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Une piscine de refroidissement pour combustibles nucléaires, le 22 novembre 2018 à la Hague, dans la Manche © AFP/Archives Kenzo Tribouillard

Enfouissement, entreposage en piscine ou à sec... Le débat sur la gestion des matières et déchets radioactifs commence demain et doit durer jusqu’au 25 septembre. Il soulève des questions techniques, mais aussi sociales : quel héritage laisser aux générations futures ? « Nous voulons donner une dimension plus complète du sujet, voir derrière ce que ça signifie pour la société », a expliqué à l’AFP Isabelle Harel-Dutirou, présidente de la Commission nationale du débat public. 

Témoin de ce choix : un logo où des mains stylisées colorées se dressent vers des fûts jaunes frappés du « trèfle » noir symbole de radioactivité. Ces mains représentent la demande de parole mais aussi les marques laissées par l’Homme dans les grottes préhistoriques. Parce que « l’un des sujets profonds de ce débat est la question d’éthique, de transmission, la question de la gestion des déchets sur du très long terme », selon I. Harel-Dutirou. Très long terme surtout pour les déchets de haute activité et ceux de moyenne activité à vie longue : jusqu’à plusieurs centaines de milliers d’années.

Il n’existe aujourd’hui aucun centre de stockage de ces déchets les plus dangereux, mais depuis 2006, une loi a fait le choix d’un stockage géologique profond ayant donné naissance au très controversé projet d’enfouissement Cigéo, à Bure (Meuse). « Aujourd’hui, nous sommes contre l’enfouissement parce qu’on n’est pas convaincus par la géologie, sr la façon d’exploiter, et surtout la réversibilité » promise jusqu’à la fermeture du site vers 2150, commente Yannick Rousselet, de l’ONG Greenpeace, qui prône un entreposage à sec juste sous la surface en attendant des avancées de la science vers une meilleure solution pérenne.

« L’argument selon lequel la science nous sauvera dans 20 ans, c’est bien beau, mais ça ne nous semble pas responsable de ne rien faire », répond Soraya Thabet, directrice sûreté à l’Andra qui gère ce projet. « Cigéo, c’est fondamentalement un choix éthique : considérer qu’on ne doit pas laisser aux générations futures le fait de se préoccuper des déchets d’aujourd’hui ».

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Le centre de stockage de déchets nucléaires à Bure, le 16 avril 2018 dans la Meuse © AFP/Archives François Nascimbeni

Certains espèrent que le débat remettra en cause le choix de l’enfouissement profond. Le dossier du ministère de la Transition écologique et de l’Autorité de sûreté nucléaire – maîtres d’ouvrage du 5e Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs, qui en découlera – parle quant à lui de sa « mise en œuvre », dans le respect du principe de réversibilité.

Le Plan 2019-2021, qui a pris du retard dans l’attente de la feuille de route énergétique de la France (prévoyant la réduction des capacités nucléaires avec la fermeture de 14 réacteurs d’ici 2035), se penchera également sur la question des combustibles usés entreposés dans les piscines de refroidissement des centrales et à La Hague. Greenpeace, qui a décidé de participer au débat, contrairement au réseau Sortir du nucléaire, les considère comme des déchets, alors qu’ils sont classés comme matières susceptibles d’être réutilisées, la France ayant fait le choix du retraitement.

« Vouloir imposer que ces matières soient des déchets, c’est tout simplement créer une incitation à ce qu’on ne développe pas la 4e génération », répond Sylvain Granger, responsable de la gestion des déchets chez EDF, en référence notamment à la possible réutilisation des combustibles MOX dans des réacteurs de 4e génération, pas au stade du développement à ce jour.

Une autre controverse concerne l’entreposage sous eau, choisi par EDF et Orano (ex-Areva), mais dénoncé aussi par Greenpeace qui juge les piscines « vulnérables » aux attaques extérieures.

Pour éclairer le débat auquel les citoyens pourront participer lors de réunions publiques ou sur le site internet pngmdr.debatpublic.fr, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) doit rendre, dans quelques semaines, deux expertises : un rapport sur les capacités d’entreposage alors que La Hague risque d’arriver à saturation d’ici 2030, et un état des lieux des recherches et solutions en matière d’entreposage et de stockage.

Est attendu aussi, pour juillet, un rapport de la Cour des comptes sur le financement du cycle du combustible.