C’est un véritable “Google Maps” de l’Empire Romain.
Baptisée Itiner-e, cette carte interactive et ultra-détaillée permet à n’importe qui de parcourir les routes de l’Empire Romain quand il était à son apogée, vers l’an 150.
Les archéologues révèlent un réseau encore plus dense qu’on ne le pensait, avec pas moins de 300 000 km de routes, dont 100 000 km de nouvelles routes, traversant aussi bien les déserts que les montagnes.
Comme le dit l’archéologue Tom Brughmans, “c’est le sujet le plus énigmatique de l’archéologie romaine. Nous avons ce proverbe qui dit que ‘toutes les routes mènent à Rome’, alors où sont-elles ?”
Bon, c’est pas aussi simple que ça.
(02:57) Oui, c'est fait pour relier Rome, mais c'est aussi fait pour relier les pôles régionaux entre eux. Finalement du point de vue commercial, du point de vue de l'organisation générale, ce n'est pas aussi centralisé que ça.
(02:00) Ces routes reliaient les villes à l'intérieur des terres, les régions agricoles et les nombreux ports de la Méditerranée, favorisant les échanges commerciaux et culturels, et permettant, bien sûr, d’assoir le pouvoir politique et militaire d’un des plus grands Empires de l’Histoire.
Pour reconstituer ce réseau routier tentaculaire, il a fallu croiser les données.
Des siècles de documents historiques ont été combinés aux cartes topographiques, aux images satellites, mais aussi aux données archéologiques - comme les bornes militaires qui étaient placées le long des routes, et sur lesquelles étaient inscrites la distance jusqu'à la ville la plus proche
Ou encore les praesidia construits dans le désert, des sortes de fort routiers dotés de puits, où se ravitaillaient les voyageurs de l'époque romaine.
On sait par une source textuelle qu'il existe une route à un endroit et on cherche à la retrouver ou par l'archéologie ou par les images satellitaires ou par des modélisations que l'on appelle des itinéraires de moindre coût, c'est à dire qu'à partir de la topographie de la surface, de différents éléments, on va calculer la route la plus logique, la moins compliquée à prendre.
Résultat : vous pouvez retracer les itinéraires qu'empruntaient les Romains il y a presque 2000 ans, et estimer leur temps de trajet à pied, en charrette, avec des bêtes de sommes, qu’il s’agisse de mules ou de chameaux, ou encore à cheval.
Et ça nous aide à comprendre pas mal de choses. Déjà, sur le commerce.
(19:14) Ça nous permet de mieux comprendre comment l'Empire romain a réussi à avoir des denrées et des biens venant du monde entier, bien au-delà de l'Empire, et a réussi à en assurer l'approvisionnement sur la durée.
On comprend mieux aussi tout ce qui est communication interne à l'Empire, parce que sur la carte itiner-e, on peut voir par exemple les chariots d'un côté, et puis les chevaux de l'autre : les chevaux, c'est parce qu'en fait, la poste romaine est à cheval et est très organisée et que, du coup, on accélère énormément les communications.
VO : Là où les caravanes de chameaux mettent 4 à 5 jours pour traverser le désert, du Nil à la Mer Rouge, les cavaliers mettent seulement 30 heures et peuvent changer de chevaux dans les forts et se relayer.
Mais d'un autre côté, quand on facilite les déplacements, qu'on accélère les déplacements, on facilite aussi les transmissions d'épidémies.
VO : L’analyse de ce réseau routier pourrait nous aider à comprendre comment se sont diffusées les épidémies qui ont marqué l’ère romaine, voire peut-être même, selon certains chercheurs, contribué au déclin de l’Empire.
Et il y a aussi un enjeu militaire à ces routes.
Je pense que tous ceux qui s'intéressent aux mouvements des troupes dans l'Empire romain vont être contents. Là on va quand même pouvoir affiner sur les temps de déplacement. On sait qu'il y a des routes qui ont été faites quasiment exclusivement pour ça, la Via Hadrina en Égypte, par exemple : son objectif principal, c'est de permettre d'amener des troupes au travers du désert Oriental et de leur faire longer toute la côte de la Mer Rouge le plus rapidement possible.
Au-delà des échanges commerciaux le long des routes, on voit aussi que ces routes, elles ont facilité la diffusion de certains modes de transport.
On a en effet retrouvé des os de chameau, qu’on pensait plutôt spécifiques aux zones désertiques, sur des relais routiers romains en Belgique ou encore aux Pays-Bas ...
Il faut voir cet Empire Romain comme quelque chose d'hyperconnecté vraiment, avec beaucoup d'échanges de personnes, d'idées, de biens et effectivement de mode de transport...
Et ce qui est vraiment nouveau, c’est que cette carte est évolutive. C’est une base de données, où les sources sont indiquées pour chaque tronçon de route, avec la possibilité de corriger et d’affiner la carte.
C'est surtout ça qui est intéressant dans itiner-e, c'est là où on passe un cap par rapport à ce qui existait auparavant dans les atlas des routes de l'Empire Romain. C'est qu'auparavant, c'était une carte et il fallait la reprendre à zéro quasiment si on voulait faire évoluer les choses.
Là l’idée en fait c'est de donner envie à tous ceux qui travaillent sur ces questions et qui ont des données plus fines, qu'elles soient publiées ou non, de venir les apporter au projet pour pouvoir affiner encore ça.
Cette carte sera aussi certainement le point de départ de futures recherches, parce ses zones vides révèlent les régions qui n’ont pas encore été prospectées.