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Un grand requin blanc nage près de la côte de Cape Cod, dans le Massachusetts, le 15 juillet 2022 © AFP Joseph Prezioso

C’est un succès de protection animale aux répercussions malencontreuses : les grands requins blancs sont de plus en plus nombreux ces dernières années au large de la côte est américaine, augmentant du même coup la probabilité de rencontres malheureuses avec les nageurs. 

Chaque année, durant les mois d’été, ces prédateurs remontent la côte atlantique des Etats-Unis, vers la Nouvelle-Angleterre. Le pic de la saison intervient entre août et octobre. À Cape Cod, dans le Massachusetts, le personnage principal des « Dents de la mer » est ainsi devenu une attraction touristique, ornant casquettes et t-shirts. Mais des plages ont aussi déjà dû être temporairement fermées cette année à cause de la présence de l’animal.

Près de 300 grands requins blancs ont été équipés de balises au fil des années, et une dizaine d’entre eux sont déjà présents dans la zone, selon Gregory Skomal, biologiste spécialiste des requins pour l’Etat du Massachusetts. Il estime que plus d’une centaine de grands requins blancs peuvent passer par ces eaux chaque année. 

Des régulations ont été mises en place dans l’Atlantique à partir des années 1990 pour les protéger de la pêche. « Il y a une hausse générale de la population, que nous pensons être un rebond après (…) de très hauts niveaux de surexploitation », explique-t-il à l’AFP, même s’il reste difficile de donner une estimation précise de leur nombre. 

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© AFP

En outre, les requins blancs ont tendance à nager de plus en plus près des côtes pour chasser l’une de leurs proies préférées : les phoques. Ils ont eux aussi été protégés, et leur nombre grossit. Résultat : davantage de requins, s’aventurant plus près des zones de baignades. « Les attaques de requins sont très rares, mais ces dix dernières années, on en a vu davantage », souligne Gregory Skomal. Dans l’Etat de New York, la gouverneure vient d’annoncer des patrouilles de surveillance supplémentaires, y compris par drone ou hélicoptère. 

Sur les plages touristiques de Long Island, plusieurs morsures de requins ont déjà été rapportées par la presse — le requin blanc n’est pas forcément responsable, plusieurs autres espèces évoluant dans la région, notamment les requins-tigres et requins-taureaux. Ce nombre d’attaques est inhabituel, après trois ans sans en déplorer aucune. 

Selon Gavin Naylor, directeur d’un programme de recherche sur les requins à l’université de Floride, ce constat est lié à la présence accrue, cette année, de certains poissons attirant les prédateurs, possiblement à cause de courants chauds. Mais si localement les choses peuvent ainsi fortement varier d’une année sur l’autre, au niveau mondial, environ 75 attaques de requins sont toujours enregistrées chaque année — après une baisse à environ 60 durant les deux ans de pandémie. Le nombre de décès tourne lui autour de cinq. 

Ces vingt dernières années, seuls deux décès ont été déplorés au nord du Delaware aux Etats-Unis, à Cape Cod en 2018, et dans le Maine en 2020. Mais à l’avenir, il est raisonnable de penser que le nombre de victimes augmentera. « Il y a davantage de requins blancs, donc la probabilité va augmenter. (…) Il y aura davantage de morsures », a résumé Gavin Naylor. Pour le moment, les variations générales observées ne sont pas statistiquement significatives, selon lui.

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Un bateau servant à surveiller la présence de requins quitte le port de Chatham, dans le Massachusetts, le 15 juillet 2022 © AFP Joseph Prezioso

Les surfers, qui s’aventurent plus loin dans l’eau, représentaient en 2021 la moitié des attaques non provoquées. Plus au sud, la Floride, avec ses nombreuses plages touristiques et son climat tropical, concentre toujours 60 % des attaques américaines — et près de 40 % des attaques mondiales.

Les requins sont pourtant loin d’être les bêtes sanguinaires parfois dépeintes dans les films. Des études ont simplement montré qu’ils pouvaient prendre les surfeurs ou les baigneurs pour leurs proies habituelles — notamment les requins blancs, à la vue plutôt mauvaise. « Avec autant de gens dans l’eau dans le monde, si les requins préféraient se nourrir de proies humaines, on aurait des dizaines de milliers d’attaques chaque année », précise Gregory Skomal. 

Avec le changement climatique, l’expert s’attend à ce que la hausse des températures de l’océan rallonge peu à peu la saison durant laquelle les requins sont présents dans le nord des États-Unis. Alors, que faire pour limiter les risques ? Une application existe pour que chacun puisse signaler avoir aperçu un requin. Dans l’eau, « regardez autour de vous », conseille Nick Whitney, scientifique à l’aquarium de Nouvelle-Angleterre. Si un grand nombre d’oiseaux chassent des poissons, « cela signifie probablement que des requins qui s’en nourrissent également sont présents ».