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Photographie du fragment de corde prise par microscopie numérique (le résidu mesure environ 6,2 mm de long et 0,5 mm de large). © C2RMF

Les Néandertaliens ont longtemps considérés très en retard par rapport à leurs cousins Homo sapiens. Peut-être tout simplement parce qu’il nous manquait les preuves de leur ingéniosité...

C'est justement ce que vient d'apporter une équipe internationale, constituée notamment de chercheurs du CNRS. Grâce à des technologies de pointe, les scientifiques ont réussi à mettre au jour des résidus de cordage sur un éclat de silex vieux de plus de 40 000 ans, trouvé sur le site préhistorique de l’Abri du Maras, en Ardèche. Ces traces sont les plus anciennes de ce type connue à ce jour mais elle souligne surtout des capacités cognitives inattendues de la part de Neandertal.

Des fibres torsadées

Sur ce site, découvert en 1894 et toujours fouillé, les archéologues ont essentiellement retrouvé des restes animaux chassés, d’outils ou d’armes de pierre. Des traces qui attestent que l’homme de Neandertal (qui a vécu entre 350 000 et 28 000 ans avant notre ère) utilisait toutes les ressources disponibles de son environnement. Cependant, les matériaux périssables – dont sont faits de nombreux autres objets – ont disparus sans laisser de traces, ou bien celles-ci sont si infimes qu'elles demeurent invisibles à l’œil nu.

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Abris du Maras (Ardèche) site préhistorique du paleolithique moyen occupé par l'homme de neandertal © M-H. Moncel

Lors de précédentes fouilles, les chercheurs avaient bien découvert de minuscules fragments de résidus végétaux sur des outils, mais sans que leur fonction ait pu être prouvée. C’est désormais chose faite. Des photographies prises à la microscopie numérique associée à la spectroscopie ont révélé trois faisceaux de fibres torsadées pliés ensemble pour former des cordons et adhérant à un outil de silex. Les auteurs supposent que le cordon était enroulé autour comme une poignée ou faisait partie d’un filet ou d’un sac le contenant. La nature du cordon a pu aussi être identifiée, en l’occurrence des fibres de cellulose prélevées sur l’écorce interne d’un arbre, probablement un conifère.

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Détail du fragment de corde observé par microscopie électronique à balayage, montrant des fibres twistées. © MNHN

Indispensable de la vie quotidienne, les fibres torsadées constituent la base des vêtements, des cordes, des sacs, des filets, des nattes, des bateaux, de parures, etc. Elles témoignent d’une culture particulièrement élaborée. Leur fabrication implique la capacité de maîtriser une technologie complexe, mais également d’autres savoir-faire. Outre une connaissance approfondie de la croissance et de la saisonnalité des arbres pour prélever les fibres nécessaires à la fabrication de ce type de corde, les Néandertaliens devaient avoir des compétences en mathématiques. Pour créer une corde aussi sophistiquée, faite de trois plis à partir de plusieurs cordons, ils possédaient nécessairement une compréhension des paires, des ensembles et des nombres.

Ajoutée à des preuves récentes d’utilisation du goudron d’écorce de bouleau, d’art et de perles de coquillage, l’hypothèse que les Néandertaliens avaient des capacités cognitives similaires à celles des humains modernes est dorénavant tout à fait envisageable.