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3 questions sur... les vaccins à ARNm

« Vaccin à ARNm », ces mots sont sur toutes les lèvres depuis quelques semaines. Mais de quoi s’agit-il au juste ? Qu’est-ce que l’ARN messager ? Comment fonctionne ce vaccin ? En quoi est-il si nouveau ? Quels sont ses avantages ? Brigitte Autran, chercheuse et immunologiste de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (et membre du comité scientifique sur les vaccins Covid-19) fait le point.

Réalisation : Anaïs Poncet

Production : Universcience

Année de production : 2020

Durée : 6min34

Accessibilité : sous-titres français

3 questions sur... les vaccins à ARNm

Ce vaccin, certes, est tout nouveau, mais il n’a pas été développé comme ça, par un coup de baguette magique, en janvier et février 2020. Cette capacité à faire ce nouveau vaccin repose sur 15 ans de recherche. Ce vaccin utilise ce que l’on appelle un ARN messager. Et cet ARN messager, comme son nom l’indique, c’est la traduction de notre code génétique qui quitte le noyau, part dans la cellule, dans le cytoplasme de la cellule, et va servir de guide pour faire synthétiser par la cellule, des protéines. C’est ce que toutes les cellules, tous les êtres vivants utilisent en permanence. Sa particularité, c’est qu’il est très instable. Il est là pour faire simplement ce travail de messager et donner à la cellule les instructions pour fabriquer une protéine. Dès que c’est fait, l’ARN est dégradé. Le principe du vaccin, c’est donc de fabriquer, dans un laboratoire industriel, des quantités importantes de cet ARN messager de manière à ce qu’on puisse l’injecter dans l’organisme sous forme de vaccin. Il faut donc un nombre important de copies, mais cet ARN messager, comme je vous l’ai dit, est instable. Et donc, il va être modifié pour augmenter sa stabilité de manière à ce qu’on puisse être sûr qu’il va bien faire traduire la quantité de protéines qui servent à vacciner, et d’autre part, on va le protéger en l’englobant dans des sortes de petites gouttelettes de lipides, de graisse qui vont l’aider à rentrer plus facilement dans les cellules et le protéger jusqu’à ce qu’il arrive dans le cytoplasme de la cellule pour faire fabriquer la protéine. Une fois que ceci est fait, les gouttelettes de lipides se désagrègent et sont éliminées, et puis l’ARN est libéré pour pouvoir faire traduire et faire synthétiser la protéine du vaccin. Cette protéine va être en grande partie excrétée hors de la cellule ou exposée à la membrane de la cellule et le système immunitaire va être alerté par la présence d’une protéine étrangère à l’organisme puisqu’il s’agit d’une protéine du virus et ceci va déclencher la réponse immunitaire. Sa grande propriété, par rapport aux vaccins classiques qui étaient fait de virus entiers qu’on atténuait ou qu’on atténue ou qu’on inactive, ou bien de protéines qu’il faut faire produire… c’est difficile de produire des protéines, c’est des grosses molécules, c’est compliqué… L’ARN a pour lui une très grande facilité de synthèse parce qu’on n’est plus dans un processus de biologie pour produire de l’ARN, c’est un processus de chimie. c’est comme si on faisait un médicament. Donc, la production en laboratoire et dans les laboratoires pharmaceutiques est plus simple et surtout, donc, comme elle est plus simple, elle peut être produite plus facilement en très grande quantité. Donc c’est une application qui est parfaitement bien adaptée à faire rapidement un vaccin pour un très grand nombre de personnes. Pour ce qui est de la réponse immunitaire : à partir du moment où la réponse immunitaire est déclenchée, eh bien elle vit pour son propre compte. Elle n’a plus besoin de ces ARN pour être entretenue. On voit déjà qu’il y a une réponse immunitaire relativement forte qui est induite, qui est de l’ordre de la réponse immunitaire qui est induite par la maladie elle-même. Le désavantage de l’ARN, à vrai dire, on ne le connaît pas très bien encore. La tolérance, c’est-à-dire la réaction qu’on va faire au vaccin, est tout à fait acceptable. Il n’y a pas eu d’événements indésirables graves. Ça fait un petit peu mal au point d’injection, mais beaucoup de vaccins, malheureusement, font mal au point d’injection. Ça peut donner un peu de fatigue. Et pour l’instant, ce que l’on voit, c’est que ces effets sont très limités dans le temps, et ne sont observés en gros que lors de la première semaine qui suit l’injection. Donc il est vrai qu’on n’a pas de recul sur la tolérance à très long terme, mais dans la mesure où ces ARN sont rapidement dégradés, on peut être optimiste sur la sécurité d’emploi de ces ARN. Il s’agit d’une technologie nouvelle de formulation de vaccin. Ça n’a jamais été fait jusqu’à maintenant, en tout cas ça n’a jamais été appliqué à l’homme jusqu’à maintenant, mais c’est le fruit d’une recherche extrêmement intensive depuis une quinzaine d’années et il semble que ça ouvre des horizons nouveaux non seulement pour le SARS-CoV-2, mais pour beaucoup d’autres agents infectieux. De très nombreux candidats vaccins ont été développés sur le modèle de ces vaccins ARN, contre d’autres maladies infectieuses, contre la grippe, contre le Zika, contre le chikungunya, contre Ébola, mais pour l’instant il n’y avait pas eu de pression de santé publique telle qu’on ait absolument besoin de les faire passer au stade d’essai clinique. Et on pense que la facilité de production de ces vaccins ARN messager pourrait permettre de faire des vaccins à volonté contre tel et tel type de cancer de manière à amplifier encore plus l’efficacité des immunothérapies anticancer. Donc, ce sont des vaccins qui sont développés en parallèle pour les maladies infectieuses et pour la cancérologie.

Réalisation : Anaïs Poncet

Production : Universcience

Année de production : 2020

Durée : 6min34

Accessibilité : sous-titres français