Mai 68, la science s’affiche ! Publié le

« A bas le scientisme ! »

La science est-elle synonyme de progrès ? Peut-elle établir des vérités indépendamment de la société dans laquelle elle se développe ? Après mai 68, nombre de scientifiques remettent en cause les fondements de l’idéologie scientiste et ses rapports avec le pouvoir.

En commençant à « devenir un peu sociologues », elles et ils plaident pour un décloisonnement des savoirs et de la pratique scientifique, pour une science pluridisciplinaire et ancrée dans la société. Avec Jean-Marc Lévy-Leblond (physicien, CNRS), Jacqueline Feldman (physicienne et sociologue, CNRS), Ségolène Aymé (médecin généticienne et épidémiologiste, Inserm), Jean-Jacques Dupin (physicien et didacticien, Université de Provence), Pierre Clément (biologiste, Université Lyon I).

Un épisode de « Mai 68, la science s’affiche ! »

Réalisation : Guillaume Darras , Baudouin Koenig , Cédric Piktoroff

Production : Universcience, Schuch production, Inserm, CNRS

Année de production : 2018

Durée : 5min47

« A bas le scientisme ! »

MAI 68, la science s’affiche

Épisodes Scriptés

Épisode 5

00:01:01

SCHUCH PRODUCTIONS PRÉSENTE

AVEC LE SOUTIENT DE L’INSERM

EN COPRODUCTION AVEC CNRS IMAGES

EN ASSOCIATION AVEC UNIVERSCIENCE

MAIS 68 LA SCIENCE S’AFFICHE

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Jean-Marc Lévy-Leblond

Au début des années 50, quand j'étais collégien, je me souviens des revues de vulgarisation comme Science & Vie, qui nous promettaient un petit réacteur nucléaire dans chaque maison d'ici 30 ans, la faim serait éliminée, la guerre aussi, tout irait bien, mieux… Et vite !

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Pierre Papon

Les années 68, 60-68, ce sont des années de grand développement dans la recherche scientifique. Donc il y a, je dirais, un pouvoir d'attraction de la science et des carrières scientifiques. Ça a été mon cas ! Je suis entré au CNRS comme stagiaire de recherche en 1962, je dirais qu'il y avait pas de difficulté pour trouver des postes dans la recherche scientifique.

01:06

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Jacqueline Feldman

Quand on a commencé nos études, nous… Surtout nous qui venions de milieux non-privilégiés, donc on se faisait une idée extraordinaire de la science, c'était le progrès, on était de gauche, tout ça allait ensemble.

01:22

01:26

Jean-Jacques Dupin

La science c'était l'objectivité, donc ce qui permettait de faire des choix qui soient pas teinté d'idéologie mais qui soient francs. Donc c'était ça qui m'avait amené à faire le choix de la science physique : c'était grâce à ça qu'on allait pouvoir connaître le monde, ses grandes lois…

01:39

01:40

(Archives : voix off d'une émission scientifique)

Nox nocti indicat sciensiam. La nuit apporte à la nuit de nouvelles connaissances. C'est le prélude aux découvertes de l'avenir.

01:49

01:50

Jean-Jacques Dupin

En tant qu'étudiant scientifique, j'ai jamais eu le moindre accès sur des questions d'épistémologie, de réflexions sur la science… À l'université c'était, on ne nous en parlait jamais !

02:00

02:01

(Archives : voix off d'une émission scientifique)

Sur les parois, à l'aide des trous des pyramides absorbants, emboités les uns dans les autres, que vous apercevez ici.

02:11

Jean-Marc Lévy-Leblond

La non-neutralité de la science que nous découvrons en 68 nous semble nouvelle parce que au fond, nous ne connaissions pas la longue histoire des dénonciations du scientisme depuis plus d'un siècle à l'époque. Bakounine, par exemple, est un pan de la pensée anarchiste qui n'est pas du tout anti-scientifique, mais qui est anti-scientiste !

02:37

02:39

Jacqueline Felman

On a commencé à devenir un peu sociologues. Et on s'est mis à s'interroger sur les rapports de la science et de la société tout autours.

02:47

02:52

(Archives : discours de Jean-Mar Lévy-Leblond en janvier 1969)

Quel est le rôle de la science dans notre société ? L'activité scientifique n'est pas séparable du système social où elle se pratique. Elle est orientée de façon à assurer la perpétuation de ce système.

03:07

Jean-Marc Lévy-Leblond

Recevant ce prix en 69, je ne peux pas faire autrement que de dire ce qui avait émergé précisément en 68 dans notre compréhension du milieu politique et de ses contradictions.

03:21

03:24

Pierre Clément

Dans les enseignements qu'on a monté dans les années 70, il fallait faire en sorte, et je crois que ça reste très actuel, que les étudiants scientifiques n'aient pas que des études positives sur la science, mais qu'on leur fasse toucher du doigt les limites des connaissances, qu'on les fasse réfléchir sur les enjeux économiques, éthiques, sociaux…

03:49

Ségolène Aymé

Je me suis intéressée à la sociologie, à l'économie, à la psychologie, à la psychanalyse, alors que j'étais généticienne. Le pire des pièges par exemple en science, c'est d'être dans sa spécialité médicale, médicale ou scientifique, d'être entre gens qui font la même chose, ce qui est très confortable, mais qui est absolument stérilisateur.

04:13

04:17

Jean-Marc Lévy-Leblond

Pour moi la science n'a pas d'intérêt si elle se résume à elle-même. Ce qui m'intéresse, c'est pas seulement de savoir résoudre telle ou telle équation, comprendre telle observation, ce qui m'intéresse, c'est de le relier à des problématiques plus générales : qu'est-ce que ça me permet de comprendre sur le monde dans son ensemble…

04:38

04:40

Pierre Clément

Ce qui était vécu comme révolutionnaire, contestable, contesté par la majorité qui ne supportait pas qu'on puisse développer un discours qui questionne la science, est devenu enseignable, enseigné, documenté, et respecté comme mouvement et maintenant ça a pignon sur rue.

05:06

05:09

Ségolène Aymé

La bonne science, elle ne peut se faire que avec un regard qui est complètement multidisciplinaire, ce que montrent tous les gens qui réussissent à faire des choses intéressantes.

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Réalisation : Guillaume Darras , Baudouin Koenig , Cédric Piktoroff

Production : Universcience, Schuch production, Inserm, CNRS

Année de production : 2018

Durée : 5min47