2101, sciences et fiction Publié le

Profession astronome, avec Isabelle Vauglin

L’astrophysicienne Isabelle Vauglin à l’observatoire de Lyonau au Centre de recherche d’astrophysique de Lyon (CRAL) explique les probabilités du développement de la vie sur d’autres planètes habitables dans l’Univers.

Une interview tirée du webdoc « 2101, sciences & fiction ».

Réalisation : Patrick Chiuzzi

Production : Universcience, Centre de recherche astrophysique de Lyon, C Productions Chromatiques

Année de production : 2016

Durée : 11min05

Accessibilité : sous-titres français

Profession astronome, avec Isabelle Vauglin

"2101, sciences et fiction"

"Profession astronome"

Isabelle Vauglin, astrophysicienne et référente scientifique du projet 2101, Centre de recherche astrophysique de Lyon, Observatoire de Lyon.
-Si dans chacune des galaxies, il y a des centaines de milliards d'étoiles qui ont la possibilité d'abriter des étoiles avec des planètes autour, c'est beaucoup trop nombriliste d'imaginer qu'on est les seuls.
Est-ce que la forme d'intelligence ressemble à la nôtre ?
Je pense qu'on n'a pas l'imagination pour l'envisager.
C'est quelque chose de trop...
Ça nous dépasse encore.
Peut-être qu'un jour, on y arrivera, mais pour l'instant, ça nous dépasse d'imaginer quelle forme la vie peut avoir prise ailleurs.
Mais pour moi, il n'y a aucune raison qu'on soit tout seuls.
Par contre, de là à imaginer que des petits hommes verts ont construit des soucoupes volantes, qui sont toutes des choses qu'on imagine assez facilement.
Ce n'est vraiment pas quelque chose d'original, les soucoupes volantes.
Imaginer que c'est ça et que du coup, ces petites créatures qui ont toujours une tête, des yeux, des oreilles, des bras, même si on leur fait des formes assez extraterrestres, il n'y a rien à faire, ça reste très proche de nous et je n'y crois absolument pas.
100 milliards d'étoiles dans une galaxie, des centaines de milliards de galaxies, ça fait une probabilité si importante...
Mais à partir du moment où j'ai dit ça, le fait de me dire : "À quoi ressembleraient-ils ?"
Là, j'ai plus de mal.
Là, j'ai plus de mal.
Je ne sais pas pourquoi ça...
Un truc...
Oui, il y a quelqu'un, mais de là à l'envisager, c'est autre chose.
Avec la découverte des exoplanètes, il y a des liens très forts, maintenant.
Toute une branche s'est développée, l'exobiologie.
Ce n'est pas nous, astronomes, qui allons pouvoir définir comment découvrir la vie.
Est-ce que la vie est possible là-bas ?
Donc il y a cette exobiologie qui s'est développée qui est une zone de collaboration entre des astrophysiciens, des chimistes, des biologistes, même aussi des philosophes pour définir ce qu'est la vie.
Et évidemment, dans toutes les branches de l'astrophysique, il y a des liens avec les maths, parce qu'on a besoin de maths pour développer nos modèles.
Il y a besoin de physique nucléaire aussi, car la physique des très hautes énergies...
On trouve dans l'Univers des énergies qui sont même impossibles, actuellement, à créer sur Terre.
Mais ça, c'est la physique nucléaire, donc des liens très forts avec.
Voilà.
Avec vraiment beaucoup d'autres sciences.
Pour être astrophysicien, il faut avoir préparé une thèse d'astrophysique dans un laboratoire ou un observatoire, puis l'avoir soutenue et avoir obtenu le doctorat d'astrophysique.
Mais une fois qu'on a le doctorat d'astrophysique, on est dans un domaine ou dans un autre.
On ne peut pas être spécialiste dans tous les domaines.
Souvent, notre spécialisation vient du sujet de thèse sur lequel on a travaillé.
Du coup, vous pouvez être, par exemple, planétologue, parce que vous avez travaillé sur les planètes du système solaire.
Vous pouvez être extragalacticien car vous avez développé un sujet d'étude sur les galaxies.
À ce moment-là, la galaxie est votre objet d'étude en tant que tel.
Si vous êtes physicien stellaire, les étoiles sont vos objets d'étude.
Si vous êtes cosmologiste, là, c'est l'Univers dans son ensemble qui est votre objet d'étude.
Évidemment, on a tous la même formation au départ, mais on se spécialise dans un domaine de recherche plus restreint.
On ne va pas toucher à tous les domaines.
En regardant ces étoiles, très jeune, sept ou huit ans, quand j'ai commencé, l'idée de se déplacer...
Je me souviens d'une discussion avec mon père pour savoir si un jour, on pourra y aller.
Il m'avait répondu : "Mais de toute façon..."
Parce que je disais : "Ce ne sera pas possible avec les vaisseaux spatiaux.
On ne pourra pas atteindre les vitesses nécessaires."
Il m'avait répondu : "Tu sais qu'en ce moment, tu es sur Terre.
Si je te dis Jupiter, ton esprit va immédiatement aller sur Jupiter.
Tu n'auras pas besoin de temps pour y aller.
Tu le verras devant tes yeux."
Donc je ne sais pas.
C'est quelque chose qui est souvent revenu.
Le mode de déplacement par la pensée est instantané.
Je ne sais pas si un jour ça donnera quelque chose.
Mais oui, ça me fait rêver.
Ça me fait rêver.
Il y a eu plusieurs...
À plusieurs reprises, j'ai eu cette sensation de distance, vraiment une perception aiguë de la distance, non pas la vision de la voûte céleste à plat.
C'est effectivement les soirs d'été, le truc vraiment bateau, mais que je fais encore.
C'est-à-dire que quand il fait beau, je regarde le ciel et je me dis : "Waouh !
Qu'est-ce que c'est beau."
Et puis, pour le transit de Vénus.
Le transit de Vénus, en 2004, s'est passé dans des conditions favorables.
C'était en juin.
Il faisait beau à Lyon.
C'était dans la journée.
C'est l'observation à l'œil.
On avait les moyens d'observer à travers le télescope, les lunettes, mais c'est en ayant les lunettes d'éclipse sur les yeux et en voyant ce disque passer devant, j'ai vu la profondeur de l'Univers.
J'ai vu la distance...
Enfin à notre échelle extrêmement grande, même si à l'échelle de l'Univers, Vénus et le Soleil, c'est tout près.
Mais à l'échelle humaine, j'ai eu cette perception très aiguë de la distance.
J'ai vu Vénus à une distance plus proche de nous que le Soleil.
Je l'ai vue en profondeur.
C'est quelque chose de saisissant.
Je me suis sentie toute petite humaine.
Il y a 100 ans, les collègues astronomes de l'époque ne savaient pas quelle était la profondeur de l'Univers.
1914, c'est le grand débat.
1925, Edwin Hubble donne la distance des galaxies.
Avant, on envisageait un Univers qui était restreint aux dimensions de notre galaxie.
Donc ça ne fait même pas 100 ans qu'on a une idée de la distance de la galaxie d'Andromède ou la distance de l'Amas de la Vierge, de la profondeur de l'Univers, de la dimension de l'Univers observable actuellement.
13,7 milliards d'années, c'était inimaginable il y a 100 ans.
Il y a autre chose aussi.
C'est qu'il y a 100 ans, on ne faisait des observations qu'en visible.
Donc on avait une vision de l'Univers qui était limitée aux longueurs d'onde du visible.
Or, pour comprendre les objets, la formation des étoiles, pour arriver à mesurer des objets très lointains, on a besoin non seulement du visible, mais des longueurs d'onde qu'il y a en dehors de cette zone dans laquelle notre œil est sensible, à savoir du côté du violet, l'ultraviolet, les rayons X et gamma, et de l'autre côté, côté rouge, les infrarouges, les submillimétriques, millimétriques, ondes radio et tout ça.
Et là, à l'heure actuelle, on n'envisage pas de pouvoir expliquer complètement un objet, pouvoir le modéliser correctement sans avoir des informations à toutes les longueurs d'onde.

"2101"

Dans un siècle, je pense qu'on aura effectivement réussi à détecter des atmosphères autour des planètes.
Ça, je veux croire que dans une dizaine d'années, on l'aura fait.
Après, être capable d'étudier précisément l'atmosphère de ces planètes pour y trouver la présence de quelque chose de vivant, il faudra, je pense...
Je ne sais pas, c'est difficile à dire.
Mais une dizaine d'années supplémentaires devraient suffire.
Donc je pense que d'ici 20 ou 30 ans maximum, on aura la réponse à ça.
On aura la réponse à ça.
Donc en 2101, oui, on le saura, enfin sauf accident de parcours de l'humanité grave.
En 2101, je pense qu'on sera complètement en mesure de définir très clairement quelles sont les planètes qui ont développé de la vie.

2101, sciences et fiction

Conception et réalisation : Patrick Chiuzzi
Avec la voix de Johanna Rousset
Avec la participation de Isabelle Vauglin, astrophysicienne et référente scientifique du projet 2101, Centre de recherche astrophysique de Lyon, CNRS – Université Claude Bernard Lyon I
Images bande dessinée 2101 : Guillaume Chaudieu
Développeur : Thomas Goguelin
Image et son : Patrick Chiuzzi et Robin Chiuzzi
Enregistrement voix : Studio Ghümes
Musique : Ludovic Sagnier
Montage : Yann Brigant

Images additionnelles :
ESO
Milky Way Fly-through (Europe to the Stars Clip)
ESO/M. Kornmesser/L. Calçada
Artist's impression of Gliese 581 e – ESO/L. Calçada
Earth to Alpha Centauri – ESO/L. Calçada/Nick Risinger (skysurvey.org)
Paranal Time-lapse 2012n – ESO/C. Malin (christophmalin.com)
Shutterstock
Archives Chromatiques

Chromatiques
Producteur : Patrick Chiuzzi
Assistante réalisateur : Cécile Taillandier
Assistante de production : Élodie Henry

Universcience
Rédaction en chef : Isabelle Bousquet
Production : Isabelle Péricard
Responsable des programmes : Alain Labouze

Avec la participation d’Amcsti

Remerciements : Eloïse Bertrand, Alice Chiuzzi, Agate Chiuzzi, Delphine Boju,

Romain Mascagni, Mathieu Gayon

Avec le soutien d’Investissements d’Avenir et la participation du Centre National de la Cinématographie et de l’image animée

© C Productions Chromatiques / Universcience / Centre de recherche astrophysique de Lyon / 2016

Réalisation : Patrick Chiuzzi

Production : Universcience, Centre de recherche astrophysique de Lyon, C Productions Chromatiques

Année de production : 2016

Durée : 11min05

Accessibilité : sous-titres français