Bien, on va voir si ça a bien poussé. Comment vont les typhas ? Je vois qu’elles commencent à sortir des pots, donc on va pouvoir les repiquer pour les mettre dans de plus grands pots. Dans ces serres, les scientifiques replantent les précieuses graines et préparent des boutures. Certaines iront restaurer des paysages dégradés, d’autres renforcer des espèces menacées. Comme le chardon bleu. La population est en forte régression, si ce n’est quasi disparue au Cap Lardier. Donc Lara tu as retrouvé des graines qui dataient ? - De 1992 dans notre banque de semence et on les a mis en culture en espérant que cela germe. Et les résultants sont plutôt bons et encourageants. C’est une plante intéressante car elle va également bien fixer le sable, donc fixer les dunes . Au détour d'un chemin, l’autre trésor du Conservatoire : une vaste collection d’arbres fruitiers méditerranéens. Depuis son arrivée à Porquerolles, il y a cinq ans, Sylvia s’est fixé un défi : relancer leur production. Pour cela, elle a fait appel à l’association d'insertion Copain. De la taille à la récolte, les employés se forment à toutes les tâches arboricoles. En août, c’est l’époque des figues. Plus de 250 variétés sont cultivées, aux saveurs étonnantes. Ici, se trouve une variété qui s’appelle la Blue Celeste, donc celles-la ont un goût sucré et presque confit de dattes. Un projet qui a séduit Marc. A l’issu de son contrat d’insertion, il a été embauché pour encadrer l’équipe. Il y a des choses à apprendre, c’est jamais tous les jours la même chose. Et puis, c’est du vivant et ça appartient au parc national, c’est le patrimoine mondial. Il y a aussi de la réinsertion avec des gens qui ont besoin de s’en sortir. Donc c’est multiple, donc cela me plait. L’équipe vend aujourd’hui cette production, prépare des confitures et fait découvrir aux visiteurs les saveurs oubliées de Porquerolles. Et Sylvia a d’autres idées dans son chapeau. Son rêve, relancer la production des champs d’oliviers, qui compte là aussi plus de 150 espèces méditerranéennes. On a affaire ici à une variété de l’Ardèche, qui s’appelle la rougette d’Ardèche. Une variété qui va subir le froid de l’hiver, donc un peu résistante au froid. Variétés résistantes aux aléas climatiques, aux maladies, aux ravageurs… Cette vaste collection est une assurance tout risque pour les générations futures. Je sens que j’ai des messages à faire passer de sensibilisation pour éviter qu’on aille vers une banalisation de la biodiversité, qu’on ne cultive plus qu’une seule variété parce qu’elle est productive, et qu’un jour, il y ait un aléas et que d’un seul coup tous les efforts faits retombent. Et donc que l’on puisse retrouver parmi toutes nos variétés celles qui sont les plus adaptées. Fin 2017, début de la récolte dans cette oliveraie d’exception, pour la première huile estampillée Conservatoire de Porquerolles.

Réalisation : Alice Pouyat , Lydie Marlin

Production : Universcience

Année de production : 2017

Durée : 6min58

Accessibilité : sous-titres français