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NFT : gadget ou nécessité ?

Attention aux « discours de promotion » des NFT, avertit la sociologue Laurence Allard (université de Lille/IRCAV) : si ces certificats de transaction sont utiles aux artistes et créateurs numériques, les NFT nourrissent la spéculation et ont une empreinte écologique élevée.

Réalisation : Barbara Vignaux , Alexis Lardilleux

Production : Universcience

Année de production : 2022

Durée : 4min36

Accessibilité : sous-titres anglais, sous-titres français

NFT : gadget ou nécessité ?

Un NFT est un fichier numérique, un morceau de code. Il est stocké sur une blockchain, une base de données décentralisée aussi utilisée par les crypto-monnaies. Le NFT confère son authenticité à un objet le plus souvent virtuel, comme une œuvre d'art numérique par nature infiniment reproductible. Les artistes se sont emparés des NFT pour protéger et commercialiser leurs œuvres. Certains ont eu un succès colossal. Ainsi, le NFT de cette œuvre de l'artiste américain Beeple a été adjugé près de 70 millions $ en mars 2021. Les NFT, ce sont les symbolisations qui permettent d'effectuer des transactions via des crypto-monnaies. Ce n'est pas illégal, ce n'est pas légal, c'est alégal. Il n'y a pas encore de législation. Le Conseil d'Etat s'y intéresse parce que finalement les NFT permettraient d'automatiser le droit de suite, c'est-à-dire la perception des royalties. Puisque dans le smart contrat qui lie l'acheteur et l'artiste, il est mentionné le nombre de crypto-monnaies qui a été utilisé. Donc le nombre de tezos, de bitcoins, d'ethers qui vont revenir à l'artiste. Ce n'est pas inintéressant au plan fonctionnel. Ça automatise d'une certaine façon les royalties. Pour l'instant, dire qu'un NFT correspond à un titre de possession relève d'un abus de langage. Ça fait partie du discours de promotion des NFT pour faire venir des acteurs, de l'argent dans ce monde. Mais d'une part pour l'instant, ça a un caractère alégal et d'autre part, ça ne certifie que la transaction et pas le titre de possession. Il y a les artistes, mais il y a aussi tout le monde des industries culturelles ou créatives. Le monde de la presse pourrait aussi être intéressé par les NFT puisque ça peut renouveler le modèle d'affaire de la presse avec ce qu'on appelle le streaming payment, c'est-à-dire le paiement à l'unité, par exemple de l'article. De même pour les écrivains, il y a la possibilité de pouvoir vendre et faire vendre ses œuvres à un acheteur de façon directe, sans intermédiaire, parce que ça se passe de portefeuille à portefeuille. Il y a une grande vague dernièrement autour des NFT puisque ça correspondait à la hausse des cours des crypto-monnaies pendant les confinements. Elles sont devenues des valeurs refuges, des actifs sur lesquels investir en temps de crise. Le NFT, c'est aussi un placement qui permet de ne pas sortir des crypto-monnaies et de ne pas être taxé. Pourquoi on se focalise sur les NFT ou sur les crypto-monnaies ? Elles ont des mécanismes de sécurisation pour certaines d'entre elles. Ce qui suppose une demande énergétique. Il y a par exemple la "proof of work", la preuve de travail pour la blockchain Bitcoin et jusqu'à présent pour la blockchain Ethereum. Ça demande de la puissance de calcul pour résoudre des équations mathématiques afin de miner le bloc, donc de valider la transaction. Pour des artistes, c'est intéressant. Mais tous les placements immobiliers dans le métavers, toutes sortes d'usages, dans l'industrie de la mode, du design, la reproduction des sacs Kelly, ou de certaines baskets, tous ces usages sont superfétatoires et ont peu d'intérêt en termes sociaux. Finalement, ça démontre un peu la vacuité d'une certaine part du NFT et ça en relève encore plus la nocivité ou la criticité écologique.

Réalisation : Barbara Vignaux , Alexis Lardilleux

Production : Universcience

Année de production : 2022

Durée : 4min36

Accessibilité : sous-titres anglais, sous-titres français