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Des manifestants sont rassemblés devant le Parlement brésilien, le 1er mai 2022, à Brasilia © AFP Evaristo Sa

Des manifestants sont rassemblés devant le Parlement brésilien, le 1er mai 2022, à Brasilia © AFP Evaristo Sa

L’élection présidentielle au Brésil arrive dans trois mois et la désinformation apparaît comme un enjeu majeur du débat électoral. En effet, le duel entre Lula et Jair Bolsonaro, le président actuel, se rythme par la multiplication des plateformes et des contenus trompeurs, de plus en plus complexes à vérifier. Depuis le début de l’année, le nombre de vérifications de l’équipe de fact-checking de l’AFP sur les élections générales d’octobre n’a cessé d’augmenter : multiplié par quatre entre janvier et juin.

« Ces derniers mois, la désinformation au sujet des élections a pris une place prépondérante sur les réseaux, détrônant la COVID », constate Sergio Lüdtke, coordinateur du collectif Comprova, qui réunit 42 médias impliqués dans la vérification d’informations, dont l’AFP. Selon lui, « la pandémie a été transformée en événement politique » et a servi « de galop d’essai » pour les groupes qui disséminent de fausses informations. Et à l’approche du scrutin d’octobre, la vérification s’annonce « beaucoup plus complexe » que des élections précédentes en 2018, souligne-t-il. 

« Semer le doute »

En 2018, les élections générales avaient déjà été marquées par la dissémination massive de fausses informations, notamment sur Whatsapp. Mais elles étaient plus facilement vérifiables. « Aujourd’hui, on voit de plus en plus de contenus qui ne sont pas forcément faux en soi, mais qui induisent une interprétation trompeuse », explique Sergio Lüdtke. Depuis 2018, certaines plateformes ont conquis de plus en plus d’adeptes au Brésil, notamment la messagerie Telegram ou les applications de vidéos TikTok et Kwai, qui permettent de publier rapidement des contenus visuels et de les manipuler facilement.

« Une des stratégies de ceux qui pratiquent la désinformation est de semer le doute chez les internautes, en mélangeant tellement les faits que le lecteur ne sait plus à qui faire confiance », explique Pollyana Ferrari, spécialiste en communication qui coordonne les vérifications d’informations à l’université catholique PUC. C’est arrivé, par exemple, avec une vidéo partagée plus de 100 000 fois qui semblait montrer des supporters de football criant « Lula, voleur » dans un stade plein lors d’un match de l’équipe nationale brésilienne de football. Une fonction disponible sur TikTok permettait d’insérer sur les images un autre enregistrement radio.

« Comme un virus, ces fausses informations contaminent les oreilles, troublent la vue, s’installent dans l’esprit et se cachent derrière un humour qui semble inoffensif, mais devient un vecteur de transmission » encore plus redoutable, affirme Pollyana Ferrari. Le Tribunal supérieur électoral du Brésil, chargé de veiller au bon déroulement du scrutin, s’alarme que « les informations fausses ou sorties de leur contexte affectent les jugements de valeur et induisent les électeurs à faire leur choix en se basant sur des perceptions erronées de la réalité ».