Data science vs fake Diffusé le

« Évaluer la surexploitation des océans »

L’humanité consomme 178 millions de tonnes de produits de la pêche. Est-ce trop pour les milieux marins ? Comment évaluer la surexploitation des océans ? 

Un numéro spécial de la série « Data Science vs Fake ».

Réalisation : Pascal Goblot

Production : Universcience, Escalenta, Arte G.E.I.E., avec le soutien du MESRI, du CCSTI La Turbine Sciences

Année de production : 2021

Accessibilité : sous-titres français

« Évaluer la surexploitation des océans »

 « ÉVALUER LA SUREXPLOITATION DES OCÉANS »

« On parle souvent de la surexploitation des océans mais sans vraiment savoir comment elle est évaluée » Alors, allons voir les chiffres. En 1998, l’humanité consommait 113,5 millions de tonnes de poissons, mollusques et crustacés. 10 ans plus tard, ce chiffre atteignait 142 millions de tonnes, puis 178 millions en 2018, dont près de la moitié soit 84 millions de tonnes provenait de la pêche pratiquée dans les mers et les océans. Voilà la carte de répartition des principales zones de pêche… Quatre régions océaniques fournissaient en 2018 un peu plus de 60 % des captures. Explorons un peu plus cette image. On peut y voir que presque un quart soit 20 millions de tonnes, ont lieu dans le Pacifique Nord-Ouest, et que la Chine est le premier pays « pêcheur » au monde, avec près de 12 millions de tonnes. On y découvre également que l’anchois du Pérou est l’espèce la plus pêchée du Pacifique Sud-Est, ou encore que 11% des captures mondiales sont faites dans l’Atlantique Nord-Est, dues pour moitié à l’Union Européenne, avec 4,6 millions de tonnes. Mais que signifient ces chiffres ? Des millions, est-ce beaucoup, ou pas ? Trop ? Pas assez ? Et par rapport à quoi ? Pour chacune de ces zones de pêche, un pourcentage de surexploitation des stocks de poissons est publié par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, la FAO, fondé sur un outil appelé le Rendement Maximum Durable, ou « R-M-D ». Le RMD, c’est la quantité maximale que l’on peut capturer dans une population de poissons, d’une espèce donnée dans une zone donnée, avant qu’elle ne puisse plus se renouveler. C’est un bon indicateur pour la gestion de la pêche, mais qui ne dit rien de son impact environnemental. Le RMD repose sur deux valeurs seuils : - d’abord, le taux d’exploitation, c’est-à-dire le pourcentage maximal de poissons que l’on peut pêcher chaque année ; - Mais ce n’est pas tout, il y a aussi la quantité minimale de poissons reproducteurs, qui doivent rester au sein de cette population. Lorsque ces seuils sont dépassés, la population de poisson diminue, le stock est considéré comme surexploité. Dans un océan ou une mer, plusieurs populations de poissons cohabitent. Les pourcentages publiés par la FAO donnent la proportion des populations dont la pêche a dépassé le Rendement Maximum Durable, c’est-à-dire la proportion des populations de poissons qui ne se renouvellent plus. Par exemple, en Méditerranée et Mer Noire 63 % de surexploitation signifie que, sur 100 populations de poissons, on estime que 63 d’entre elles ont dépassé les seuils du Rendement Maximum Durable. Après la Méditerranée et Mer Noire, les régions les plus touchées sont : - le Pacifique Sud-Est avec 55 % - et l’Atlantique Sud-Ouest avec 53 % des stocks surexploités. Les chiffres nous montrent qu’aucune zone de pêche n’échappe à la surexploitation. Au niveau mondial, le pourcentage des populations surexploitées est passé de 10 % en 1975, à 34 % en 2017. Pourtant, il est possible d’inverser la tendance : ainsi, dans la zone de pêche de l’Atlantique Nord-Est contrôlée par l’Union Européenne, la surexploitation est passée de 71% en 2003 à 38% aujourd’hui, grâce aux mesures prises pour faire respecter le Rendement Maximum Durable. La pêche du Merlu, par exemple, est largement passée sous le RMD, aussi bien pour le taux d’exploitation que pour l’abondance des reproducteurs. Mais ces progrès encourageants sont, en réalité, encore largement insuffisants. Car le Rendement Maximum Durable n’est qu’un indicateur minimal, qui cherche simplement à assurer le maintien à l’identique des populations de poissons pour la pêche. Il ne prend en compte ni la taille des poissons, souvent pêchés trop jeunes, ni les captures d’espèces non désirées, ni le type de bateaux utilisés, ni les impacts sur les fonds marins, ni aucun autre aspect environnemental. Bref, toutes ces données nous montrent que la surexploitation des océans est bien réelle… …et qu’elle est sans doute encore plus forte que ce que nous disent les chiffres.

Réalisation : Pascal Goblot

Production : Universcience, Escalenta, Arte G.E.I.E., avec le soutien du MESRI, du CCSTI La Turbine Sciences

Année de production : 2021

Accessibilité : sous-titres français