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centre de conférences de Charm el-Cheikh, en Egypte, où se tient la COP27 © AFP Mohammed Abed

« Il reste beaucoup de travail » pour surmonter les divisions entre pays riches responsables du réchauffement et pays pauvres qui réclament de l'aide pour y faire face, a prévenu lundi le président de la COP27 au début de la deuxième semaine de négociations à la conférence de l'ONU. « Nous avons terminé sur certaines questions, mais il reste encore beaucoup de travail si nous voulons obtenir des résultats significatifs et tangibles dont nous pourrons être fiers. Il faut maintenant changer de vitesse », a exhorté Sameh Choukri, président de la COP27, lors d'un bref point d'étape en ouverture de la dernière ligne droite de la conférence mondiale sur le climat à Charm el-Cheikh, en Egypte, prévue jusqu'à vendredi.

Le chef de la diplomatie égyptienne a listé les points litigieux, soit tous les chapitres importants : l'atténuation (baisse des émissions), l'adaptation aux effets prévisibles du changement climatique et les finances, notamment pour les « pertes et dommages » déjà inévitables, qui frappent souvent les pays les plus pauvres, les moins responsables du réchauffement. « Construire les ponts » Simon Stiell, patron de l'agence ONU-Climat, a fait écho à cette liste dans un tweet: « les peuples et la planète attendent de ce processus qu'il tienne ses promesses ». Et d'appeler à « construire les ponts nécessaires pour progresser sur (la limitation du réchauffement à) 1,5°C, l'adaptation, le financement et les pertes et dommages ».

Il y a un an, à la précédente COP à Glasgow, quelque 200 pays s'étaient engagés à « maintenir en vie » l'objectif le plus ambitieux de l'accord de Paris. C'est-à-dire limiter le réchauffement à +1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle, en rehaussant leurs engagements de réduction de gaz à effet de serre pour la COP27. Mais moins d'une trentaine l'ont fait, mettant la planète sur la voie au mieux d'un réchauffement de +2,4°C. Et la première semaine de la COP27 n'a pas vu beaucoup d'annonces, à l'exception du Mexique. Selon plusieurs observateurs, la Chine et l'Arabie saoudite ont même fait savoir leur réticence, déjà exprimée dans le passé, à voir dans la déclaration finale la référence à l'objectif de +1,5°C, insistant sur le principal objectif de l'accord de Paris de « nettement en dessous » de +2°C. « La plupart des pays ici n'a pas l'intention de revenir en arrière », a insisté l'émissaire spécial américain pour le climat, John Kerry, mais les décisions se prennent par consensus et un pays peut à lui seul bloquer la machine.

Les regards sont tournés lundi sur l'issue de la rencontre entre les présidents chinois Xi Jinping et américain Joe Biden avant le sommet du G20 en Indonésie.

« Pousser plus fort »

Les relations entre les deux plus gros émetteurs mondiaux de gaz à effet de serre sont en effet très tendues, ce qui fait craindre des répercussions sur les négociations sur le climat. M. Choukri a demandé aux délégations d'achever les travaux techniques mardi, afin de pouvoir passer ensuite la main aux ministres attendus à Charm el-Cheikh.

Dans la déclaration finale, il faut « un certain nombre de choses qui disent aux gens +on vous a entendus, il y a une urgence, c'est tout le monde sur le pont et on va utiliser tous les leviers pour décarboner la planète+ », résume Alden Meyer, analyste au groupe de réflexion E3G.

Du Pakistan noyé sous les inondations il y a quelques mois aux petites îles du Pacifique menacées par la montée de l'océan, les pays en développement réclament de leur côté plus d'argent aux pays riches qui n'ont pas respecté leur promesse de porter à 100 milliards de dollars par an leur aide destinée à la réduction des émissions et l'adaptation aux impacts. Ils revendiquent également désormais la mise en place d'un mécanisme spécifique pour faire face aux « pertes et dommages » déjà subis. Europe et Etats-Unis y sont notamment très réticents, et le président Biden a soigneusement évité le terme lors de son bref passage vendredi à la COP, plaidant plutôt pour mobiliser le secteur privé.

Créer un mécanisme dédié, « est-ce que c'est la bonne solution? On pense que ce n'est pas le cas », indique de son côté une source européenne, préférant l'utilisation d'organismes existants comme le Fonds Vert pour le climat. La présidence allemande du G7 et une soixantaine de pays vulnérables ont lancé lundi à la COP27 un « bouclier », nouvelle structure pour aider, notamment via des assurances, les populations à financer les impacts du réchauffement, initiative accueillie avec prudence par les ONG.

« Nous n'abandonnons pas le combat, il faut pousser et pousser plus fort », a déclaré Henry Kokofu, négociateur du Ghana, s'exprimant au nom du Climate Vulnerable Forum qui rassemble près de 60 pays. « Le plus gros problème est le manque de volonté politique, la réticence à voir l'urgence climatique », a commenté de son côté la ministre de l'Environnement des Maldives Aminath Shauna, refusant tout « compromis ».