La crème solaire est-elle la meilleure solution pour se protéger du soleil ?
On croit souvent bien se protéger du soleil. Pourtant, entre les idées reçues, les conseils contradictoires et le marketing, il est difficile de savoir ce qui est vraiment efficace.
Pour y voir plus clair, nous avons confronté les idées reçues aux recommandations de spécialistes. Que font les UV à notre peau ? Une crème SPF50 protège-t-elle vraiment ? Minérale ou chimique : laquelle choisir ? Quels ingrédients éviter ? Et surtout, comment réduire réellement les risques liés au soleil ?
#soleil #UV #crèmesolaire #cancerdelapeau #dermatologie #santé #prévention #SPF #été #science #sunscreen #octocrylene
Réalisation : Anaïs Poncet
Production : Universcience
Année de production : 2026
Durée : 13min16
Accessibilité : sous-titres français
La crème solaire est-elle la meilleure solution pour se protéger du soleil ?
On peut véritablement parler de scandale sanitaire en ce qui concerne les crèmes solaires, puisqu'il y a maintenant un petit peu tout et n'importe quoi sur le marché. Il y a des produits qui ne sont pas au SPF annoncé. Les compositions ne sont pas vraiment vertueuses dans un certain nombre de cas. OK, apparemment, ce n'est pas si facile de se protéger du soleil. Je crois qu'il faut qu'on reprenne depuis le début. Ce dont on cherche à se protéger, c'est des ultraviolets. Ce rayonnement qui fait partie du spectre du soleil, mais qu'on ne voit pas et qu'on ne sent pas. Il en existe de trois sortes : les UVA, les UVB et les UVC. Les rayonnements ultraviolets, c'est assez énergétique. Ils font partie des rayonnements qui ont un impact sur la santé. Les UVC, qui sont les rayonnements de plus courte longueur d'onde, le plus énergétique, sont, fort heureusement parce que sinon la vie ne serait pas possible sur Terre, en totalité stoppée par la couche d'ozone qui est dans la stratosphère. Les UVB, très énergétiques, arrivent en petite partie au niveau du sol. Et l'immense majorité, à peu près 95 % des ultraviolets qui arrivent au niveau du sol, sont des UVA. On parle d'impact sur la santé, mais il faut surtout comprendre impact négatif, car ces rayonnements sont suffisamment énergétiques pour endommager les molécules qui composent nos cellules, en particulier notre ADN. Les UVA, c'est les ultraviolets qui vont rentrer un peu plus en profondeur, plutôt dans le derme, et vont laisser du stress oxydatif dans les cellules. Les ultraviolets B, comme brûlure, on peut retenir ça comme ça. Ce sont eux qui vont être responsables de l'effet érythème, donc la rougeur sur votre peau, le coup de soleil. En résumé, les UVA contribuent surtout au vieillissement cutané, comme on peut le voir sur ce camionneur dont la peau a clairement plus vieilli du côté exposé au soleil, tandis que les UVB sont les principaux responsables des coups de soleil et des dommages directs à l'ADN. Et les deux peuvent induire des cancers. Aujourd'hui, huit cancers de la peau sur dix sont dus à une surexposition aux ultraviolets. Et le nombre de mélanomes, le cancer de la peau le plus agressif, a quadruplé en 35 ans en France. Bref, s'exposer aux UV, c'est accepter un risque comparable à celui du tabac. Les cellules touchées ne sont certes pas les mêmes, mais les deux induisent des mutations et augmentent le risque de développer un cancer. J'ai ma fille qui a quatre ans et dans l'école dans laquelle elle est, il y a zéro ombre. Zéro. Et je me suis mis à calculer combien de cigarettes je la laisse fumer. Et je me suis amusé, entre guillemets, à calculer le nombre de mutations que ça pouvait lui donner par an, sur un enfant non protégé durant les heures les plus chaudes, pour les heures de récréation, ce qui compte à peu près entre 11 h et 16 h, deux heures de récréation. Et la conclusion de mon calcul, c'est que c'est comme si je la laissais fumer entre deux et dix cigarettes par jour en termes de mutations qui vont être durables dans les cellules de son corps. Et attention, même à l'ombre, sous un parasol ou un arbre, vous n'êtes pas totalement protégé. On est protégé des coups de chaleur, des infrarouges, un peu des ultraviolets de manière directe, mais pas de manière indirecte. On peut avoir une réflexion des ultraviolets sur le sol, sur les éléments du mobilier urbain qui vous entourent. C'est ce qu'on appelle l'albédo, comme quand le soleil se reflète sur la neige. Et si l'ombre ne protège pas complètement, raison de plus pour bien choisir sa crème. Nous sommes allés à la rencontre de Laurence Coiffard. Avec son équipe, elle teste des dizaines de crèmes solaires par an. Elle analyse leur composition et leur SPF. Très bon résultat, 75 pour une 50+. Donc c'est parfait. Le SPF, le Sun Protection Factor, c'est le facteur multiplicateur du temps d'autoprotection au soleil. En gros, si je prends naturellement un coup de soleil en 15 minutes sans protection, et bien avec de la crème SPF 50, je pourrais rester 50 fois plus de temps au soleil avant d'avoir ma brûlure. Donc bien sûr, ça, c'est tout à fait théorique puisqu'en pratique, le produit va se dégrader, va être éliminé par la sueur, par les frottements, etc. D'où d'ailleurs la recommandation d'une réapplication toutes les deux heures. L'autre aspect qu'il faut avoir en tête, c'est que les fabricants déterminent leur SPF à partir d'une quantité de crème très précise. 2 milligrammes par centimètre carré. C'est tout à fait considérable par rapport à ce qu'on utilise dans la vraie vie, puisqu'on admet que dans la vraie vie, les consommateurs utilisent deux à quatre fois moins de produits. En gros, un homme d'1 mètre 80. 1 mètre 76 plutôt. 80 kilos. Quoi ? Je te permets pas. Qui passe toute la journée à la plage et qui remet de la crème toutes les deux heures, devrait utiliser un tube entier de 30 millilitres. Je dois y aller. On n'en met pas assez. Ça, c'est clairement démontré et c'est la pratique. On n'en met pas assez fréquemment, et les UVA ne sont pas aussi bien bloqués par une crème solaire SPF 50. En réalité, le SPF, ce n'est que pour les UVB. Eh oui, on l'oublie souvent. Donc, pour être sûr d'être un minimum protégé des UVA, optez pour les flacons avec ce logo. Mais même avec la meilleure crème solaire, il faut garder une chose en tête. Pour moi, une crème solaire, c'est une rustine, ce n'est pas une protection à 100 %. Première chose à faire : éviter les expositions solaires au moment où les UV sont les plus importants, notamment entre 11 et 16 heures. Ça, c'est le premier point. Le deuxième point, c'est une protection vestimentaire avant tout. Rien de mieux qu'un chapeau, lunettes de soleil et des t-shirts anti-UV ou des vêtements anti-UV. En trois, sur ce qui dépasse de ces vêtements, on peut mettre des crèmes solaires. C'est pour ça que je parle de "rustines". Donc, soit on s'équipe, soit on choisit au mieux notre crème solaire. Déjà, évitez à tout prix les crèmes solaires trois fois moins chères qu'ailleurs. Elles ne protègent absolument pas. Laurence Coiffard a pu le constater notamment sur ces deux crèmes. À droite, l'originale et à gauche, la contrefaçon. Dans le cas présent, on a les différents filtres qui étaient présents dans la crème, qui était la vraie crème, l'originale. Et on se rend compte, par exemple, que dans la crème de contrefaçon, il n'y a aucun filtre UV. Autre fait encore plus troublant, c'est que les crèmes n'atteignent pas toutes le SPF annoncé, et ce, même en les testant, en appliquant rigoureusement les recommandations en vigueur. La première chose qu'il faut bannir à tout prix, ce sont les crèmes minérales et les crèmes bio qui en font partie, parce qu'elles sont très peu efficaces. Ça se comprend assez aisément puisque dans ces crèmes-là, on n'utilise qu'un filtre, soit l'oxyde de zinc, soit le dioxyde de titane, voire dans de rares cas, les deux, et c'est très insuffisant pour obtenir du 50+. Le pire des deux filtres, c'est l'oxyde de zinc qui ne permet d'obtenir un SPF que de 10 à 13. Avec le dioxyde de titane, on peut espérer avoir des indices de 20. Oui, parce qu'il existe deux types de crèmes. Les minérales, donc, qui ne reposent que sur deux types de filtres anti-UV, apparemment complètement inefficaces. Et les chimiques, qui elles disposent d'une trentaine de filtres différents que les fabricants peuvent combiner pour obtenir la protection souhaitée. On les appelle parfois organiques, en référence à leur composition parce qu'elles comportent de l'hydrogène et du carbone. Comment ça marche ? Les filtres chimiques absorbent les rayons UV et les rediffusent sous forme de chaleur à la surface de la peau. Les filtres minéraux, quant à eux, agissent de trois manières. Ils absorbent, diffusent et réfléchissent les rayons UV. Et comme en atteste ce papier de 2016, contrairement à une idée largement répandue, ce n'est pas leur effet miroir le plus important, mais leur effet absorbant. Même si les ingrédients des crèmes solaires organiques sont moins nocifs pour la santé que dans les années 90, certains composants, accusés d'être allergènes et perturbateurs endocriniens, sont toujours à proscrire, d'après Laurence Coiffard. Tous les filtres sont obligatoirement inscrits en toutes lettres dans la liste des ingrédients. Donc, on va rechercher : octocrylène, homosalate, ethylhexyl salicylate, alcohol ou alcohol denat. Puisque ce sont des produits de ce fait riches en alcool, et l'alcool va favoriser la pénétration cutanée des filtres. Donc, on va retrouver après les filtres dans l'organisme. Et ça, c'est quand même extrêmement délétère parce qu'un certain nombre de ces filtres sont des perturbateurs endocriniens avérés Autre info importante : évitez de garder vos crèmes trop longtemps une fois ouvertes. Le problème de la conservation des crèmes solaires n'est peut-être pas tant un problème de diminution d'efficacité que plutôt d'apparition de molécules toxiques dans le tube. On va prendre l'exemple de l'octocrylène, qui fait partie de ces filtres très controversés. L'octocrylène, au fil du temps, se dégrade en noyau benzophenone, qui est un noyau cancérigène. Au-delà de leur efficacité, c'est donc surtout la stabilité de certains filtres qui pose question. Avec le temps, l'octocrylène peut se dégrader en composés potentiellement toxiques. Par précaution, mieux vaut le bannir et renouveler sa crème solaire à chaque saison. Mais le principal danger reste les UV. Le risque cancérogène des UV, il est prouvé. Il n'y a pas de doute là-dessus. Le risque hypothétique des crèmes solaires, des filtres chimiques, il est débattu, il n'est pas totalement prouvé. Peut-être qu'il existe, mais clairement, le nombre de cancers de la peau est beaucoup plus important que les troubles éventuels qu'aurait pu donner une crème solaire à base de filtres chimiques. En clair, côté SPF, il vaut mieux éviter les crèmes minérales, dont font partie les crèmes bio. Et côté composition, certains filtres organiques sont encore discutés, mais c'est toujours mieux que de développer un cancer. Autre problème, c'est la multitude de formes sous lesquelles on trouve les crèmes aujourd'hui. Le fait de prendre des sprays ou des brumes, vous allez respirer la crème solaire. Elle est pas censée se retrouver dans vos poumons. Cette brumisation expose les yeux, même s'ils sont fermés, mais on voit bien que déjà, certaines personnes commencent à se plaindre d'yeux qui piquent parce que ce n'est pas normal de se pulvériser une crème solaire en direction de ses yeux. Et pour toutes ces raisons, intégrer de la crème solaire dans une skincare routine, en usage quotidien… "C'est d'hydrater et d'appliquer un SPF quotidiennement." …interpelle nos spécialistes. On déconseille l'introduction d'une crème solaire dans une skincare routine parce que les filtres vont avoir une pénétration cutanée. On retrouve actuellement des filtres UV dans tous les liquides biologiques : le sang, les urines, le lait maternel, le liquide séminal. Il faut savoir qu'un produit solaire n'a jamais été un produit, à l'origine, qui a été conçu pour un usage quotidien. Il a été prévu pour un usage ponctuel. Faut-il l'utiliser toute l'année ? Ce n'est pas quelque chose que je recommande, d'une manière générale. Je ne demanderais pas forcément à la population générale de se protéger du soleil en plein hiver. Après, chaque personne est un peu différente et ça dépend vraiment de votre type de peau. La crème solaire, c'est un peu comme le paracétamol. On ne va pas prendre du paracétamol tous les jours en disant que ça va prévenir les maux de tête. Donc la crème solaire, c'est pareil. Quand on en a besoin parce qu'on s'expose au soleil et que l'indice UV extérieur est tel, on applique la crème solaire et on la réapplique toutes les deux heures. En revanche, quand on n'en a pas besoin le reste de l'année, il ne faut pas appliquer ce type de produit sur sa peau. Tout ça, ça concerne notre santé à nous, les humains. Mais les composants des crèmes solaires se retrouvent ensuite dans l'environnement. Toutes les crèmes solaires sont polluantes, qu'elles soient organiques ou qu'elles soient minérales, puisque d'ailleurs, l'ECHA, par exemple, a classé l'oxyde de zinc comme toxique pour le milieu aquatique. Donc les laboratoires bio qui prétendent que leurs crèmes, parce qu'elles sont à base d'oxyde de zinc, sont plus respectueuses de l'environnement que les autres, c'est du marketing, ce n'est pas de la science. Les filtres UV, de fait, ne disparaissent pas après application. Ils rejoignent les eaux usées, puis les rivières et les océans où certains peuvent s'accumuler dans les organismes vivants. Une étude a ainsi retrouvé de l'octocrylène dans 80 % des foies de morue analysés. D'autres travaux montrent que ces molécules peuvent aussi être absorbées par des plantes cultivées avec jusqu'à 210 nanogrammes par gramme de benzophenone mesuré dans des tomates. Pour les tomates, les chercheurs sont rassurants. Le risque pour la santé humaine est jugé peu probable aux concentrations mesurées. Pour les poissons, en revanche, le constat est plus nuancé. Certains filtres UV pourraient s'accumuler le long de la chaîne alimentaire. Bon, derrière nos tubes de crème, une question reste donc encore largement ouverte : quels effets ces filtres ont-ils à long terme sur notre santé et sur l'environnement ? Alors, faut-il bannir la crème solaire ? Non. Mais par contre, il faut bien la choisir, la changer à chaque saison et surtout, il faut arrêter de croire qu'elle suffit.
Réalisation : Anaïs Poncet
Production : Universcience
Année de production : 2026
Durée : 13min16
Accessibilité : sous-titres français