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Vaccin : comment être réactif ?

La pression est forte sur les chercheurs et les laboratoires pour aboutir rapidement à un vaccin contre le SARS-CoV-2. Comment la recherche peut-elle s’organiser pour répondre à une telle demande alors qu’il faut habituellement plusieurs années pour mettre au point un vaccin ? Suivons Yves Levy, de l’Institut de recherche vaccinale.

Réalisation : Cécile Dumas

Production : Universcience, Look at sciences

Année de production : 2020

Durée : 7min11

Accessibilité : sous-titres français

Vaccin : comment être réactif ?

VACCIN : COMMENT ÊTRE RÉACTIF ? Script Titres JT : « la Russie a t-elle gagné la course mondiale au vaccin contre le covid19 » « tous les pays se livrent à une course effrénée pour trouver un vaccin » « les bons premiers résultats du vaccin du laboratoire Pfizer » « le laboratoire Moderna affiche lui aussi ses avancées et ses résultats : un vaccin efficace à plus de 95% » Yves Lévy Là il y a une volonté politique, une volonté sociétale, une volonté sanitaire, de crise sanitaire, de dire qu'il faut qu'on ait très vite un vaccin ; mais je veux bien qu'on aille plus vite que l'histoire ; l'histoire montrera si on est capable de faire un vaccin en un an de ce qu'on a mis 10 ans à faire et dans certaines infections, 40, 50 ans, toujours pas de vaccin ! COM : Travaillant depuis plusieurs années sur un vaccin contre le sida, Yves Lévy et ses collègues ne se laissent pas impressionner par les effets d'annonces. L'équipe de l'Institut de recherche vaccinale s'est donc elle aussi lancée dans la course au vaccin anti Covid Titre Vaccin : comment être réactif ? COM : face à un nouveau virus comme le SarsCov2, les chercheurs ont déjà besoin de savoir comment le système immunitaire des malades réagit lors de l'infection. Aurélie Wiedemann On reçoit ici le sang de patients hospitalisés malades donc du Covid ; à partir du sang on va isoler les cellules du système immunitaire, on va regarder comment elles se comportent en terme de réponse spécifique au Covid pour essayer de comprendre quelle est la réponse lors de l'infection naturelle COM : conservées dans l'azote liquide, ces échantillons sont ensuite analysés en détail grâce à la cytométrie en flux. Aurélie Wiedemann Donc nous ensuite ça nous permet de savoir quelles sont les cellules qui produisent quelle molécule et donc après au niveau du système immunitaire ça nous permet de savoir que ces cellules ont réagi au Sars-Cov2, ou pas ; et on veut savoir si , chez des patients convalescents cette réponse se maintient dans le temps, et quel est ce type de réponse, ce qui est aussi nécessaire pour produire un vaccin, puisque pour savoir quelle réponse doit induire le vaccin il faut d’abord qu'on la caractérise au niveau physiopathologique. COM :En parallèle, les chercheurs peaufinent leur stratégie vaccinale : ils capitalisent sur les 8 années de recherche consacrées à leur vaccin contre le sida, et c'est cet outil, appelé plateforme vaccinale, qui est aujourd'hui adapté à la lutte contre le Sars-Cov2.... Yves Lévy L'intérêt de note plate-forme c'est d'avoir une stratégie de cibler directement les cellules les plus importantes du système immunitaire : on y amène directement les antigènes, c'est à dire les régions du virus que l'on veut cibler ; et donc il y a une fabrication de ce vaccin qui nous permet d'adapter exactement la réponse immunitaire contre le virus et contre le Covid. Nous sommes dans un objectif où on cible et des anticorps pour empêcher l'entrée du virus ; amis si cette entrée se fait quand même parce que le virus n'est pas efficace à 100%, on a des cellules tueuses qui ciblent d'autres parties du virus. COM : Des résultats positifs ont été obtenus sur des modèles animaux, et après la fabrication au laboratoire des premiers lots du vaccin, c'est la fabrication industrielle qui est lancée, avec pour objectif de réaliser les premiers tests sur des humains début 2022. Un temps long, mais qui ne met pas l'équipe hors jeu. Yves Lévy soit notre vaccin, comme il a plusieurs régions du virus, il sera intéressant éventuellement si on doit les modifier, si le virus change comme celui de la grippe ; soit en complément pour induire des réponses tueuses par rapport à des vaccins peut-être qui induisent très fortement des anticorps ; donc je crois qu'aujourd'hui il est très difficile de dire il y en a un et un seul qui va faire le job ; à cause des raisons de production, du mécanisme d’action, de la capacité ou pas de le réinjecter, sa tolérance à long terme – personne n'en sait rien. Et donc je crois que, c'est peut-être une compétition, bien sûr qu'il y a une compétition dans la recherche vaccinale, surtout industrielle, mais l’intérêt si vous voulez d'avoir plusieurs candidats c'est que, si vous voulez gagner la course, il faut plusieurs chevaux au départ. COM : À l'Institut Curie, une autre équipe se prépare justement pour être sur la prochaine ligne de départ. Nicolas Manel et ses collègues ont déjà testé avec succès un nouveau concept de vaccin pour soigner le cancer ; ils ont décidé d’adapter cette technologie contre le Covid. Séquence live Nicolas Manel : au niveau des commandes, des réactifs, l'animalerie, tout ça c'est bon... Bakhos Jneid : c'est bon tout est réglé, on reçoit les souris la semaine prochaine... COM : Leur candidat vaccin est composé de 3 éléments clefs : Nicolas Manel Donc c'est d’abord une coque qui ressemble à un virus, qui est inoffensive, qui ne présente pas d’activité infectieuse, mais qui voilà qui a cette forme typique sphérique, cette taille, qui est celle des virus. A l'intérieur on a un messager naturel qui est un activateur fort de l'immunité dite innée. C'est à dire que ce petit messager, cette petite molécule qu'on charge à l'intérieur elle va fortement stimuler les cellules pour qu'elles enclenchent leurs défense antivirales, qu'elles soient capables d'empêcher la réplication du virus ; et puis on va aussi stimuler le système immunitaire. Et enfin le 3ème composant c'est, à la surface de ce squelette, de cette sphère virale inoffensive, on greffe la protéine Spike du Sars-CoV2, qui est cette protéine qui donne cette aspect typique en couronne, qui est la protéine qui permet au virus d'entrer dans les cellules. COM : C'est pendant le confinement de mars 2020 que l'équipe a lancé le projet, soutenue par la start-up Stimunity. Avec les premiers lots fabriqués au laboratoire, les tests in vivo sur des souris ont pu commencer dès l'été. Séquence live Bakhos Jneid : les souris ont bien répondu suite à l'injection et aux immunisations avec le vaccin Nicolas Manel : d'accord.. donc ça c'était vraiment celles qui avaient été... non pas injectées par le contrôle mais par les VLP contenant le... Bakhos Jneid : exactement... par nos particules vaccinales qui ont été fabriquées au laboratoire.. Nicolas Manel : c'est super, c'est encourageant Bakhos Jneid : oui très encourageant. Nicolas Manel Donc ici c'est ce qu'on contrôle, que notre produit a bien la capacité d'activer fortement l'immunité innée, ce qui nous permet ensuite de déclencher les réponses immunitaires dites adaptatives qui vont faire des anticorps qui vont aller neutraliser le virus. COM : Pour ces chercheurs l'objectif n'est pas de concourir avec les autres vaccins déjà en lice mais d'apporter la preuve que leur concept fonctionne. Nicolas Manel L'idée c'est d'avoir les technologies démontrées, établies, qui tournent dans les labos pour être beaucoup plus efficaces, et on a besoin d'un panel de vaccins, d'un panel de technologies variées parce que par définition on ne sait pas quelle va être la prochaine infection émergente qui va causer beaucoup de mortalité dans la population humaine. Donc c'est une question de choix de société aussi, quel niveau d'assurance une société souhaite investir ; combien de vaccins sont nécessaires, difficile à estimer, donc c'est un niveau d'assurance qu'on doit quantifier ; qui a un coût élevé. Quel coût on est prêt à mettre en tant que société, en tant qu' investisseur privé, dans ce type de technologies ; quelle protection on peut en retirer ; je pense qu’il y a encore énormément de travail à faire sur ces questions qui sont pas simples à résoudre, comment on va mieux se préparer pour la prochaine fois.

Réalisation : Cécile Dumas

Production : Universcience, Look at sciences

Année de production : 2020

Durée : 7min11

Accessibilité : sous-titres français