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La limace de mer des Mariannes (Pseudoliparis swirei) est le premier animal des profondeurs extrêmes dont le génome est séquencé. Cette analyse génétique révèle dans les grandes lignes les adaptations qui lui permettent de vivre dans un environnement aussi inhospitalier que la fosse des Mariannes, site le plus profond des océans, à 11 kilomètres de profondeur : froid, sombre et soumis à des pressions extrêmes – une pression comparable à celle que ressentirait quelqu’un si le poids de la tour Eiffel reposait sur son gros orteil.

Après avoir séquencé le génome d’un poisson-limace capturé à 7 000 mètres de profondeur, l’équipe a recherché des indices tels qu’un squelette en cartilage ou des membranes cellulaires, susceptibles de résister à d’immenses pressions. Elle a comparé l’ADN de ce poisson à celui d’un proche parent (Liparis tanakae), les deux espèces s’étant séparées d’un ancêtre commun il y a environ 20 millions d’années. 

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Limaces de mer agglomérées sur un instrument à appâts déposé par des scientifiques dans la fosse des Mariannes, 2014 © SOI/HADES/université d’Aberdeen/Dr Alan Jamieson

Ichtyologiste à l’Académie chinoise des sciences de Wuhan et co-auteur principal de l’étude, Shunping He relevé plusieurs changements génétiques chez Pseudoliparis swirei, liés à une adaptation rapide à la mer profonde. Ainsi, un gène impliqué dans le durcissement des os est inactif chez la limace de mer des Mariannes, ce qui confirme l’hypothèse qu’un squelette en cartilage est plus résistant à la pression. D’autres gènes impliqués dans la détection de la lumière sont également devenus inactifs, mais cinq d’entre eux restent actifs, ce qui suggère que ce poisson-limace pourrait détenir une capacité résiduelle à la vision. Des gènes impliqués dans le métabolisme des acides gras se sont quant à eux développés, ce qui pourrait aider les membranes cellulaires de ces animaux à rester flexibles à de grandes profondeurs.

Cette étude pionnière fournit une base pour des travaux à venir sur l’adaptation génétique aux milieux extrêmes. Parmi les questions en suspens, celle du caractère unique ou partagé des caractères adaptatifs de Pseudoliparis swirei.