- Est-ce qu'on peut essayer de faire un palier "cloud top" ou on est déjà au cloud top ? - Je serais plutôt d'avis d'avoir différents niveaux d'altitude. Alors que le changement climatique s'accélère, comment les nuages vont-ils réagir ? Seront-ils plus fréquents ? Plus gros ? Quel sera leur rôle sur le renforcement de l'effet de serre ? En mission au Cap vert, une équipe scientifique franco-allemande s’intéresse à ces questions urgentes. Dans cette zone des Tropiques, la diversité des nuages qui traversent le ciel en une seule journée est d'une très grande richesse. C’est cette situation idéale qui intéresse les climatologues et physiciens de cette mission baptisée Orcestra. Tout le monde s’affaire autour des avions de la mission. Il y a HALO, l’avion du Centre allemand pour l'aéronautique et l'astronautique. Et l'ATR 42 pour l'équipe Safire de Météo France, du CNRS et du CNES. Plus d’une dizaine d’instruments de mesures équipe cet avion. Derrière ces hublots, il y a un radar et un lidar. Ils servent à mesurer le volume des nuages, la quantité de vapeur d’eau, la température et les aérosols. Marie Lothon dirige aujourd'hui le vol français. - L'idée c'est d'avoir une transition de tailles de nuages. Alors, on va commencer à 500 pieds, puis monter à mi-hauteur entre la mer et la base des nuages, environ 1 000 pieds. Après on va monter à la base des nuages, et si la taille des nuages, les plus gros, le permet, on fait un leg en plein milieu, et après on essaie de choper le top du nuage. - Donc vol 42. - 42 oui. - Le 20e de la campagne. - Et RASTA, il voit quoi au-dessus alors ? - Le top, 900 m, et le bottom, la base... ... 500 m. Ça diminue un petit peu, là, l'épaisseur. - D’accord, ok, c'est cohérent du coup, non ? - On n'a pas beaucoup de place entre les 2 pour faire un mid-cloud. Pendant que l’ATR multiplie ses traversées des nuages, plusieurs kilomètres au-dessus, HALO réalise de larges rotations autour de la zone d’observation. Régulièrement, il largue de petites sondes, ce qui permet de mesurer au-dessus et en dessous des nuages, la température, l’humidité et les profils énergétiques. - On voit les nuages dans l'atmosphère, parce qu'ils diffusent la lumière du Soleil. Un des rôles des nuages dans le climat, c'est de renvoyer vers l'espace la lumière du Soleil et renvoyer parfois vers la Terre la lumière de la Terre. On a tout un panel de sondes, des instruments qui vont mesurer les propriétés optiques et là un instrument qui mesure la concentration : quand on prend un mètre cube d'air, combien il y a de grammes d'eau condensés dans le nuage. Donc avec tous ces instruments-là, on arrive à documenter la variabilité au sein des nuages, entre les différents nuages, et faire des stats sur leurs propriétés. - On a aussi un nuage à 5 000 m. - Ah, je l'ai pas vu ! - Hé hé ! - C’est l'altocu ! - Juste à point. Est-ce que RASTA peut dire quelle épaisseur fait l'altocu ? - Je le vois pas. - Oui, c'est ça. Tu l'as vu, là, sur le screenshot ? Oui je l'ai vu. Ça doit pas être bien dense. Au cours de ces vols qui durent à peine 3 ou 4 heures, chaque minute compte. Il ne faudrait pas rater le moment où tous les instruments enregistrent des données dans une synchronisation parfaite. - On va faire ce palier dans la base. - BASTA le voit bien. - Nous, on est parfait. En tout cas Marie, je tiens à te dire que là... - Bon, super ! - BASTA il est content aussi. - Ça fait plaisir ! - On va en rester là, les gars ! Le traitement des données collectées par la mission Orcestra va maintenant prendre plusieurs mois. Il y a 4 ans, la même équipe a mené ce genre de campagne de l’autre côté de l’Atlantique, au-dessus de la Barbade. Les résultats de cette mission, baptisée Eurec4a, ont permis de préciser le rôle de petits nuages, les cumulus d’Alizés, dans l’intensité du changement climatique. - Les petits nuages, c'est les nuages bas en général, c'est des nuages qui contribuent très peu à l'effet de serre, par contre, ils réfléchissent le rayonnement solaire. Et donc, dans un climat plus chaud, si on a moins de ces petits nuages, on va amplifier le réchauffement puisqu'on absorbera plus de rayonnement solaire. Les modèles qui prédisent un réchauffement très fort, sont les modèles qui tendent à prédire une diminution de ces petits nuages bas avec le réchauffement. Donc en analysant les simulations numériques, en détail, on s'est rendu compte que leur disparition se produisait quand on avait plus de mélange vertical de l'air dans les basses couches de l'atmosphère, on asséchait la base des nuages et ça diminuait la fraction couverte par ces nuages. Et donc ça diminuait l'albédo, la réflexion des rayonnements solaires. La campagne Eurec4Aa a en fait montré que c’est le contraire qui se passe : plus la température augmente, plus il y a de mélanges verticaux dans les basses couches de l’atmosphère, et plus ces petits nuages sont nombreux. Ce qui serait plutôt une bonne nouvelle mais il reste encore tellement d’incertitudes sur les réactions des nuages dans un climat plus chaud. Ce sont ces incertitudes que la campagne Orcestra devrait aider à réduire.