Les photos des vainqueurs du prix Nobel de médecine, les Américains William Kaelin et Gregg Semenza et le Britannique Peter Ratcliffe, le 7 octobre 2019 à l'Institut Karolinska de Stockholm, en Suède © AFP Jonathan NACKSTRAND

Les photos des vainqueurs du prix Nobel de médecine, les Américains William Kaelin et Gregg Semenza et le Britannique Peter Ratcliffe, le 7 octobre 2019 à l'Institut Karolinska de Stockholm, en Suède © AFP Jonathan NACKSTRAND

Le prix de médecine a ouvert lundi la saison Nobel en récompensant deux Américains et un Britannique dont les travaux sur l’adaptation des cellules aux niveaux variables d’oxygène dans le corps ouvrent des perspectives dans le traitement du cancer et de l’anémie.

Cette nouvelle édition des récompenses les plus convoitées au monde dans les six disciplines honorées culminera avec la littérature jeudi, pour laquelle seront dévoilés deux lauréats au titre des années 2018 et 2019, et le prix de la paix décerné vendredi à Oslo.

Les chercheurs américains William Kaelin et Gregg Semenza et leur collègue britannique Peter Ratcliffe ont été distingués par le prix de médecine pour avoir « révélé les mécanismes moléculaires à l’œuvre dans l’adaptation des cellules à l’apport variable d’oxygène » dans l’organisme, a indiqué dans ses attendus l’Assemblée Nobel de l’Institut Karolinska à Stockholm, qui avait reçu 633 nominations cette année.

« L’importance fondamentale de l’oxygène est connue depuis des siècles » et son fonctionnement dans le métabolisme animal mieux compris depuis Lavoisier, « mais le processus d’adaptation des cellules aux variations de niveau d’oxygène est longtemps resté un mystère », a souligné l’Assemblée Nobel.

Altitude, exercice physique, anémie : ces mécanismes jouent également un rôle central dans les tumeurs dont la croissance dépend de l’apport en oxygène du sang, en particulier certains cancers à progression rapide comme celui du foie qui consomment tellement d’énergie qu’ils brûlent tout l’oxygène disponible autour d’eux.

« Des efforts intenses en cours dans les laboratoires universitaires et les entreprises pharmaceutiques se concentrent maintenant sur le développement de médicaments capables d’interférer à différents stades d’une pathologie soit en activant ou en bloquant le mécanisme de captation de l’oxygène », selon le jury Nobel.

9 millions de couronnes

Kaelin, 61 ans, travaille au Howard Hughes Medical Institute aux Etats-Unis, Semenza, 63 ans, dirige le programme de recherche vasculaire au John Hopkins Institute de recherche sur l’ingénierie cellulaire. Ratcliffe, 65, est le directeur de la recherche clinique au Francis Crick Institute de London et du Target Discovery Institute d’Oxford.

Les co-lauréats du « prix de physiologie ou médecine » se partageront la somme de 9 millions de couronnes (830 000 euros).

Ils recevront leur médaille et leur diplôme des mains du roi Carl XVI Gustaf lors d’une fastueuse cérémonie le 10 décembre à Stockholm, date-anniversaire de la mort de l’inventeur suédois Alfred Nobel, qui a institué ces prix et les a dotés en léguant l’essentiel de son immense fortune à une fondation qui porte désormais son nom.

En 2018, le prix de médecine était revenu à l’Américain James P. Allison et au Japonais Tasuku Honjo pour leurs recherches sur l’immunothérapie qui se sont révélées particulièrement efficaces dans le traitement de cancers virulents.

La saison Nobel se poursuivra mardi avec la physique puis la chimie mercredi.

Jeudi, l’Académie suédoise décernera deux prix de littérature, l’un pour 2018, l’autre pour 2019, après qu’un scandale d’agression sexuelle et des guerres intestines l’eurent contrainte de reporter l’attribution du prix l’an dernier, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Les académiciens pourraient sacrer la Polonaise Olga Tokarczuk, le Kényan Ngugi Wa Thiong'o, l’Albanais Ismaïl Kadaré, l’Américaine Joyce Carol Oates ou le Japonais Haruki Murakami, selon les critiques interrogés par l’AFP.

Le prestigieux Nobel de la paix sera décerné vendredi à Oslo. Les bookmakers ont pour favorite la jeune Suédoise Greta Thunberg, égérie de la lutte contre le dérèglement climatique, pour succéder au médecin congolais Denis Mukwege et à la Yazidie Nadia Murad, hérauts du combat contre les violences sexuelles dans les conflits armés.

Parmi les nobélisables, sont aussi cités le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, artisan de la réconciliation avec l’Érythrée, et des ONG comme Reporters sans frontières (RSF) et le Comité pour la protection des journalistes (CPJ).

Le Comité Nobel norvégien, qui décerne le prix, a enregistré 301 candidatures cette année, lesquelles ne sont pas rendues publiques.

Le prix d’économie, créé en 1968 à l’occasion du centenaire de la Banque de Suède, clora la saison lundi 14 octobre.

Entre 1901 et 2018 ont été attribués 590 prix Nobel à quelque 908 personnes et 27 organisations. Certains prix ont été annulés ou réservés au fil du temps, principalement pendant les deux guerres mondiales, et trois éditions ont été entièrement blanches, entre 1940 et 1942.