– C'est qu'on se retrouve avec un nombre de cas important, avec un nombre de décès également important en peu de temps, avec un virus qu'on connaît moins bien que les autres types d'Ebola.
Le 24 avril dernier, un premier cas d'infection par le virus Ebola a été détecté en République démocratique du Congo. Depuis, le virus circule de nouveau dans le pays. Et sur le terrain, les autorités sanitaires sont mobilisées mais font face à certaines difficultés.
– L'épidémie actuelle d'Ebola est inquiétante à plusieurs niveaux. Tout d'abord, au niveau du type d'Ebola qui est impliqué. Un type d'Ebola qu'on connaît mal, qui a peu circulé jusqu'à présent et pour lesquels les vaccins et les thérapeutiques actuellement disponibles ne sont pas efficaces puisqu'ils ont été mis en place pour pour d'autres types d'Ebola. Et puis, il y a également le contexte géographique particulier de la flambée d'Ebola, qui intervient dans une zone géographique difficile d'accès avec des problèmes de sécurité, ce qui rend le diagnostic et le suivi des patients plus compliqués.
Plus d'un mois après le début de l'épidémie, près de 200 décès liés à Ebola ont été enregistrés par l'OMS en République démocratique du Congo. Les autorités sanitaires ont identifié près de 800 cas confirmés d'Ebola. Mais cela ne reflète pas l'étendue de l'épidémie. De nombreux décès suspectés n'ont pas encore été répertoriés comme liés au virus Ebola. Les proches et les soignants sont particulièrement exposés au risque d'infection. Même après le décès, le corps reste extrêmement contagieux. C'est pourquoi les rites funéraires traditionnels peuvent favoriser la propagation du virus à cause du contact direct avec le défunt.
– La situation sur place qu'elle est pour l'instant précaire. Plus on isole tôt les patients, plus on va pouvoir contenir l'épidémie. Et donc ça, ça nécessite des moyens humains et matériels très importants. Et quand on est dans une zone géographique rurale, isolée, difficile d'accès, c'est beaucoup plus difficile de contrôler l'épidémie. C'est pour ça que l'Organisation mondiale de la santé a élevé son niveau d'alerte de telle sorte que l'on puisse dépêcher du personnel formé sur place le plus rapidement possible.
L'un des objectifs de recherche aujourd'hui est de mettre au point un vaccin adapté à la souche d'Ebola nommé Bundibugyo, qui est responsable de l'épidémie actuelle. Jusqu'à présent, cette souche n'avait provoqué que de petites flambées épidémiques ne permettant pas le développement d'un vaccin.
– Un type d'Ebola qui était beaucoup moins étudié que le type d'Ebola Zaïre, qui est le type d'Ebola qui était impliqué dans les grandes épidémies d'Ebola récentes. Et donc là, ce qui est plus inquiétant, c'est qu'on se retrouve avec un nombre de cas important, avec un nombre de décès également important, en peu de temps, avec un virus qu'on connaît moins bien que les autres.
Malgré la gravité de la situation, un premier signe encourageant est apparu fin mai. L'OMS a annoncé la première guérison officiellement enregistrée depuis le début de cette épidémie. Un jeune homme a pu quitter le centre de traitement après plusieurs semaines de soins. Mais cette avancée ne met pas fin aux préoccupations liées à une possible propagation du virus hors de la République démocratique du Congo.
– Les risques de propagation de ce virus en dehors de sa zone actuelle de circulation est assez peu probable, lié au fait que le virus Ebola est un virus qui se transmet certes très bien, mais il se transmet principalement par les personnes qui sont symptomatiques. Et donc, avec des mesures de confinement de cas supposés d'Ebola, on peut contrôler assez facilement sa circulation dans les pays en dehors de sa zone habituelle de circulation.
Le risque, en Europe notamment, est considéré comme étant faible. Avant même de devenir un problème de santé humaine, Ebola est un virus zoonotique, c'est à dire qu'il est présent chez l'animal et peut se transmettre de celui-ci à l'être humain.
– Pour le virus Ebola. Ce que l'on sait, c'est que le réservoir principal du virus est probablement les chauves-souris, et puis également des hôtes intermédiaires qu'on ne connaît pas très bien, notamment des primates non humains. Ou encore, des données ont montré que les antilopes pouvaient être également porteuses du virus.
Finalement, quels sont les enjeux face à cette épidémie d'Ebola ?
– À la fois la recherche du réservoir, le développement de tests diagnostiques plus efficaces, et puis le challenge de développer de nouveaux traitements et de nouveaux vaccins. C'est ce qui est important pour pour Ebola, mais également pour toutes les maladies d'origine zoonotique, c'est de changer un petit peu notre approche de surveillance. On regarde uniquement les cas humains, et c'est une fois qu'il y a une épidémie chez l'homme qu'on commence à mettre en place des mesures de contrôle. Ce qui est important maintenant, c'est de raisonner sur les approches qu'on appelle les approches « Une seule santé », c'est-à-dire que la santé animale et la santé humaine sont étroitement liées. Pas mal de choses sont mises en place actuellement avec des programmes internationaux, mais ça implique des meilleurs financements de la recherche. Ce qu'il faut savoir, c'est que les virus ne se créent pas spontanément. Le futur virus responsable d'une future pandémie, il est déjà présent, sauf qu'il est présent chez des réservoirs animaux et c'est des virus qu'on ne connaît pas encore actuellement. Et donc il est très important de pouvoir avoir une meilleure cartographie des virus Ebola ou autre circulant actuellement chez les animaux pour pouvoir être plus dans l'anticipation de la prochaine crise sanitaire.