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L’écrivain et militant écologiste français Pierre Rabhi à Salé, au Maroc, le 7 octobre 2018 © AFP/Archives Fadel Senna

Il a marqué de son empreinte la pensée écologiste et était une référence pour de nombreuses personnalités : l’écrivain et philosophe Pierre Rabhi, pionnier de l’agro-écologie en France et cofondateur du mouvement Colibris, est décédé samedi à l’âge de 83 ans. Auteur notamment de Vers la sobriété heureuse, plaidoyer sur la « joie de vivre dans la simplicité », vendu à plus de 460 000 exemplaires, ce militant de la cause écologiste est mort samedi des suites d’une hémorragie cérébrale, a indiqué à l’AFP son fils, Vianney.

Ce pionnier du néo-ruralisme, né en 1938 aux portes du Sahara algérien, s’était installé en 1961 dans une ferme en Ardèche. Il restera comme l’un des pionniers de l’agro-écologie – pratique agricole visant à régénérer le milieu naturel en excluant pesticides et engrais chimiques. Une méthode appliquée dès les années 1980 en Afrique sub-saharienne, où il effectuera de nombreux séjours. 

« Les colibris et l’écologie sont en deuil », a réagi La Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) sur Twitter. Pierre Rabhi avait choisi ce petit oiseau pour illustrer sa philosophie en se fondant sur une légende amérindienne : face à un incendie dans une forêt, le colibri « s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu », suscitant les sarcasmes des autres animaux. « Je je fais ma part », répondait-il dans cette légende que Rabhi ne cessait de conter.

Grand admirateur de Socrate, il disait que « chaque être humain doit tenter de se connaître de façon à se changer positivement ».« Parfois présenté comme un technicien, il s’intéressait à l’intériorité des gens, a souligné son fils Vianney. Il a touché de nombreuses personnes ». En lui, le moine bouddhiste Matthieu Ricard voyait un « frère de conscience ». Et il était admiré par l’actrice Marion Cotillard comme par l’ancien ministre Nicolas Hulot. Ses ouvrages, innombrables, ont rencontré à chaque fois un succès indéniable. 

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Pierre Rabhi dans sa ferme de Montchamp près de Berrias-et-Casteljau, le 29 mars 2011 © AFP/Archives Philippe Desmazes

L’annonce de son décès a suscité de nombreuses réactions dans la sphère politique et écologiste, à commencer par celle du candidat vert à la présidentielle, Yannick Jadot, qui a salué la mémoire de « l’un des grands précurseurs de l’agroécologie ». « Cher Pierre Rabhi, vous nous manquez déjà terriblement, une tristesse profonde nous envahit. Laboureur de la terre et laboureur des consciences, vous nous avez appris l’humilité dans l’immensité de la tâche », a réagi sur Twitter l’ancienne ministre socialiste Ségolène Royal. Plus partagée, l’écoféministe Sandrine Rousseau a salué la mémoire d’un « précurseur incroyable de l’écologie, la sobriété heureuse et le colibri » mais un « conservateur sur les questions sociétales, l’homosexualité et les femmes ». 

Avec Cyril Dion – l’auteur du documentaire militant à succès Demain –, Pierre Rabhi avait co-fondé le mouvement citoyen des Colibris, qui appelle aux actions locales, comme les jardins partagés, les fermes pédagogiques ou encore les circuits d’approvisionnements courts. « Aujourd’hui, j’ai perdu un ami. Un grand frère. Ça crève le cœur. On n’était pas toujours d’accord et ces dernières années on s’était un peu éloignés mais Pierre a été une des rencontres qui a changé ma vie », a écrit Cyril Dion sur Instagram.

« Il y a une espèce d’inconscience, nous sommes dans une modernité aveugle, dans le sens où l’on ne voit plus que le gain financier, soulignait en 2018 Pierre Rabhi dans un entretien avec l’AFP. À titre personnel, je gagne bien ma vie, je ne le nie pas… mais je ne suis pas millionnaire », confiait-il à l’époque, en réponse à une polémique sur ses revenus qui lui avait laissé un goût amer. Celui qui fut l’ami de Thomas Sankara ou du légendaire violoniste Yehudi Menuhin connut une certaine exposition médiatique en 2002, lors d’une éphémère candidature à la présidentielle, pour déjà « introduire dans le débat l’urgence écologique et humaine ». Père de cinq enfants, il a ensuite partagé son temps entre interviews, animation de ses fondations, conférences et rédaction d’ouvrages.