Mais finalement, à quoi sert un herbier ? Après des mois de rénovation, il est temps de poser la question aux chercheurs. Thomas Haevermans, Bruno Dennetière Pierre-Henri Gouyon, Thierry Deroin et Germinal Rouhan. - Un herbier, c'est une collection de plantes, mais qu'est-ce qui se cache derrière ce nom de collection de plantes ? Pour moi, c'est déjà une source d'émerveillement. Ça permet de voyager avant d'effectivement voyager. On se promène dans des récoltes du siècle dernier, de Madagascar, de Nouvelle Calédonie. On s'aperçoit de beaucoup de choses nouvelles, beaucoup de choses intéressantes qu'on observe pour la première fois. J'ai trouvé comme ça pas mal d'espèces nouvelles dans ce bâtiment qui était pourtant à quelques mètres de mon bureau, et rien qu'en fouillant dans l'herbier. C'est un lieu d'exploration et d'émerveillement. - Alors pourquoi les conserver ? Mais c'est parce que finalement, le botaniste n'est pas toujours très sûr de sa détermination à un instant donné. Et la possibilité de pouvoir revenir sur un spécimen avec un écart de temps, qui peut être de quelques années, de 50 ans, d'un siècle, c'est la mémoire passée de la biodiversité. - Alors un herbier, ça peut servir à plusieurs choses. Déjà, ça peut servir à quelqu'un apprendre à reconnaître des plantes, et ça sert donc à être le support de la façon dont on classe et dont on nomme les plantes. Et puis évidemment, du coup, ça devient, étant donné son âge et sa taille, un instrument extraordinaire de mémoire, de mémoire non seulement de quelle plante on a classé et où, mais aussi de mémoire de où on a trouvé ces plantes, qui les a trouvées, comment. C'est toute l'histoire de notre connaissance de la nature qui est rassemblée, avec en plus maintenant des recherches qu'on peut faire en allant chercher des isotopes, c'est-à-dire des formes particulières des atomes qui vont dépendre du climat. On peut retrouver dans les échantillons d'herbiers les effets des changements climatiques passés. - Un herbier comme nous avons ici a de très nombreuses utilisations. Pour moi, en anatomie, bien entendu je vais privilégier le fait que cet herbier nous conserve sous une forme momifiée et parfois très très bien conservée des structures qui seraient très difficiles à récupérer sur le terrain parce que nous avons des espèces qui sont très rares ou des choses qui sont peu accessibles. Et en plus, ici, nous avons toutes les espèces qui sont connues qui sont tout de même présentes dans un grand herbier, et donc c'est très facile de faire un échantillonnage, de traiter tout ce matériel de la même manière et de réaliser des comparaisons. Ce travail qui paraît être un travail d'archivage, de très haut niveau, est une source extraordinaire de documents. Pour l'anatomie végétal, l'herbier est un outil extrêmement important parce que la plupart des structures dont nous avons besoin sont parfaitement bien conservées dans l'herbier. - Il est possible de prélever un petit fragment de feuilles sur des plantes que l'on vient de récolter, mais aussi sur des plantes beaucoup plus anciennes, des plantes qui ont été récoltées au début du 20e siècle, au 19e siècle pourquoi pas, au 18e siècle on peut essayer et d'accèder à l’ADN de ces plantes et après extraction, en examiner tous les caractères. Et bien, chaque observation, chaque résultat expérimental peut être lié à un spécimen d'herbier particulier que l'on peut examiner de nouveau après plusieurs dizaines d'années. Les herbiers, ils ont apporté quelque chose absolument essentiel. Ils ont abordé les bases de la reproductibilité. Il ne faut pas oublier que c'est une composante essentielle de toute méthode scientifique. Fondamentalement, en recherche, les herbiers, c'est un support formidable. C'est le support de nombreuses recherches sur la diversité des plantes. Les herbiers, ça sert donc à produire des connaissances fondamentales, savoir quelles plantes vivent où. C'est aussi un préalable nécessaire à certaines prises de décisions, si on pense à conserver une région, établir un parc naturel national par exemple. Les collections d'herbiers se sont accumulées dans les grands herbiers internationaux, si bien qu'il est possible d'explorer dans le temps et dans l'espace cette diversité de plus de 300 milles espèces de plantes.