Des échaffaudages sur la façade de Notre-Dame de Paris, le 17 juillet 2019  © POOL/AFP/Archives STEPHANE DE SAKUTIN

Des échaffaudages sur la façade de Notre-Dame de Paris, le 17 juillet 2019 © POOL/AFP/Archives STEPHANE DE SAKUTIN

Quels sont les risques pour la santé liés au plomb ? À partir de quelle quantité dans l’environnement y a-t-il un danger ? Le point sur les questions sanitaires que pose la pollution à ce métal lourd provoquée par l’incendie de la cathédrale Notre-Dame en avril.

Quels sont les risques ?

Pendant l’incendie qui a ravagé Notre-Dame le 15 avril, plusieurs centaines de tonnes de plomb contenues dans la charpente de la flèche et la toiture ont fondu et se sont répandues sous forme de particules. Or, le plomb est une substance toxique. « Il n’existe pas de concentration dans le sang qui soit sans danger », avertit l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ce métal entre dans l’organisme par inhalation ou par ingestion puis se diffuse pour atteindre le cerveau, le foie, les reins et les os. Une exposition aiguë ou chronique à des niveaux élevés entraîne des troubles digestifs, une perturbation des reins, des lésions du système nerveux ou des anomalies de la reproduction. Les enfants, au système nerveux en plein développement, sont très vulnérables à cette intoxication, aussi appelée « saturnisme ». Et leur tendance à porter des objets à la bouche les expose davantage. Même des concentrations sanguines faibles « peuvent affecter l’intelligence de l’enfant et entraîner des problèmes comportementaux et des difficultés d’apprentissage », selon l’OMS. En France, depuis 2015, on parle de cas de saturnisme au-dessus d’un taux dans le sang (plombémie) de 50 µg/l. 837 nouveaux cas ont été notifiés en 2016, selon Santé publique France. Un « seuil de vigilance » est établi à 25 µg/l. Éloigner un individu d’une source d’exposition au plomb permet de faire baisser sa plombémie.

Quelle concentration dans l’environnement ? 

Après des mesures rassurantes sur la qualité de l’air, le débat s’est porté sur la concentration de plomb sur les sols autour de Notre-Dame.

Une femme montre une carte des niveaux de pollution au plomb lors d'un point de presse organisé par la CGT, le 5 juillet 2019 à Paris  © AFP Dominique FAGET

Une femme montre une carte des niveaux de pollution au plomb lors d'un point de presse organisé par la CGT, le 5 juillet 2019 à Paris © AFP Dominique FAGET

Marcher sur des poussières de plomb ne présente pas de danger, mais on peut en rapporter chez soi sous ses semelles, avec le risque que des enfants les ingèrent. Le Haut conseil de la santé publique (HCSP) recommande un dépistage du saturnisme infantile en cas de dépassement du seuil de 70 µg/m2 dans les « poussières déposées dans les logements ». Dans cette configuration-là, on peut selon lui s’attendre à retrouver une plombémie supérieure à 50 µg/l chez environ 5 % des enfants. Le HCSP préconise une attention particulière envers les sols des écoles et autres espaces collectifs pour enfants. C’est sur ces préconisations que la mairie de Paris s’est appuyée pour rassurer les parents après les prélèvements réalisés dans une dizaine d’établissements du quartier mi-mai : aucun ne dépassait « en moyenne » 70 µg/m2. Plusieurs associations et le site d’information Mediapart contestent cette prise en compte d’une moyenne. Mais l’ARS Île-de-France souligne que même en cas de dépassement, « il ne s’agit pas d’un seuil réglementaire » qui obligerait à des évacuations.

Qu’ont donné les tests sur les enfants ?

On connaît pour l’heure les résultats des mesures réalisées sur 82 enfants et femmes enceintes résidant à proximité de Notre-Dame. Parmi eux, 10 présentaient une plombémie comprise dans le « seuil de vigilance », entre 25 et 49 µg/l de sang, et un enfant dépassait 50 µg/l. Pour ce dernier enfant, une source d’exposition au plomb sans lien avec l’incendie a été découverte : le balcon de son logement. « Toutes les personnes dont les taux se situaient dans l’intervalle de vigilance (25-50 microgrammes) ont fait l’objet d’un suivi spécifique renforcé, au-delà des exigences réglementaires », a indiqué l’ARS mardi. Ce suivi consiste en « une analyse individuelle par des médecins spécialistes du Centre antipoison et de toxicovigilance » : elle permet « d’orienter le suivi médical qui doit être ensuite organisé par le médecin traitant ». De nouveaux résultats seront bientôt connus qui porteront le nombre de dépistages à 150.

Comment réaliser les mesures dans l’environnement ?

Principale difficulté : il n’existe pas de seuil réglementaire sur la présence de plomb dans les rues et l’incendie de Notre-Dame a mis les autorités face à un événement inédit. Les niveaux mesurés sur le parvis (500 000 à 900 000 µg/m2) et dans la cathédrale ont justifié la fermeture au public et la suspension du chantier fin juillet. Il doit reprendre progressivement à partir de la semaine du 12 août, avec de nouvelles mesures de protection pour les travailleurs. Mais des mesures prises dans les alentours ont révélé des valeurs disparates, difficiles à interpréter : 50 000 µg/m2 rue de la Cité ou encore 20 000 µg/m2 place Saint-Michel, de l’autre côté de la Seine. Pour tenter de mieux comprendre, les autorités ont cherché à déterminer quel taux du fameux métal était déjà présent sur les sols parisiens avant l’incendie, héritage du plomb contenu dans l’essence jusqu’en 2000 ou de celui utilisé pour le revêtement des bâtiments anciens. À partir de prélèvements de ces dernières années, l’ARS a estimé à 5 000 µg/m2 le niveau de pollution au plomb qu’on peut s’attendre à retrouver dans les rues de la capitale. Des lieux où le taux était supérieur à 5 000 µg/m2 ont été identifiés, puis des mesures ont été réalisées dans les écoles situées dans un rayon de 300 m autour de ces lieux. Cela a abouti à la fermeture par précaution fin juillet d’un groupe scolaire rue Saint-Benoît (VIe arrondissement), qui accueillait des enfants en centre de loisirs pour les vacances d’été.