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Caster Semenya en 2017. Interdite de 800 m, sa distance de prédilection, cette double championne olympique refuse de prendre des médicaments pour abaisser son niveau de testostérone © Chell Hill/Wikimedia

C’est la première étude du genre, et elle montre que la testostérone, une hormone masculine, accroît sensiblement la capacité des sportives à courir longtemps. Elle montre également que la testostérone augmente la masse musculaire et la maigreur, même si le poids, lui, demeure inchangé. 

L’impact de cette hormone sur les performances sportives a suscité une controverse internationale, suite à la demande de l’Association internationale des fédérations d’athlétisme faite à l’athlète sud-africaine Caster Semenya, plusieurs fois championne du monde au 800 mètres, de suivre un traitement pour réduire son taux de testostérone. Le taux devrait être inférieur à 5 nanomoles/litre (nmol/l) de sang pour une participation aux courses de demi-fond de niveau international. 

Pour mesurer les effets de la testostérone sur les performances, une équipe de l’institut Karolinska, à Stockholm, en Suède, a constitué aléatoirement deux groupes parmi 48 femmes plutôt sportives et en bonne santé âgées de 18 à 35 ans, le premier recevant dix semaines de traitement quotidien avec 10 mg de crème à la testostérone et le second, un traitement de même durée avec 10 mg d’un substance inactive (placebo). 

À l’issue de ces dix semaines, ils ont mesuré la durée pendant laquelle les femmes étaient capables de courir sur un tapis roulant avant d’être épuisées. Ils ont également mesuré leur puissance de jambes (vélo fixe) et leur force musculaire (sauts accroupis et verticaux, force du genou). 

Les taux d’hormones et la composition corporelle – pourcentage de graisse corporelle et de masse musculaire maigre – ont été mesurés au début et à la fin de la période d’essai de dix semaines.

Le taux moyens de testostérone en circulation est passé de 0,9 nmol à 4,3 nmol/litre de sang chez les femmes recevant la crème hormonale. Aucune augmentation n’a été constatée dans le groupe placebo. Dans le premier groupe, le temps de course avant épuisement a augmenté de 21,17 secondes, soit 8,5 % en plus par rapport au temps de course du second groupe. En revanche, aucune différence significative de puissance ni de force n’a été relevée entre les deux groupes sur les exercices testés.  

Par ailleurs, le poids moyen des femmes est resté inchangé dans les deux groupes ; cependant, les femmes du groupe « testostérone » ont gagné en masse musculaire maigre. 

Les chercheurs reconnaissent volontiers que leur étude rencontre des limites : elle n’inclut pas d’athlètes de haut niveau, elle porte sur un groupe réduit et n’a duré que dix semaines. Néanmoins, ils soulignent que l’augmentation du taux de testostérone se traduit, chez les femmes du premier groupe, par une résistance à la course significativement plus élevée.