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Une récolte de gombo au Nigéria, le 12 août 2021 © AFP/Archives Kola Sulaimon

L’utilisation du gombo ou d’autres plantes gluantes pourrait permettre de filtrer le microplastique des eaux usées sans utiliser de produits de synthèse, ont annoncé mardi des scientifiques aux États-Unis. Leurs résultats, présentés lors de la conférence de printemps de la Société américaine de chimie, pourraient offrir une alternative à l’utilisation de produits chimiques dans les usines de traitement des eaux usées, qui posent eux-même des risques pour la santé.

Pour filtrer ces microplastiques et d’autres éléments indésirables, « nous devrions utiliser des matériaux naturels qui ne sont pas toxiques », a expliqué dans une vidéo la chercheuse à la tête de cette initiative, Rajani Srinivasan, de la Tarleton State University au Texas. Le gombo, également nommé okra, est utilisé comme épaississant dans nombre de recettes, notamment antillaises, de Louisiane ou d’Asie du Sud. Rajani Srinivasan, après avoir étudié la capacité de ce type de plantes à purger l’eau de polluants d’origine textile, s’est penchée sur une application pour les microplastiques. D’une taille de 5 millimètres ou moins, ces particules nuisent aux poissons, notamment en perturbant leur système reproductif ou leur croissance. Les microplastiques proviennent de l’immense quantité de plastique produite depuis les années 1950, estimée à quelque 8 milliards de tonnes, dont seulement 10 % ont été recyclés. Le reste s’est éparpillé aux quatre coins de la planète, des océans aux cours d’eau, dans l’air et jusque dans nos aliments. Leurs conséquences sur la santé humaine, encore mal connues, pourraient être néfastes. Les microplastiques peuvent être également cancérigènes et mutagènes. Les usines de traitement des eaux usées les éliminent généralement en deux temps : ceux qui flottent à la surface sont retenus, puis des produits chimiques appelés floculants permettent d’agglutiner le reste pour former des agglomérats plus faciles à filtrer. Mais ces floculants, comme le polyacrylamide, peuvent se décomposer en autres substances, elles toxiques.

Rajani Srinivasan et ses collègues ont donc cherché à savoir si des plantes facilement accessibles comme le gombo, les aloès, les cactus, le fenugrec, le tamarin ou le psyllium pourraient les remplacer. Des essais, utilisant des extraits d’une seule plante ou de plusieurs, ont été réalisés avec des eaux polluées aux microplastiques. Au terme de leur expérience, ils ont déterminé que l’association d’extraits de gombo et de fenugrec étaient les plus efficaces dans l’eau de mer, et qu’une variante gombo-tamarin était la meilleure solution pour l’eau douce. Les composés naturels issus de ces plantes, des polysaccharides, sont au moins aussi efficaces, sinon plus, que le polyacrylamide synthétique. Et, surtout, les produits à base de plantes sont à la fois non toxiques et déjà utilisables dans les stations d’épuration telles qu’elles existent aujourd’hui. La chercheuse Rajani Srinivasan espère pouvoir, à terme, commercialiser ce procédé pour permettre un plus large accès à de l’eau propre.