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Matthias Huss, directeur du Réseau suisse de relevés glaciologiques (Glamos), inspecte le glacier Gries, le 2 septembre 2022 en Suisse © AFP Fabrice Coffrini

Les glaciers suisses ont « pulvérisé » tous les records de fonte en 2022, sous le double effet d’un hiver sec et d’une vague d’intense chaleur estivale. Le changement climatique est visible pour tous. Trois kilomètres cubes de glace ont été perdus, soit 6 % du volume total des glaciers suisses. Une perte de 2 % en une année était jusque-là considérée comme « extrême », note la Commission d’experts réseau de mesures « cryosphère » de l’Académie suisse des sciences naturelles. Et cela va aller en s’empirant.

« Il n’est pas possible de ralentir la fonte à court terme », explique à l’AFP le docteur Matthias Huss, qui dirige le Réseau suisse de relevés glaciologiques (Glamos). Si on réduit les émissions de CO2 et qu’on protège le climat, « cela pourrait sauver environ un tiers des volumes totaux en Suisse dans le meilleur des cas ». Sans cela, les glaciers auront quasiment disparu en Suisse « d’ici la fin du siècle ». 

Au printemps, l’épaisseur de neige dans les Alpes n’avait jamais été aussi faible et les poussières de sable du Sahara sont venues souiller la neige. Celle-ci a donc absorbé davantage de chaleur, fondu plus vite et privé les glaciers de leur couche de neige protectrice dès le début de l’été. 

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Carte des glaciers de Suisse, indiquant leur vitesse de fonte depuis les années 1930 © AFP Valentin Rakovsky

La glace a ensuite été soumise à la vague de chaleur sans son bouclier protecteur habituel. À la fin de l’été, une langue de terre à la jonction du glacier de Tsanfleuron et de celui du Scex Rouge, à un peu plus de 2800 mètres, s’est retrouvée à l’air libre pour la première fois depuis l’époque romaine. Et début juillet, l’effondrement d’un énorme bloc du glacier de la Marmolada, le plus haut sommet des Alpes italiennes, a fait onze morts et révélé la gravité de la situation.

Selon le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) paru au printemps, la fonte des glaces et neiges est l’une des dix menaces majeures causées par le réchauffement climatique. « Les dégâts ont été catastrophiques pour les petits glaciers », soulignent les experts suisses.

Le Pizol, dans l’est du pays — dont des funérailles avaient déjà été célébrées en 2019 — a maintenant « pratiquement disparu », tout comme celui du Vadret dal Corvatsch dans le sud-est du pays ou encore celui de Schwarzbachfirn, dans le sud. La situation est tellement dégradée que les mesures ont été arrêtées. 

À 3000 mètres d’altitude, dans la région de l’Engadine, dans le sud-est de la Suisse, et dans la partie sud du Valais, « une couche de glace de 4 à 6 mètres d’épaisseur a disparu, c’est parfois deux fois plus que le maximum » enregistré jusqu’à présent. « Même aux points de mesure les plus élevés, comme par exemple le Jungfraujoch (qui culmine à presque 3500 mètres d’altitude, Ndlr) on a pu mesurer des pertes notables », insiste le groupe d’experts.

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Matthias Huss effectue des relevés avec son équipe sur le glacier Gries, le 2 septembre 2022 en Suisse © AFP Fabrice Coffrini

Le phénomène va aller s’accélérant, note le rapport : « Les observations montrent que de nombreuses langues de glace s’effritent et que des îlots de rochers apparaissent au milieu du glacier quand la glace n’est pas très épaisse. Autant de processus qui accélèrent encore la dégradation ». « Ces évolutions montrent aussi l’importance des glaciers pendant les années chaudes et sèches, pour l’alimentation en eau et en énergie », expliquent les experts. 

Un point crucial pour un pays où l’hydroélectricité assure plus de 60 % de la production totale d’énergie du pays. « Si dans cinquante ans on voyait les mêmes conditions météorologiques (…), l’impact serait beaucoup plus important, parce que dans cinquante ans, on s’attend à ce que les glaciers auront pratiquement disparu et par conséquent ne pourront pas fournir d’eau », souligne Matthias Huss.

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Matthias Huss inspecte avec son équipe le glacier Gries, le 2 septembre 2022 en Suisse © AFP Fabrice Coffrini

La fonte des glaciers a aussi des conséquences moins attendues. De plus en plus fréquemment, des randonneurs font une découverte macabre, les corps étant libérés des glaces dont ils étaient prisonniers parfois depuis des décennies, voire des siècles. Cela peut aussi se révéler une aubaine pour les archéologues qui ont ainsi accès à des objets vieux de plusieurs millénaires. 

Plus improbable encore, la fonte d’un glacier entre l’Italie et la Suisse a déplacé la frontière qui court le long de la ligne de partage des eaux à cet endroit, forçant à de longues négociations diplomatiques.