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Alain Marty, directeur scientifique de Carbios, en laboratoire, dans les locaux de la société à Saint-Beauzire (Puy-de-Dôme), le 1er avril 2019 © AFP/Archives Thierry Zoccolan

Et si le plastique n’était plus un déchet ? La société française de chimie verte Carbios, installée dans le Puy-de-Dôme, a développé des procédés à base d’enzymes pour repenser le cycle de vie des plastiques et les rendre recyclables à l’infini.

Chez Carbios, la petite révolution technologique concerne le recyclage du polyéthylène téréphtalate (PET), que l’on retrouve essentiellement dans les bouteilles en plastique, emballages alimentaires et aussi dans les textiles via le polyester.

Ce type de plastique contribue pour 75 millions de tonnes aux 335 millions de tonnes de plastiques produits chaque année dans le monde. La méthode la plus courante pour le recycler est jusqu’ici un procédé thermomécanique, consommateur d’énergie et soumettant le plastique à de fortes températures qui réduisent ses performances.

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Des échantillons de plastique recyclable, en laboratoire, dans les locaux de la société Carbios à Saint-Beauzire (Puy-de-Dôme), le 1er avril 2019 © AFP/Archives Thierry Zoccolan

« La grande innovation de Carbios est d’utiliser une enzyme, un matériel biologique, qui va dépolymériser le plastique », explique Alain Marty, directeur scientifique de l’entreprise installée près de Clermont-Ferrand.

Pour comprendre comment ça marche, il faut imaginer l’enzyme (une protéine) « comme un petit ciseau » qui va découper le polymère, une grosse molécule formée par l’enchaînement de monomères, comme un collier constitué de différentes perles, que l’enzyme va libérer.

Ainsi, « on peut dépolymériser “97 % du PET en seulement seize heures. On obtient un plastique zéro déchet », affirme le scientifique. Une fois libérées, les perles – ou monomères – constituant le PET, vont être récupérées puis purifiées. « Les polyméristes pourront les réutiliser pour refaire du PET puis une nouvelle bouteille ou un joli chemisier », ajoute M. Marty.

Cercle vertueux

La jeune société de chimie verte garde secrète la nature exacte de son enzyme, découverte dans la nature. Une protéine devenue une pépite en laboratoire : « souvent les enzymes n’ont pas les capacités suffisantes pour être des ciseaux efficaces. Tout le travail de Carbios est d’optimiser ces enzymes pour les rendre plus stables à la température ou plus performantes en terme de capacité de coupure », détaille cet ancien chercheur de l’Insa Toulouse, dont le laboratoire TBI (Toulouse Biotechnology Institute) travaille étroitement avec Carbios.

«L’idée, ce n’est plus de se baser sur du pétrole pour produire du plastique mais de produire du plastique à partir de déchets, à l’infini. Ainsi, l’industrie du plastique va rentrer dans le cycle vertueux de l’économie circulaire », poursuit M. Marty.

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Transformation chimique, en laboratoire, dans les locaux de la société Carbios à Saint-Beauzire (Puy-de-Dôme), le 1er avril 2019 © AFP/Archives Thierry Zoccolan

Une vision qui pourrait devenir rapidement réalité. Le groupe a en effet annoncé fin juin avoir levé près de 14,5 millions d’euros lors d’une augmentation de capital, dont le produit doit servir pour l’essentiel à construire un démonstrateur industriel de ses technologies.

Sa mise en route dans la « Vallée de la chimie » lyonnaise est prévue pour 2021. Une promesse qui séduit jusqu’aux géants de l’industrie. Après L’Oréal et Michelin, trois grands noms des boissons sans alcool – Nestlé Waters, PepsiCo et Suntory Beverage & Food Europe (Orangina) – ont à leur tour rejoint en avril le consortium mis sur pied par le groupe auvergnat.

100 % recyclable mais aussi 100 % compostable. Une filiale de Carbios, Carbiolice, créée conjointement en 2016 avec le fonds d’investissement SPI opéré par Bpifrance et le céréalier Limagrain Ingrédients, développe des solutions pour accélérer le compostage de l’acide polylactique (PLA), un plastique produit à partir de biomasse comme le maïs, la betterave sucrière ou la canne à sucre. Ce type de plastique est plus particulièrement utilisé dans la fabrication de vaisselle jetable, des pots de yaourts ou capsules de café, ou encore utilisé comme films pour la sacherie et le paillage agricole.

 Commercialisé l’an prochain

« Carbiolice a introduit les enzymes développées au cœur d’un additif facile à intégrer dans les métiers traditionnels de la plasturgie, sans modifier les paramètres, les investissements et fonctionnalités des usines de fabrication de plastique », détaille Nadia Auclair, directrice générale de la start-up.

L’utilisateur pourra ainsi composter son PLA « en moins de six mois dans des conditions industrielles et en moins d’un an » au fond du jardin.

Pour se tailler une place de choix dans ce marché qui s’annonce gigantesque, Carbiolice a signé un accord de co-développement avec le leader mondial de la production d’enzymes, le Danois Novozymes. Leur collaboration doit permettre la production et l’approvisionnement d’enzymes destinées à la fabrication de cet additif nouvelle génération, dont le lancement commercial est prévu l’an prochain.