Au tableau Bertrand Barré ! Dernière diffusion le

L'irradiation

Bertrand Barré, conseiller scientifique d’Areva, se veut pédagogue des risques liés à la radioactivité. Feutres en main, il nous fait pénétrer à l’intérieur du corps humain et explique les différences entre irradiation et contamination. Les situations exceptionnelles en cas d’accident grave ne sont pas évoquées.

Un épisode de la série « Au tableau Bertrand Barré ! »

Réalisation : Roland Cros

Production : Universcience

Année de production : 2011

Durée : 9min39

Accessibilité : sous-titres français

L'irradiation

AU TABLEAU !

Bertrand Barré

Les produits radioactifs émettent des rayonnements quand ils se désintègrent. Ces rayonnements ça peut être des particules, ça peut être simplement des rayonnements comme des rayons X très durs, mais ils sont tous appelés ionisants parce qu'ils ont assez d'énergie pour arracher des électrons aux atomes qu'ils rencontrent. Et c'est là où il y a des problèmes avec l'action des rayonnements sur les tissus vivants. Parce que vous savez que notre corps est fait de cellules, dans ces cellules il y a un noyau, dans le noyau il y a le fameux ADN, c'est une espèce d'énorme molécule repliée sur elle-même qui a des milliards d'atomes. Et donc c'est une grosse cible. Et donc les rayonnements ionisants peuvent aller perturber, attaquer la molécule d'ADN. Et donc il faut s'en protéger. Mais qu'est-ce qui se passe en fait quand une molécule d'ADN est attaquée ?

Il faut savoir qu'elles sont attaquées tout le temps et pas seulement par les rayonnements ionisants. Elles sont attaquées par le fait qu'on respire, par le fait qu'on mange, ce faisant on émet de l'oxygène naissant qui va attaquer tout ce qui se trouve autour. Donc une grosse cible d'un milliard d'atomes comme – comme la molécule d'ADN ça se fait sans arrêt attaquer. C'est même incroyable, si vous voulez, chaque cellule de notre corps a son ADN attaqué 20 000 fois par jour. Autant vous dire que ça veut dire qu'il y a des mécanismes de réparation qui sont extrêmement efficaces. Et les radiations, ben, c'est un des modes d'attaque, donc la plupart du temps l'ADN a un brin cassé si vous voulez, et il se répare et tout le monde est content. Si il se répare pas ou si il se répare mal, la plupart du temps la cellule s'en rend compte, et alors c'est assez intéressant, elle se suicide. Ça s'appelle « l'apoptose » et c'est un mécanisme très important. Donc ou la réparation a marché, parfait, ou la réparation a pas marché mais la cellule s'en est rendu compte, parfait. Dans certains cas, elle refuse de se suicider, et à ce moment-là, quand elle se multiplie, elle multiplie un ADN abîmé et c'est comme ça que ça fait des proliférations cancéreuses. Donc les radiations, finalement, leur risque à long terme, c'est effectivement de créer des cancers. Alors les radiations font peur parce qu'elles sont invisibles, elles sont inodores, mais d'un autre côté on les détecte avec une précision qui est incroyable. Je prends un exemple : vous avez tous vu ces superbes images de cerveau, comme ça, là, où on voit, ça ça s'allume quand on est en train de bouger le petit doigt, ça ça s'allume quand on est en train de lire du chinois, etc., etc. Comment c'est fait ? Eh bien, c'est fait en injectant volontairement un sucre qui est chargé avec un élément radioactif particulier, et cet élément radioactif particulier, quand il se désintègre, il envoie, tac, dans deux endroits un électron et un électron positif. Et tout autour du crâne de la personne qu'on étudie, il y a des couronnes de détecteurs qui font clic quand les électrons arrivent, et d'après le décalage entre l'un et l'autre, on peut savoir exactement où était la désintégration. Le cerveau a besoin de beaucoup de sucre et donc quand vous avez des désintégrations, vous savez quelle est la zone du cerveau qui est activée, quand vous bougez votre petit doigt ou quand vous lisez du chinois. Ça veut dire qu'on est capable de détecter les désintégrations une à une et de les compter. Alors que si vous cherchez dans cette pièce un poison chimique, eh bien vous détecterez au mieux des milliards de milliards de molécules, en dessous vous savez pas.

Donc la radioactivité, les rayonnements ont cette caractéristique : on les voit pas mais on peut les détecter de façon extrêmement précise. Quand on les a détectés, quand on sait où ils sont, eh bien c'est facile de s'en protéger. La première précaution, c'est, ben, vous vous approchez pas. Si vous restez à distance, c'est pas grave. Si vous êtes obligé de vous approcher, vous restez pas longtemps, donc vous avez pas le temps de vous faire bombarder assez longtemps. Et puis si votre métier vous force à rester longtemps près d'un endroit radioactif, eh bien, vous mettez entre lui et vous un mur, alors une grosse plaque de verre, et vous pouvez tranquillement – elle arrête tout. Ou, il y a par exemple des réacteurs qui fonctionnent dans une piscine. Le réacteur à plein pot, si vous voulez, émet tous ces rayonnements qu'il veut, les six mètres d'eau qu'il y a au dessus du cœur arrêtent complètement tous les rayonnements. Donc la radioactivité, les rayonnements, on peut les détecter facilement, on peut s'en protéger facilement, ce qu'il faut c'est être sûr qu'ils ne bougent pas de là où on les y a mis, où on les a trouvés, et ça c'est le confinement.

Alors maintenant, il y a plusieurs types de rayonnements : les rayonnements α (alpha), les plus lourds, ben comme ils sont très lourds, ils sont arrêtés par une feuille de papier à cigarette, comme ça c'est pas grave. Les rayons β (béta), des électrons ils sont arrêtés par, par une feuille d'aluminium, même on va dire, allez, 2 mm d'aluminium ça les arrête. En revanche, les rayons γ (gamma) qui sont des rayons X très durs, eux ils vont, ils traversent, il faut les arrêter par 1 m50 de béton, ou 6 m d'eau. Donc pour chaque type de rayonnement, on peut avoir les écrans qui vont bien, le tout c'est effectivement d'avoir confiné, c'est-à-dire que la source radioactive soit identifiée et qu'on prenne les précautions qui vont bien.

Alors quelle est la dernière chose qui compte ?

Eh bien c'est quel effet sur le corps. Et alors là on va être obligé d'introduire des unités. Désolé, c'est ennuyeux les unités mais sans ça on peut pas s'expliquer.

Donc la première unité, c'est l'activité et ça se mesure en une unité qu'on appelle le becquerel (Bq). Alors un becquerel c'est quoi ? Ben c'est une désintégration par seconde. Autant dire que c'est une unité extrêmement petite. Par exemple, nous sommes tous radioactifs, eh bien quelqu'un comme moi un peu enveloppé, mon activité à moi c'est 9 000 Bq à peu près. Dans mon corps, il y a chaque seconde 9 000 atomes radioactifs qui se désintègrent. Bon, ça m'empêche pas de dormir et vous non plus, je pense. C'est pour dire, le becquerel c'est très petit. Donc on est obligé de l'utiliser. Alors le becquerel ça vous dit simplement la vitesse à laquelle quelque chose se désintègre. Ça vous dit pas quelle est la nature des rayonnements qu'il envoie. Par exemple, si je vous bombarde avec des balles de ping-pong ou des boules de pétanque, même si c'est le même rythme, ça vous fera pas le même effet. Donc le becquerel vous dit simplement le rythme du bombardement en quelque sorte. Il vous dit pas ce que c'est. En revanche, l'effet physique, c'est-à-dire la quantité d'énergie que vous recevez, eh bien on l'exprime cette fois-ci, en gray. Alors c'est la dose, en gray (Gy). Alors le gray c'est des unités normales, c'est-à-dire l'unité d'énergie par l'unité de masse, c'est un Joule par Kg. Mais c'est une unité physique, ça ne rend pas compte des dégâts biologiques. Parce qu'on sait bien que nos organes ont des sensibilités différentes aux rayonnements, le bout des doigts est moins dangereux que les organes sexuels. On sait en plus que cette fois-ci, ben, si c'est les balles de ping-pong ou les balles de pétanque, ça fait pas les mêmes dégâts. Donc on est obligé de convertir cette unité physique en unité biologique, donc qu'on appelle « dose équivalente » et qu'on appelle en sievert (Sv). Alors le sievert, c'est un gray dans lequel on a mis des petits facteurs pour corriger en fonction de l'organe qui est irradié et du type de rayonnement qui arrive. Et c'est le sievert qui a un sens médical. Alors, par exemple, la radioactivité naturelle à laquelle on est exposés dans le bassin parisien, qui est pas très radioactif, c'est 2,4 millisieverts par an. Et puis comme on va tous chez le médecin ou chez le dentiste, s'ils vous font de temps en temps des rayons X, on se rajoute 1 millisievert par an d'examens médicaux. Bon, c'est pour donner une idée donc toutes les installations nucléaires d'un pays n'ont pas le droit de rajouter au public moyen, plus d'un millisievert par an. Donc on reste à des niveaux qui sont, voyez, très faibles. Donc activité, becquerel, dose équivalente, celle qui vous donne l'équivalent... sievert ou plus souvent millisievert. Alors, il y a une dernière chose à voir, c'est que quand vous êtes irradiés de l'extérieur, vous avez une exposition aux rayonnements, mais si par hasard vous avez respiré ou avalé des produits radioactifs, ils vous exposent de l'intérieur. C'est ce qu'on appelle la contamination et c'est pourquoi les événements qui vous envoient les rayons α (alpha) tant qu'ils sont à l'extérieur c'est pas grave, parce que même la peau morte de votre épiderme arrête les α. Mais si ils sont dans votre poumon et si ils y résident, alors là ils peuvent vous faire des dégâts différents. Donc vous voyez, bien voir exposition extérieure ou contamination qui vous fait une exposition intérieure. Mais le tout, des sieverts ou des millisieverts.

Réalisation : Roland Cros

Production : Universcience

Année de production : 2011

Durée : 9min39

Accessibilité : sous-titres français