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Ces Vikings, tués au 10e siècle et trouvés dans une fosse commune au St John's College d’Oxford, font partie de l’étude © Service archéologique de Thames Valley

De l’ADN viral isolé sur d’anciens restes humains révèle la présence de la variole en Europe du Nord dès le 7e siècle, durant l’âge des Vikings. Cette nouvelle datation repousse l’origine de la maladie chez l’Homme de près de mille ans, selon une étude parue dans Science le 24 juillet 2020.

Avec un taux de létalité de 30 %, la variole a tué entre 300 et 500 millions de personnes rien qu’au 20e siècle. Il faudra attendre 1980 pour que le virus variolique (VARV) soit officiellement éradiqué grâce à une ultime campagne de vaccination. La variole est d’ailleurs la première et la seule maladie à avoir été éliminée de la population humaine. Le virus est désormais stocké à des fins de recherche dans des laboratoires hautement sécurisés aux États-Unis et en Russie. 

La variole reste cependant mystérieuse par bien des aspects. L’Homme est le seul hôte connu du VARV, mais on connait peu de chose sur ses origines et son évolution. Une possible résurgence (accidentelle, libérée ou par adaptation) d’un virus du même type, plus ou moins virulent, n’est pas à exclure, ce qui suscite des inquiétudes persistantes. Des précisions sur son histoire évolutive présenteraient donc un intérêt considérable pour lutter contre une éventuelle ré-émergence.

D’un point de vue évolutif, il est admis qu’un ancêtre du virus de type variolique d’Afrique aurait été transmis à l’Homme par des rongeurs il y a plusieurs milliers d’années, devenu au fil du temps très virulent. « La première version de la variole était génétiquement plus proche dans l’arbre généalogique des virus de la variole animale, tels que le camelpox et le taterapox des gerbilles. Cela ne ressemble pas exactement à la variole moderne qui montre que le virus a évolué », précise Lasse Vinner, l’un des premiers auteurs et virologue du Centre GeoGenetics de la Fondation Lundbeck.

Mis à part des écrits historiques imprécis qui décrivent des infections possibles ou les lésions cutanées suggérant la maladie trouvée par exemple sur la momie égyptienne de Ramsès V, des preuves tangibles de variole durant l’Antiquité n’ont pu être mises en évidence. Les premières preuves génétiques de l’existence du virus ne remontent qu’au milieu des années 1600. Elles ont été trouvées par hasard en 2016 sur une momie d’enfant, en Lituanie.

Près de 2000 individus testés

Pour en savoir plus, une équipe internationale s’est donc intéressée de près à l’ADN d’anciens restes humains. Ils ont procédé à un séquençage de l’ADN extrait d’os et de dents de 1867 individus ayant vécu en Eurasie ou Amérique sur une longue période courant d’il y a 31 000 ans jusqu’il y a 150 ans.

Ils ont ainsi pu récupérer des séquences virales chez treize individus seulement, provenant de sites funéraires du nord de l’Europe, de l’ouest de la Russie et du Royaume-Uni, dont onze du nord de l’Europe, tous datés de l’âge des Vikings, vers 600-1050 ap. J-C. Et ils ont réussi à reconstruire des génomes de virus quasi complets de la variole pour quatre d’entre eux.

En plus de repousser les premières preuves d’infection par la variole de près de 1000 ans, les résultats de l’étude montrent que les lignées VARV de l’âge viking appartiennent à un clade frère – c’est-à-dire un variant – maintenant éteint des virus varioliques modernes.

La maladie qui s’est manifestée durant l’âge des Vikings était peut-être différente de la virulente souche moderne qui a tué et défiguré des centaines de millions de personnes. Peut-être n’était-elle pas mortelle, mais, à ce stade, les chercheurs ne peuvent se prononcer.

Il n’empêche que cette souche de la variole a probablement été répandue dans le nord de l’Europe pendant des siècles par les Vikings, grands voyageurs, avant de devenir la souche des temps modernes.