La fin d'année 2025 a été marquée par une épidémie violente chez les bovins. La dermatose nodulaire contagieuse entraînant des mesures de lutte drastiques comme l'abattage systématique du troupeau dès le premier cas détecté. C'est plus de 3500 bovins français qui ont été abattus selon la ministre de l'agriculture Annie Genevard. En parallèle, la peste porcine africaine est aux frontières avec de nouveaux cas détectés en Italie et en Espagne. Ce genre d'épidémie animale, aussi appelé épizooties, ne se transmettent pas forcément à l'humain, mais peuvent avoir des conséquences pas très fun pour la santé publique et pour l'économie du pays. En réponse à ce risque d'épizooties, la France s'est dotée depuis 2011 d'une organisation spéciale pour surveiller et anticiper l'évolution des maladies animales. Cette organisation, c'est la plateforme d'épidémiosurveillance animale. Elle est unique au monde parce qu'elle est coordonnée à la fois par des chercheurs mais aussi par des acteurs de terrain comme des associations d'éleveurs ou de chasseurs qui apportent leur propre expertise. Alors malgré un système si robuste, pourquoi c'est encore si difficile d'anticiper l'arrivée d'une épizootie ? Pour avoir des réponses, j'ai été rencontrer Céline Dupuy qui coordonne cette plateforme d'épidémiosurveillance animale.
– Ce qui est difficile d'anticiper avec les épizooties, c'est à quel moment elles vont arriver sur le territoire. Pour la dermatose nodulaire contagieuse, comme pour d'autres maladies en ce moment comme la peste porcine africaine ou la fièvre aphteuse, on sait qu'on a un risque d'introduction de ces maladies. Après, c'est pas parce qu'il y a une maladie juste à côté qu'elle va arriver demain. Et d'un autre côté, c'est possible que, si elle est juste à côté, elle arrive demain. Un des facteurs importants de l'arrivée d'une nouvelle maladie sur le territoire, c'est les mouvements d'animaux. Les mouvements légaux pour le commerce notamment sont réglementés. Tous les animaux sont accompagnés d'un certificat sanitaire.
– La difficulté, c'est les mouvements illégaux qui peuvent aussi entraîner l'introduction de la maladie. Là où on peut agir, c'est en anticipant, en faisant de la sensibilisation auprès des acteurs, on peut espérer dissuader des personnes de faire ces mouvements illégaux sur la rage par exemple, le risque d'introduction par des mouvements illégaux de personnes qui, pensant bien faire, ramènent un chien en se disant que ce chien, voilà, il est malheureux, ils ont envie de le ramener avec eux. Et ben, comme il y a de la rage qui circule, il y a un risque d'introduction de la rage. Le dernier facteur auquel j'avais pas pensé, mais qui en fait semble évident, c'est les animaux sauvages. Certaines maladies se transmettent entre animaux sauvages et domestiques. Ça devient alors important de surveiller la faune sauvage.
– C'est le cas de la peste porcine africaine. Donc en Italie, elle est présente, elle est présente sur des sangliers. Et donc, il y a le risque que les sangliers, en se déplaçant, arrivent à passer des frontières. Et donc là, il y a toute une stratégie, regarder la couverture du territoire pour savoir Il y a une montagne, donc ça va bloquer potentiellement les sangliers... Quels sont les mouvements potentiels de ces animaux faune sauvage, pour anticiper... Sur l'influenza avière, c'est beaucoup plus compliqué parce que du coup, on est sur des animaux volants, il y a des migrations et donc là, c'est pareil en fait, on connaît quand même les couloirs de migration des oiseaux. Donc quand on va détecter des cas d'influenza avière dans les pays nordiques, tout de suite, on regarde où on en est des couloirs de migration des espèces qui sont actuellement sur ces territoires. Dans combien de temps, au vu des connaissances qu'on a sur les migrations, ces oiseaux vont passer au sud de la France. Et donc du coup, on peut anticiper sur quand sensibiliser les acteurs. Les animaux sauvages sont donc à surveiller et c'est là que le rôle des chasseurs et des associations de terrain est important parce qu'ils peuvent constater la présence d'une maladie sur la faune sauvage. Enfin, certaines maladies sont transmises par vecteurs, c'est-à-dire des insectes piqueurs comme le moustique, la tique, certaines mouches aussi. Ils volent pas à une distance très grande distance pour le coup, mais par contre peuvent se loger facilement avec les bêtes lors de transport de marchandises. C'est le cas par exemple pour la dermatose nodulaire contagieuse ou avec le moustique tigre. À l'avenir, on risque d'être de plus en plus fréquemment confrontés à des épizooties. Le dérèglement climatique élargit la zone géographique et la durée d'activité de ces vecteurs. Par exemple, pour le cas de la dermatose nodulaire contagieuse, les mouches piqueuses responsables de la transmission étaient encore actives jusqu'en décembre, avec des températures plus douces que la normale.