Journal d’un archéologue du merveilleux Publié le

Une oeuvre expérimentale

Le 23 avril 1983, un banquet fut organisé par l'artiste Daniel Spoerri dans le parc du domaine du Montcel, à Jouy-en-Josas (Yvelines). Les restes de ce déjeuner immédiatement recouverts ont fait l'objet d'une fouille archéologique en bonne et due forme en 2010. Ce "Déjeuner sous l'herbe", oeuvre expérimentale, s'inscrit dans la même veine que celle menée par Olivier Weller et ses collègues du laboratoire Trajectoires (CNRS / Université Paris 1) quelques années plus tard : en fouillant les lieux de tournage du film Peau d'Âne, sont en effet apparus perles, clous, paillettes et autres vestiges...

Un épisode du "Journal d'un archéologue du merveilleux"  

Réalisation : Pierre Oscar Lévy

Production : Universcience, Look at Science, Ciné Tamaris, Laboratoire Trajectoires, Vidéo de poche

Année de production : 2017

Durée : 3min37

Accessibilité : sous-titres français

Une oeuvre expérimentale

Lunettes noires

Voix off Olivier Weller : Je m’appelle Olivier Weller, je suis un archéologue qui fouille avec mon équipe le site de tournage du film de Jacques Demy Peau d’âne. C'est ce que je raconte ici.

Ce jour-là j'en ai redemandé. L'anthropologue Annie Renonciat, spécialiste des publications pour la jeunesse, avait tellement d'ouvrages à me montrer...

Annie Renonciat : Voilà, alors le 3e ouvrage c'est un très joli petit album qui a été édité autour des années 1830. Il est tout à fait caractéristique des petits albums de l'époque qui s'adressent à tous les publics et qui se présentent le plus souvent comme un recueil d'images. Alors en l'occurrence celui-ci s'adresse spécifiquement à l'enfance. On note l'introduction d'une fantaisie lorsque le texte décrit l'apparition de Peau d'âne, qui éblouit toute l'assemblée. Le texte dit : « c'est de ce temps que date les lunettes vertes et les verres noirs . » C'est une phrase qui est introduite et qui n'a rien à voir naturellement avec le conte en vers.

Olivier Weller : la psychanaliste que nous avons interviewée, sa mère lui lisait Peau d'âne dans un ouvrage qui à mon souvenir datait de 1929, et il y avait déjà ses lunettes à l'intérieur.

Voix off Olivier Weller : Ecoutons Michèle Aquien.

Michèle Aquien : Et voilà la robe couleur du soleil. Eh bien on est obligé de fermer les yeux, ça ce n'est pas du tout à ce point dans Perrault. Alors le roi se protège avec son chapeau, le médecin de cour se protège en se retournant et en se cachant les yeux, et son chapeau s'envole. Le chien lui même se cache les yeux, et le tailleur a des lunettes qu'on appellerait de soleil à l'heure actuelle. Et justement dans le texte, ce n'est pas du tout du tout dans Perrault, il nous est dit : « c'est de ce temps que datent les lunettes vertes et les verres noirs. »

Olivier Weller : Quand elle m'a montré cet ouvrage, j'ai cru que cet ajout un peu étonnant datait de cette époque. Et en fait vous me dites que c'est bien plus ancien et que c'est 50 ans en arrière, c'est 1880 c'est ça ?

Annie Renonciat : 1830 même.

Olivier Weller : 1830 l'apparition des lunettes et l'intégration au texte.

Annie Renonciat : Alors évidemment ça a du intéresser la psychanaliste puisque il y a là quelque chose de l'ordre de ce qu'ils appellent la pulsion scopique, c'est-à-dire cette curiosité, cette curiosité des enfants pour les choses interdites et pour les choses du sexe. Je pense que les lunettes noires, c'est aussi peut-être un symbole de, une métaphore de la censure.

Voix off Olivier Weller : Cette fois-ci, il faut vraiment arrêter. J'ai rendez-vous avec un autre anthropologue.

Réalisation : Pierre Oscar Lévy

Production : Universcience, Look at Science, Ciné Tamaris, Laboratoire Trajectoires, Vidéo de poche

Année de production : 2017

Durée : 3min37

Accessibilité : sous-titres français