La raie manta de récif (Mobula alfredi) rivalise de plus en plus avec sa cousine océanique, la raie manta géante (Manta birostris). Des chercheurs ont en effet enregistré en Nouvelle-Calédonie un comportement de plongée sans précédent : une « manta d’Alfred » vient d’atteindre un record de 672 m de profondeur – contre 1000 m pour la manta géante. C’est 200 m de plus que sa profondeur maximale connue.

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Placement d'un émetteur sur une raie manta de récif en Nouvelle-Calédonie. Crédit : Hugo Lassauce

Comme la manta géante, la raie manta de récif est classée « vulnérable » sur la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) depuis 2011. Les diables de mer ont vu leurs populations décliner dans le monde entier à cause de la surpêche : outre leur chair, ils sont aussi chassés pour leurs branchiospines (partie osseuse des branchies), très prisées par la médecine traditionnelle chinoise.

Afin d’améliorer les initiatives de conservation de l’espèce, une équipe de biologistes a étudié pour la première fois l’écologie spatiale de la Mobula alfredi en Nouvelle-Calédonie. À l’aide d’émetteurs satellites permettant d’enregistrer et d’archiver les mouvements des espèces marines à petite échelle, ils ont pu observer le comportement et l’utilisation de l’habitat naturel de neuf individus. Il s’agit des plongées les plus fréquentes et les plus profondes jamais enregistrées. Tous les individus étudiés ont plongé jusqu’à au moins 300 m, et à une profondeur maximale de 672 m. Les chercheurs suggèrent qu’un tel comportement de plongée permet aux mantas de récif d’accéder aux rares réserves de zooplancton de leur habitat, les populations des eaux de surface entourant les récifs coralliens étant insuffisantes pour assurer leur subsistance.                                           

Dans un contexte où la pêche en eaux profondes s’intensifie, et où les zones marines protégées pour les mantas de récif se limitent aux eaux côtières, ces résultats soulignent l’importance d’intégrer les eaux pélagiques (de pleine mer) profondes aux programmes de conservation, afin d’assurer la survie de l’espèce.