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L’homme qui donne du relief au Tour de France

C’est sans aucun doute l’une des raisons du succès populaire du Tour de France : la splendeur des paysages et la variété des curiosités naturelles. Derrière les fiches des commentateurs se cache un homme : Patrick de Wever, géologue et professeur émérite au Muséum national d’histoire naturelle. Chaque année, il étudie, étape par étape, les cartes des régions traversées par la course. La beauté d’un col, les vertiges d’un canyon... Il scrute attentivement le parcours et contribue, avec ses connaissances, à lui donner du relief.

Réalisation : Laurent Hirsch

Production : Universcience

Année de production : 2020

Durée : 4min47

Accessibilité : sous-titres français

L’homme qui donne du relief au Tour de France

C'est un passionné du Tour de France comme il n'en existe probablement aucun autre. Comme chaque été, Patrick De Wever regarde avec plaisir et attention la course et les coureurs, mais aussi tous les lieux que traverse le peloton. "Ils vont remonter comme ça et redescendre. Le village de Serres s'appelle Serres comme "serré", mais, en fait, ça vient de "serra" en italien, "sierra" en espagnol, c'est la montagne. En fait, c'est une barre rocheuse qui descend de la montagne de chaque côté d'une cluse au fond de laquelle coule la rivière." Il connaît bien son sujet, et pour cause, pour la sixième année consécutive, ce professeur émérite au Muséum national d'histoire naturelle de Paris fournit aux commentateurs du Tour un petit livret, un guide géologique du parcours. "Je prépare un petit texte, comme ça, mais ça me prend un certain temps, un gros mois de travail et où je prends le Tour de France, je prépare les étapes, alors ça je l'envoie à Franck Ferrand, qui est commentateur sur le Tour de France, qui l'utilise très bien." Jour après jour, étape après étape, Patrick de Wever détaille dans son guide, également disponible sur internet, une foule de curiosités naturelles à découvrir autour du parcours : des pétroglyphes préhistoriques dans la Vallée des Merveilles, au dessus de Nice, une gigantesque dalle de 1500 fossiles d'ammonites plus au nord, ou encore ces spectaculaires terres rouges chargées en fer, visibles dans l'Aveyron. De quoi permettre ça et là, au commentateur à l'antenne, de parler cailloux, comme disent les amateurs de géologie. Encore un canyon magnifique aujourd'hui, ce qu'on appelle les gorges de Saint May, et ce petit cours d'eau, enfin il est petit en ce moment, que vous avez vu dans le fond des gorges de Saint May c'est Leygues, Leygues ça s'écrit e - y - g - u - e - s, mais pour tout vous dire, lorsqu'un peu plus loin, la même rivière arrive dans le Vaucluse et bien son orthographe change, et on appelle ça Laigues, toujours, mais a - i- g - u- e - s. C'est la seule rivière de France qui change d'orthographe en cours de route. "La course, c'est d'abord une course mais c'est pas toujours palpitant au point de ne pas pouvoir parler d'autre chose. Ils font une retransmission qui dure de deux, trois, quatre heures, et bien, ils ont le temps de parler des châteaux, ils ont le temps de parler...des cailloux ! J'essaie de dire : regardez, les gens pédalent, mais regardez aussi où ils pédalent. Ca m'intéresse en soi, le vélo, mais regardez aussi le paysage autour, parce que la télé montre bien les paysages, et le paysage, c'est de la géologie, fondamentalement, et je trouve que... quand on comprend un peu mieux le paysage, on le rend beaucoup plus merveilleux." Et de fait, ce n'est pas la variété des paysages qui manquent sur le Tour de France. Cette année l'épreuve traverse pas moins de 6 régions et 32 départements. En tout, près de 3500 kilomètres avalés par les coureurs en trois semaines de course. Après un passage à proximité du célèbre mont Ventoux, l'étape ce jour-là emmène le peloton vers Privat, dans les contreforts du Massif Central. Dans les derniers kilomètres, les coureurs passent près d'un vieux cratère, celui du volcan des Chirouzes, mais alors, la course et son suspens l'emportent sur tout autre considération. "Il ne parlera pas, il ne va pas en parler. Je me souviens, c'est quand il devait tourner." "Vous êtes déçu ?" "Je passe des heures à préparer le truc. J'aime bien quand il en parle ! Parce qu'on se dit, ah ben voilà, je n'ai pas perdu mon temps. Mais je me dis que, même une minute, multipliée par... là aujourd'hui, il ne doit pas y avoir grand monde, 5 millions de personnes, c'est comme si je fais mille conférences d'une heure devant 100 personnes. Même si on ne parle qu'une minute. Alors, il est rare qu'il parle une minute, c'est plutôt de l'ordre de 30 secondes, mais ça fait rien, ça fait 500 conférences d'une heure devant 100 personnes. Et en plus, on touche des gens qui, normalement, ne viendraient sans doute pas écouter la conférence" Il reste une semaine de course et notamment la traversée des Alpes, puis des Vosges, pour en apprendre plus sur la formation des paysages et les nombreuses curiosités naturelles du pays.

Réalisation : Laurent Hirsch

Production : Universcience

Année de production : 2020

Durée : 4min47

Accessibilité : sous-titres français