Un mécanicien passe devant le réservoir d'un étage supérieur de fusée chez Rocket Factory Augsburg à Augsbourg, dans le sud de l'Allemagne, le 16 juin 2021 © AFP LENNART PREISS

Un mécanicien passe devant le réservoir d'un étage supérieur de fusée chez Rocket Factory Augsburg à Augsbourg, dans le sud de l'Allemagne, le 16 juin 2021 © AFP LENNART PREISS

L’Allemagne sera-t-elle un jour aussi réputée pour ses fusées que pour ses voitures ? Des startups se rêvent en rivales de la firme américaine SpaceX dans la course au développement de mini-lanceurs, ces futurs « taxis » de l’espace embarquant de petits satellites.

Fin juillet, l’entreprise bavaroise Rocket Factory Augsburg (RFA) a réussi à mettre à feu pour la première fois, durant 8 secondes, le moteur de sa fusée « RFA One », sur le site d’essai de Kiruna en Suède. Son système de « combustion étagée », utilisé par les fusées de SpaceX (Elon Musk) et de Blue Origin (Jeff Bezos), mais inédit en Europe, « permet de mettre en orbite 30 % de charge utile en plus », assure Jörn Spurmann, directeur opérationnel de RFA. 

Un mécanicien examine un banc d'essai d'injecteurs de carburant chez Rocket Factory Augsburg à Augsbourg, dans le sud de l'Allemagne, le 16 juin 2021 © AFP LENNART PREISS

Un mécanicien examine un banc d'essai d'injecteurs de carburant chez Rocket Factory Augsburg à Augsbourg, dans le sud de l'Allemagne, le 16 juin 2021 © AFP LENNART PREISS

Une autre jeune pousse du secteur, HyImpulse, installée dans le Bade-Wurtemberg, a aussi testé le moteur de sa fusée prototype durant plus de 20 secondes, en mai sur les îles Shetland (Ecosse), en utilisant un carburant à base de… cire de bougie, censée brûler très vite pour un bon rendement. « Notre technologie est suffisamment avancée pour servir le marché des petits lanceurs », affirme le co-fondateur d’HyImpulse, Christian Schmierer, 33 ans.

Le troisième acteur, Isar Aerospace, près de Munich, attend encore de réaliser un premier essai de moteur. Mais il est le mieux financé des trois avec un bouquet d’investisseurs comprenant le fonds HV Capital, la banque suisse Lombard Odier et la holding Porsche SE. Avec d’autres, ils ont apporté plus de 150 millions d’euros à cette startup dirigée par des ingénieurs à peine trentenaires. Un vol inaugural de sa fusée « Spectrum » est espéré courant 2022.

Spatial low-cost

Ces projets font de l’Allemagne l’un des prétendants les plus sérieux dans la compétition ouverte par l’envol annoncé du marché des satellites pour observer la Terre et couvrir les besoins de l’internet des machines ou des voitures connectées. Le marché devrait ainsi atteindre « plus de 30 milliards d’euros d’ici 2027 – dont près de 10 milliards d’euros concernant les satellites de petite et moyenne taille » commandés par des clients privés ou institutionnels, prévoit Isar Aerospace. « La grosse fusée c’est le bus grande ligne déposant ses passagers au même arrêt, tandis qu’un micro-lanceur va fonctionner comme un taxi, en plaçant les satellites à l’endroit précis souhaité par le client », explique Christian Schmierer, patron d’HyImpulse.

Un mécanicien ajuste une buse dans un banc d'essai de flux thermique chez Rocket Factory Augsburg à Augsbourg, dans le sud de l'Allemagne, le 16 juin 2021 © AFP LENNART PREISS

Un mécanicien ajuste une buse dans un banc d'essai de flux thermique chez Rocket Factory Augsburg à Augsbourg, dans le sud de l'Allemagne, le 16 juin 2021 © AFP LENNART PREISS

Ces satellites de quelques centaines de kilos sont comme des bagages à main comparés aux charges de plus de 10 tonnes envoyées dans l’espace par la fusée Ariane, fer de lance du spatial européen. Les plus petits d’entre eux seront des « boîtes de 10 cm de côté pesant 1 kilo et tournant à 28 000 km/h autour de la terre », explique Daniel Metzler, patron fondateur d’Isar Aerospace. Le tout en visant des tarifs toujours plus bas : « à terme nous pourrons charger 1,3 tonne de matériel pour un prix facturé de 5 millions d’euros, soit 3 850 euros par kilo, bien moins cher que la concurrence », assure-t-on chez RFA.

Un moment « fordiste » ?

Les trois startups allemandes misent, à terme, sur un parc de 20 à 40 fusées, en partie réutilisables et qui assureraient des dizaines de décollages par an. Des sous-traitants automobiles, à la recherche de débouchés alors que les années de production des moteurs à explosion sont comptées, pourront rejoindre la filière en fournissant des éléments de moteurs de fusée. « Nous voulons créer le moment “Henry Ford” pour les voyages spatiaux », assure Jörn Spurmann, en référence à l’industriel américain qui a révolutionné les modes de production automobile.

Mais l’Allemagne est loin d’être seule sur les rangs de ce juteux marché. Outre SpaceX qui place déjà en orbite des mini-satellites et collabore avec la NASA, l’entreprise américaine Rocket Lab compte aussi parmi les pionniers et a déjà effectué de premiers vols commerciaux. La Chine s’active également et l’Europe compte une demi-douzaine de projets crédibles, notamment en Espagne et au Royaume-Uni. « La question de la fiabilité de chaque modèle économique sera centrale dans les 3 à 5 prochaines années », prédit Carla Filotico, associée au cabinet allemand de conseil Spacetec. Avec pour conséquence « une probable consolidation du secteur » laissant plusieurs acteurs sur la touche.