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Un homme ramasse des objets recyclables pour les vendre au milieu de plastiques et d'autres débris échoués sur la plage de Kedonganan, dans la zone touristique de Kuta, sur l'île de Bali, en Indonésie, le 19 mars 2024 © AFP Sonny Tumbelaka

Les négociations mondiales pour mettre sur pied le premier traité visant à lutter contre les déchets plastiques, qui inondent la nature du fond des océans au sommet des montagnes, ont repris mardi à Ottawa au Canada. « Le message est clair. Le monde compte sur nous pour mettre en place un nouveau traité qui guidera les actions et la coopération internationale nécessaires pour un avenir sans pollution plastique » a déclaré Luis Valdivieso, le président du Comité international de négociations (INC) de l’ONU-Environnement. « Nous ne pouvons pas échouer », a-t-il ajouté en déclarant la session de négociations ouverte. 

L’objectif fixé en 2022 était de finaliser un texte d’ici la fin de l’année 2024 pour lutter par des mesures concrètes contre la prolifération de déchets plastiques partout sur la planète. La réunion d’Ottawa est jugée cruciale par les négociateurs, car il ne restera ensuite plus qu’une rencontre en Corée du Sud, en fin d’année. La tâche qui les attend s’annonce toutefois ardue, puisque les pays restent divisés sur le degré d’ambition du traité.

 Pour le ministre de l’Environnement canadien Steven Guilbeault, hôte des discussions, il n’y a pas de « solution miracle ». « Pour assurer le succès des négociations nous devons reconnaître que nous ne pouvons pas choisir entre recycler, interdire ou innover. Nous devons faire les trois », a-t-il ajouté. Dans un entretien quelques jours avant la rencontre, il avait estimé que l’objectif était de « parvenir à avoir un texte avec 60 à 70  ; % des éléments validés » à la fin des discussions à Ottawa, le 29  ; avril. « Le temps joue contre nous, à la fois en matière de négociations du traité, mais aussi en ce qui concerne la quantité de déchets que la planète peut supporter pendant que nous délibérons », a rappelé mardi Inger Andersen, la directrice du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE).

Microplastique dans le lait maternel 

Si les différentes parties se rejoignent sur la nécessité d’un traité, elles divergent en effet sur le fond. Certains pays et les ONG environnementales plaident pour une forte réduction de la production plastique d’ici 2040. Mais des pays producteurs de pétrole et les lobbys de l’industrie militent davantage en faveur du recyclage.

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Des militants écologistes brandissent des pancartes sur lesquelles on peut lire « Mettons fin à la pollution plastique ! » lors d’une campagne organisée à l’occasion de la Journée internationale de la Terre, à Séoul, en Corée du Sud, le 22 avril 2024 © AFP Jung Yeon-je

L’enjeu est immense car le plastique, issu de la pétrochimie, est partout. Des microplastiques ont même été détectés dans le sang ou le lait maternel. Et la pollution plastique ne cesse de s’aggraver. Elle pourrait tripler d’ici à 2060 si rien n’est fait. Or, seulement 9 % des plastiques sont recyclés. 

Lors des négociations de Nairobi en novembre, le projet de traité est passé de 30 à 70 pages, certains pays ayant insisté pour inclure leurs objections aux mesures plus ambitieuses telles que les limites de production ou la réduction progressive. Parmi eux, l’Arabie saoudite et d’autres membres de l’Opep, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole. À l’opposé, les 65 membres de la « Coalition de la haute ambition », présidée par le Rwanda et la Norvège, et qui compte la majorité des pays de l’Union européenne, appuient des mesures plus ambitieuses.

 Optimiste

« Ce traité représente une opportunité monumentale », estime Neil Nathan de l’Université de Californie à Santa Barbara. « Des mesures juridiquement contraignantes sont nécessaires pour éviter un accord édulcoré qui ne répondrait pas aux besoins du moment », ajoute-t-il. Les négociations d’Ottawa nous diront s’il est possible ou non de parvenir à un accord d’ici à la fin de l’année, juge l’ONG Ocean Conservancy. « Les négociations de Nairobi ont été un coup de semonce pour de nombreux pays », estime auprès de Graham Forbes de Greenpeace, présent à Ottawa pour le sommet. Il se veut optimiste estimant que cela a fait évolué certains pays. Ainsi, les États-Unis sont prêts à évoquer « le cycle de vie complet du plastique », une porte d’entrée pour envisager de mettre des limites à la production.

De leur côté, les producteurs de plastique « ne soutiennent pas la réduction de la production comme solution au problème », explique à l’AFP Stewart Harris, qui représente l’American Chemistry Council (ACC). « Nous avons besoin d’un accord qui se concentre sur l’élimination des déchets plastiques » ajoute-t-il évoquant le recyclage et l’économie circulaire. Après les négociations d’Ottawa, les responsables mondiaux ont rendez-vous en Corée en Sud en fin d’année.