Reportages Diffusé le

Sports virtuels, compétitions réelles

Et si vous deveniez champion du monde de vélo ou d’aviron… depuis chez vous ? Une hypothèse qui peut paraître étonnante, et pourtant de plus en plus de sports se mettent au virtuel. En clair, on peut les pratiquer à distance, grâce à un pédalier, un rameur ou encore un tapis de course connectés. Apparue avant la crise sanitaire, cette tendance est désormais en plein boom.

Réalisation : Laurent Hirsch

Production : Universcience

Année de production : 2021

Durée : 9min34

Accessibilité : sous-titres français

Sports virtuels, compétitions réelles

Si certains cyclistes ont leurs livres saints… Alors ce magasin parisien fait certainement partie de leurs lieux de pèlerinage… 450 mètres carrés, sur 2 niveaux, entièrement dédiés à l’univers de la petite reine... Un temple où ce jour-là, est retransmise une épreuve un peu spéciale…Et qui surprend même les adeptes du lieu…

Sonores Voxpop – NI
« C’est original de mettre ça. C’est vrai que ça récapitule bien l’année 2020, enfermé chez soi à pédaler… »
« Je suis assez perplexe pour l’instant. Je vois pas bien si c’est des amateurs ou des pros qui jouent, mais bon, on a un peu l’impression d’être dans un jeu video. »

Un jeu video… à ceci près que les manettes des joueurs sont ici remplacées par des home trainers, en quelques sortes des vélos d’appartement connectés. Dans le peloton, ça pédale dur… et pour cause : il s’agit là du tout premier championnat du monde du genre, organisé par l’UCI, l’Union Cycliste Internationale. Une mise en lumière officielle et prestigieuse pour cette jeune discipline, en plein boom.C’est bien simple : dans ce magasin, pour acheter un home trainer il faut savoir être patient.

Sonore Nicolas Barbe – Responsable du magasin « Kilomètre 0 »
« On a un home trainer qui nous reste… c’est le modèle qui est ici, et c’est un SAV. Là pour le moment, il n’y plus du tout de stock nulle part.  C’est ultra demandé, sur internet ça se vend plus cher que le prix normal. C’est de la folie !»

Il faut compter une centaine d’euros pour les home trainers d’entrée de gamme… et jusqu’à 3500 euros pour les modèles les plus perfectionnés. L’un d’entre eux justement est exposé à l’étage.

Sonore Nicolas Barbe – Responsable du magasin « Kilomètre 0 »
« Le vélo monte, et il descend : il réagit avec la pente. A l’arrière ça va simuler la résistance. Ca va durcir en fonction de la pente. Et après, il y a aussi le head wind : c’est ta ceinture cardio qui est reliée à ça et ça souffle en fonction de ton cardio. On peut adapter les vitesses pour que ça passe comme sur son propre vélo, on peut tout configurer… C’est ultra complet ! »

Des kilomètres d’options (et d’arguments…) pour rendre les home trainers toujours plus attrayants. Et le vélo n’est pas le seul sport à céder aux sirènes du distanciel.
Aviron, voile, running ou encore VTT… Avec la pandémie de Covid-19, le virtuel s’impose dans de nombreuses disciplines. Juste en face du Parc des Princes, à Paris, le stade Jean Bouin, qui accueille traditionnellement les rubgymen du Stade Français, abrite également un incubateur pour start-ups spécialisées dans le sport. À l’image de cette entreprise, qui a développé une interface permettant de transformer un vélo elliptique… en une paire de ski de fond.

Sonore Charlotte Berthelot – Responsable marketing chez Kinomap
« Là, on voit le nombre de watts générés, là où je me situe sur la carte, le profil du parcours. Et j’ai l’impression d’être dans le Vercors : j’ai le paysage, mais sans le froid. »

Outre une pratique sportive en distanciel, cette interface fonctionne un peu comme un réseau social.

Sonore Charlotte Berthelot – Responsable marketing chez Kinomap
« Le mode multijoueur permet de s’entraîner avec d’autres participants, qui s’entraînent au même moment. Et le mode audiochat permet de discuter au même moment, pendant la session, avec eux. »

En 5 ans d’existence, cet incubateur a vu passer plus de 100 start-ups, proposant pour beaucoup des innovations pour digitaliser le sport. Comme par exemple ces gants de boxe connectés, qui permettent de quantifier précisément les performances de celui ou de celle qui les porte. Ici, les sports virtuels ne sont pas considérés comme une mode passagère, mais bien comme une tendance de fond.

Sonore Vincent Chotel – Responsable des relations avec les partenaires du Tremplin
« Ca permet à certains acteurs du sport de lever certaines barrières, notamment de saisonnalité, de temporalité et d’organisation puisqu’aujourd’hui, on a la possibilité d’organiser des événements internationaux de manière virtuelle. Et donc derrière, ça facilite la création de liens entre les acteurs du sport, les fans et les participants, tout au long de l’année. »

Des évolutions qui cependant, ne conviennent pas à tous, loin de là… Ce jour-là sur les bords de Marne, et malgré une météo idéale, pas de sortie en aviron pour Romain Delachaume.

Ambiance encouragements
Le rameur multi-médaillé, dispute un championnat du monde… face à un rétroprojecteur. Une première pour celui qui fait partie des favoris de ce 3000 mètres.

Ambiance « 4 mètres du 1er » 
Alors qu’il bataille pour la victoire, à quelques centaines de mètres de l’arrivée, le champion craque.

Ambiance déception
Il ne retrouve pas dans le virtuel ce qu’il apprécie et lui réussit dans le réel.

Sonore Romain Delachaume – Champion d’aviron
« Moi je préfère le contact. Savoir qu’il y a quelqu’un à côté de moi, ça provoque une certaine montée d’adrénaline en plus, que là je n’ai pas. Et en fait au final, c’est moi et la machine seulement… Alors qu’avec quelqu’un à côté, avec les encouragements de la famille, des amis… c’est autre chose. »

Malgré cette contreperformance, l’entraîneur de Romain Delachaume veut essayer de retenir ce qu’il y a de positif.

Sonore Arnaud Pensec – Entraîneur d’aviron à l’Encou
« C’est la première fois qu’on fait des mondiaux avec ce format-là. C’est bizarre, mais au moins ça permet quand même de fixer des échéances durant la saison, alors que sur l’eau pour l’instant, il n’y a rien. »

Et c’est ce même raisonnement qui a poussé la fédération française d’aviron à se jeter dans le grand bain du distanciel, il y a quelques semaines. 2 jours de championnat de France en ligne, 50 personnes côté organisation, pour 2300 participants, soit plus que lors des précédentes éditions... Une performance saluée, même par le Président du Comité d’organisation de JO de Paris 2024, Tony Estanguet.

Son Tony Estanguet
« Le fait de permettre à tous les rameurs, des 4 coins de la France, de participer, de tous les âges, de tous les publics, je trouve ça juste incroyable et formidable. »

Et ce n’est certainement pas un hasard si les plus hauts représentants sportifs observent cette digitalisation du sport avec attention. Car pour la première fois cette année, le Comité International Olympique organise des épreuves virtuelles en marge des JO de Tokyo, mêlant à la fois simulation et sports en distanciel. Au programme : de la voile, de l’aviron, du baseball ou encore du cyclisme sur route. Mais peut-on encore parler de sport lorsqu’une régate par exemple s’apparente à un jeu video ?... La question divise, y compris parmi les spécialistes. Des polémiques, qui n’empêchent pas les sports virtuels de trouver peu à peu leur place… même en fac de sport. Nicolas Besombes est maître de conférence à l’Université Paris-Descartes. Ironie de la situation… c’est à distance - covid oblige - qu’il anime son cours sur les synergies entre sports et esports. Ces dernières années, les ligues professionnelles de sports virtuels se sont multipliées dans de nombreux pays.

Sonore Nicolas Besombes – Maître de conférence en sociologie du sport à l’Université Paris-Descartes
« En France, la Ligue 1 a eu son équivalent virtuel, qui s’appelle la e-Ligue 1. Vous avez l’équivalent en Angleterre avec la e-Premier League, ou encore en Allemagne avec la Virtual Bundesliga. Et vous avez la même chose sur les jeux de basket pour la NBA avec la NBA 2K League. »

Face à un tel foisonnement, le esport peut-il être l’avenir du sport ? Pour l’heure, on en est encore très loin…

Sonore Nicolas Besombes – Maître de conférence en sociologie du sport à l’Université Paris-Descartes
« Le marché de l’esport on estime qu’il est à peu près à un milliard d’euros, celui du sport à 700 milliards d’euros. Donc on est encore très loin du moment où l’esport pourrait prendre le pas sur le sport. Et surtout, je pense que le sport ne sera jamais amené à disparaître. L’histoire nous l’a déjà montré. Au moment où les sports de glisse ont émergé à la fin des années 70, tout le monde avait peur que ça fasse disparaître les sports plus anciens comme l’athlétisme ou le football. Et ce qu’on voit aujourd’hui, c’est que tous ces sports cohabitent les uns avec les autres. Et je crois que l’esport cohabitera avec les sports de glisse et les sports plus anciens. »

Et s’il y a bien une discipline où cette cohabitation est aujourd’hui très développée, c’est la Formule 1… Dans ce petit village de Provence, Nicolas Longuet, 18 ans, aime pratiquer la course à pied… Mais c’est dans la course automobile virtuelle, qu’il excelle. Volant, siège, pédalier et ordinateur dernier cri… ont envahi la chambre de celui qui fait désormais partie des 4 meilleurs pilotes mondiaux de e-Formule 1. A quelques heures de sa prochaine course, le champion enchaîne les séances d’entraînement, comme ici pour améliorer ses réflexes.

Sonore Nicolas Longuet – Champion de e-Formule 1
« Ca nous aide par exemple dans les virages, pour savoir combien de distance il y a entre toi et la voiture devant, des choses comme ça. »

Dans la pièce d’à côté, le manager du jeune champion, qui est aussi son père, a les yeux rivés sur les réseaux sociaux, où sont retransmis et analysés les exploits de son fils. Pour cet entrepreneur dans l’automobile, les grands prix virtuels sont stratégiques pour la Formule 1 : il s’agit de rester dans le coup, de rester dans la course, voire à plus long terme, de ne pas se laisser dépasser…

Sonore Christophe Longuet – Entrepreneur dans l’automobile
« Je pense qu’ils ont des problèmes de vieillissement d’audience. Notre génération, on regarde encore la télé. La nouvelle génération, pas beaucoup. Il y a tout un monde qui est en train de bouger à une vitesse très rapide. S’ils n’avaient pas touché ce monde-là, alors il leur serait passé à côté. »

Fin de l’après-midi… Nicolas Longuet, impressionnant de maîtrise et de calme, domine sa course de bout en bout… Une nouvelle victoire pour ce jeune adulte qui, outre la formule 1 virtuelle, s’est fixé un autre défi cette année : passer son permis de conduire.

Réalisation : Laurent Hirsch

Production : Universcience

Année de production : 2021

Durée : 9min34

Accessibilité : sous-titres français