L’astronaute française Sophie Adenot est enfin prête pour sa mission de 6 à 8 mois vers la station spatiale internationale. Depuis trois ans, elle s'entraîne sans relâche pour décoller depuis la base de Cap Canaveral en Floride. Elle fera partie du 12ème équipage à s’envoler à bord d’une capsule crew-dragon de la NASA.
Du côté Français, au centre national d’études spatiales, le CNES à Toulouse, 7 expériences scientifiques ont été préparées spécifiquement pour sa mission. Voici ce que la TEAM FRANCE, comme Sophie Adenot aime les appeler, lui a concocté.
SOPHIE ADENOT, LES EXPÉRIENCES SCIENTIFIQUES MADE IN FRANCE
Rémi Canton est responsable de la mise en place de ces expériences ici au CADMOS, Le Centre d'aide au développement des activités en micro-pesanteur et des opérations spatiales.
Rémi Canton - Chef de projet vol habités - CNES
Le premier objectif de notre contribution à la mission de Sophie c’est faire avancer les connaissances scientifiques, notamment dans le domaine de la physiologie humaine, qui est notre cœur de métier, notre cœur historique ici au CADMOS. Pour nous avons trois expériences, deux liées à l'échographie. Ecofinder et Ecobone.
Ecofinder vise à donner l'autonomie à l'astronaute, pour réaliser des échographies à l'aide de la réalité augmentée et de l'intelligence artificielle, qui vont le permettre sans connaissance médicale ou préalable de réaliser des échographies de qualité. Ecobone, c'est une activité qui se fera au sol, c'est-à-dire des mesures avant le vol et après le vol pour mesurer le phénomène d'ostéoporose, des décalcifications osseuses. La troisième expérience en physiologie, ça s'appelle Physiotool, c'est un ensemble de capteurs ambulatoires, donc non-invasifs,qui permettent de mesurer de bonne santé de l'astronaute. Donc ça peut être l'activité cardiaque, l'activité musculaire, l'activité cérébrale, tout ça synchronisé. L'objectif est de pouvoir faire ces mesures sans perturber l'astronaute qui peut faire d’autres expériences en même temps.
Déjà dans les années 90’s, l’astronaute Claudie Haigneré avait testé une expérience équivalente appelée PhysioLab, lors de son séjour à bord de la station MIR.
- “C’est Claudie qui fait l'ancêtre de physioTool”
Durant sa mission, Sophie Adenot devra participer à près de 200 expériences scientifiques au total, et ce sont les expériences autour de la physiologie humaine qui l’intéressent particulièrement
Sophie Adenot - Astronaute - ESA
Il y a beaucoup d’études qui sont liées à la physiologie du corps humain de l'astronaute qui vieillit plus que de normal quand il est dans l'espace.
Parce qu'il est soumis à un stress intense. On peut du coup faire beaucoup de recherches médicales qui ensuite aident à la fois à développer des procédures médicales, mais aussi trouver des solutions à des maladies ou comprendre mieux le vieillissement.
Lors de séjours de longue durée, les astronautes doivent pratiquer 2h de sport par jour pour limiter la perte osseuse et musculaire dues à l’apesanteur. Mais cette dernière a également des effets sur la circulation sanguine et le cœur. Pour les étudier, des échographes sont utilisés.
Lors de la première mission de Thomas Pesquet, la mission Proxima, on a développé ce qu'on appelle un échographe téléopéré. C'est en fait faire de la télémédecine, où l'astronaute sera juste dans la station et tient à sa disposition une sonde échographique avec une tête motorisée. C'est-à-dire qu'on va juste lui demander de le mettre dans la zone d'intérêt. Et c'est ensuite le médecin qui est au sol, entre au centre de contrôle ici au CNES, qui va piloter une sorte de joystick pour aller lui-même chercher l'organe c'est son métier, il sait faire.
Cette technique requiert une liaison quasi-instantanée entre les deux parties, ce qui est possible avec l’ISS qui orbite à seulement 400km de la Terre. En revanche pour des missions d’exploration plus lointaines comme la Lune ou Mars, il faut trouver une autre solution..
Donc on se base sur de nouveaux outils désormais pour assister l'astronaute avec la réalité augmentée et l'intelligence artificielle.
Donc pour ça, on met un repère sur le torse et on a aussi également un repère sur la sonde et quand la sonde est bien positionnée par rapport à ce fameux repère sur l'organe, on va enregistrer
“ Et là je vais venir chercher une carotide, donc là à présent on la voit, c’est le petit rond noir qu’on voit à l’image”
Cette étape d’enregistrement de chaque organe, se fait au sol par un médecin spécialiste.
Plus tard, lors de sa mission, il suffira à l’astronaute de repositionner la sonde en s’aidant des repères en réalité augmentée pour retrouver l’organe, puis l’intelligence artificielle vient confirmer la position.
Pour les besoins terrestres, c'est assez intéressant aussi dans les déserts médicaux. On peut avoir un petit centre médical qui va les infirmer, qui n'ont pas forcément l'expertise échographique, mais qui seront capables de faire les bonnes prises de mesure, assister encore une fois par la réalité augmentée et l'intrigée artificielle ça permet de démocratiser cet acte médical pour gagner du temps ou les dents d'endroits assez inaccessibles.
- Bienvenue, là on est dans la salle de contrôle principale, on est en charge d'exécuter les expériences, dont celles qui ont été développées notamment pour ta mission, mais aussi des expériences qui ont été préparées au préalable par d’autres centres, d'autres laboratoires d’autres développeurs à travers l’europe. Tu vas exécuter des expériences dans l’iss qui seront suivies ici même si elles ont pas été développées par l’équipe
Emmanuel Thulliez, Responsable exploitation vols habités - CNES
Donc toutes ces expériences sont exécutées dans le module européen qui s'appelle le module Columbus, qui est connecté sur la partie américaine de l'ISS. C'est un cylindre qui fait environ 8 mètres de long sur 5 mètres de diamètre et dans lequel on place nos expériences scientifiques. C'est pour ça qu'on l'appelle le laboratoire européen.
Lors de son entraînement, Sophie Adenot a été qualifiée comme spécialiste du module Columbus pour pouvoir faire face à n’importe quelle panne. Et pour ses expériences avec le CNES, elle sera épaulée en temps réel par les équipes au sol depuis Toulouse
Sébastien Barde, Sous-Directeur Exploration et Vols Habités - CNES
Les astronautes, quand ils vont rencontrer l’expérience, même s’ils l’ont oublié, mais c’est pas grave, parce que la beauté du système elle est basée justement sur la préparation de ces expériences, si on sait qu’on suit les procédures rigoureusement on est sur que l’astronaute de toutes façons va réussir à le faire, et puis même si après il y a des difficultées, comme on voit derrière moi il y a la salle de contrôle, les gens sont là pour les accompagner.
Du coup en fait ça c’est à l’intérieur de ça? Oui, il y en a quatre…
Trois autres expériences prévues concernent cette fois le développement technologique.. MATISS-4, MULTISS servent à étudier les bio-contaminations de surfaces par des mirco-organismes.
Le petit boîtier MATISS-4 contient des surfaces innovantes qui peuvent repousser les bactéries
- L'objectif final c’est de développer des surfaces qui sont capables de capter, de drainer, de tuer, éliminer les bactéries.
- Donc si je comprends bien, j’en prépare deux pour le retour et deux autres ils resteront..?
- Les quatre sont exposés en même temps, et à partir de là c’est top-chrono, 8 mois, 16 mois.
Par ailleurs, la caméra MULTISS sert à les mettre en évidence la bio-contamination par analyse spectrale et fluorescence.
- Tu auras exactement la même configuration, la SP5 à bord avec le Lumisoft, donc là ça étudie directement la contamination des surfaces
- Et là vous avez le spectre du matériaux
Ces technologies visent à protéger les astronautes en les aidant à garder un environnement sain à bord de la station spatiale internationale.
Autre système de protection, la combinaison EUROSUIT. Développée pour le CNES par Décathlon et Spartan Space, elle est faite sur mesure pour Sophie Adenot qui devra tester son ergonomie
Le but à bord de la station, pour ces tests ergonomiques, c’est vraiment de démontrer que le design est compatible d’un enfilage seul en deux minutes. l’idée
c’est d’avoir un objet qui est voué à assurer la sécurité de l’astronaute dans des situations de type incendie, dépressurisation, atmosphère toxique.
La combinaison sur laquelle on travaille ne permettra pas de sortir dans l’espace, donc c’est vraiment dédié à ces activités intra-véhiculaire à l’intérieur d’un habitat.
l’Eurosuit est donc un prototype européen équivalent aux combinaisons portées par les astronautes lors des vols en capsule. En cas de panne majeure du véhicule, ils peuvent fermer la visière et se relier à un système indépendant pour respirer.
Pour sortir dans l’espace, Sophie Adenot devra donc enfiler un scaphandre de la NASA, un processus qui prend bien plus que 2 minutes, et pour lequel elle s’est longuement entraînée, même si aucune activité extravéhiculaire n’est encore programmée.
Une sortie extravéhiculaire c’est les activités les plus risquées pour les astronautes
La dernière expérience préparée au CNES s’appelle ChlorISS.
Elle est destinée aux écoliers français qui pourront la réaliser en même temps que l’astronaute.
Marie Fesuick
Alors cette boite est un prototype ChlorISS. que recevront les établissements scolaires inscrits à l’expérience aux alentours de Mars, Avril 2026, et donc à l’intérieur ils y découvriront le matériel nécessaire pour réaliser l’expérience.
Le but est donc de faire germer des graines dans des petites boîtes, parallèlement au sol dans 4500 établissements scolaires et dans dans la station internationale pour comparer les effets de l’apesanteur.
Sophie Adenot aura un coffret contenant les 12 boîtes correspondant aux différents types de graines.
Marie Fesuick
il va peut être se passer quelque chose au niveau du système racinaire, normalement les racines de la plante poussent au niveau du centre de la Terre, c’est l’effet de la gravité, évidemment comme en micro-pesanteur on ne ressent pas effet là, probablement que les racines vont se comporter un peu différemment, en tout cas on cherche à savoir comment elles vont comprendre où se trouve le centre de la Terre et où elles vont se diriger.
D’autre part, sur les côtés de l’enceinte, des filtres bleu et rouge sont installés pour modifier la couleur de la lumière qui arrive sur les plantes et influencer le développement de leurs feuilles.
Sophie Adenot va partager des photos pendant une dizaine de jours pour permettre à des milliers d’élèves de les comparer à leur propre dispositif.
- Grosso-modo ce sont 260.000 jeunes qui sont inscrits
- wow
- ça ne te met pas la pression d’imagine
- pas de pression du tout!
Marie Fesuick
On avait vraiment la volonté au CNES d'embarquer les plus jeunes, de leur donner envie de s'intéresser au spatial c’est vrai et aux sciences en général, d'éveiller leur curiosité et de prendre part à l'aventure .
Après son décollage, Sophie Adenot rentrera dans l’histoire de l’exploration spatialle française, en devenant la 11ème astronaute à aller dans l’espace… et la deuxième femme, 30 ans après le vol inaugural de Claudie Haigneré en 1996.
À travers ces expériences, Sophie Adenot souhaite pourquoi pas, à son tour susciter quelques vocations.
Sophie Adenot
Pour moi aussi, c'est la concrétisation du rêve de la petite fille que j'étais et qui s'est nourrie de toutes ces aventures spatiales depuis les premiers astronautes français.
J'ai très envie de partager cette expérience, le côté humain de cette aventure
C'est important parce qu'on embarque un bout de la France dans l'espace.
RDV est donc pris pour suivre depuis la Terre les aventures spatiales de notre nouvelle astronaute tricolore.