Découvrez les 2052 actus du blob
image légendée

Représentation d’un homme de Néandertal, au musée national de la Préhistoire des Eyzies-de-Tayac, en juillet 2004 © AFP/Archives Patrick Bernard

La découverte d’un os gravé par Néandertal il y a 51 000 ans renforce l’idée que cet ancêtre était capable d’une activité symbolique, longtemps considérée comme l’apanage du seul Homo sapiens, selon une étude parue lundi. 

C’est un petit morceau d’os qui ne paie pas de mine. Excavé dans le nord de l’Allemagne dans un site proche d’Einhornhöhle, la Grotte de la licorne, il n’a rien de l’animal fantastique dont des fouilleurs locaux ont cherché les restes depuis le Moyen Âge. Haut d’environ six centimètres, pour quatre de large, il porte sur une face dix traits gravés, dont six formant cinq chevrons. Avec une précision qui exclut un geste accidentel. Ce motif « symbolise probablement quelque chose qui avait un sens pour Neandertal en tant que groupe », dit à l’AFP le Dr Dirk Leder, archéologue au Bureau du patrimoine de la Basse-Saxe.

Les découvertes liées à Neandertal, cette branche du genre Homo qui a disparu rapidement à partir d’il y a environ 40 000 ans, se multiplient depuis quelques années. Tout comme le regard sur ce « cousin » de l’homme moderne, longtemps considéré comme sa version plus grossière. 

Dans un article accompagnant l’étude, parue dans Nature, la paléoanthropologue britannique Silvia Bello rappelle que Neandertal savait fabriquer des outils d’os pour traiter les peaux de bête, ou pouvait pratiquer un rite funéraire. Mais aussi qu’on peut lui attribuer très peu de formes d’art. Dans le cas présent, « tout indique un savoir sophistiqué et une grande habileté du travail sur l’os ». 

Les auteurs de l’étude admettent volontiers ne pas en saisir la signification, « mais nous sommes convaincus qu’il communique une idée, une histoire, quelque chose qui avait un sens pour un groupe », remarque M. Leder. Ils en veulent notamment pour preuve le choix du support, une phalange de Megaceros, une espèce de cerf géant, aujourd’hui disparu, et qui s’aventurait rarement à l’époque à une si haute latitude. Silvia Bello y voit là « le choix d’un animal assez spécial, avec un sens symbolique ».

image légendée

Phalange de Megaceros gravée @ Nature Ecology & Evolution

L’objet, quand on le pose sur sa base « fait une figure, avec les chevrons orientés vers le haut », constate Bruno Maureille, paléoanthropologue à l’université de Bordeaux. Mais même s’il fait partie de ceux, encore un peu minoritaires, qui « considèrent que les Néandertaliens avaient les mêmes capacités cognitives que leurs contemporains », il se veut « très prudent » sur le caractère symbolique de l’objet. « Comme ces objets sont très rares, il est difficile de savoir pourquoi ils ont été réalisés, ce qui ne veut pas dire qu’ils n’avaient pas de valeur symbolique », explique-t-il à l’AFP.

Plus tard, à partir de -40 000 ans, quand Neandertal aura cédé le terrain à Homo sapiens en Europe, ce dernier va laisser une foison de représentations picturales ou d’objets ne laissant aucun doute sur leur caractère symbolique. La rareté des œuvres attribuées à Neandertal a peut-être une cause assez prosaïque, pour le Dr Leder. Sa population « vivait en groupes séparés, pas très bien inter-connectés » et ainsi, « leurs productions ont pu disparaître en tant qu’idée », faute d’être transmises. 

Avec le Pr. Thomas Terberger, préhistorien à l’université de Göttingen et principal co-auteur de l’étude, ils ont exclu que l’œuvre du graveur d’os résulte d’une influence d’Homo sapiens. Simplement parce qu’elle a été réalisée quelques milliers d’années avant que ce dernier s’aventure aussi au nord. Le sujet reste sensible, note le Dr Leder, en rappelant qu’il n’y a pas si longtemps l’idée prédominante était que « le "grand" Homo sapiens a fourni des idées intelligentes à d’autres espèces ». 

Mais dans le cas présent, selon Marylène Patou-Mathis, préhistorienne au Muséum national d’histoire naturelle, « il faut abandonner l’idée d’une influence d’Homo sapiens ». Elle est tout aussi prudente que certains de ses collègues sur le sens à donner à l’os gravé, qui reste « énigmatique ». Mais elle ne doute pas « qu’avec les Néandertaliens, nous ne sommes pas au bout de nos surprises ».