On vit déjà dans un monde réchauffé à cause des émissions de gaz à effet de serre. Le fait d'avoir en plus un très fort El Niño va augmenter l'intensité et aussi la fréquence de certains phénomènes extrêmes un peu partout dans le monde et c'est ça la chose qui doit nous inquiéter.
El Niño, six lettres pour désigner une menace au cœur du Pacifique qui pèse sur le monde entier. Au point que l'Organisation des Nations Unies lance une alerte maximale. Alors qu'est-ce que El Niño et que devons-nous craindre exactement ? On vous raconte.
El Niño est un phénomène climatique naturel qui consiste, un peu comme dans l'atmosphère on a des courants froids et des courants chauds, à avoir des courants océaniques chauds et froids dans l'océan Pacifique tropical. Donc la phase El Niño correspond à une phase où on n'a pas beaucoup de vent qui souffle sur le Pacifique et donc on a de l'eau chaude qui stagne au milieu du Pacifique tropical avec un réchauffement de toute cette zone qui cause aussi un réchauffement de toute la planète. Le nom El Niño vient de l'espagnol, ça veut dire les petits Jésus. Pourquoi ? Parce que les pêcheurs du Chili, ils avaient reconnu qu'il y avait des changements dans le nombre des poissons et donc ils avaient déjà nommé ce phénomène avant de comprendre les mécanismes d'un point de vue scientifique.
Moins d'eau froide, c'est en effet moins de nutriments qui remontent des profondeurs. Ils sont pourtant essentiels à la survie des poissons. L'alerte a été donnée dans un rapport publié depuis Genève. C'est ici qu'a basé l'Observatoire météorologique mondial. Les experts prévoient un nouvel El Niño d'ici juin à août, avec une probabilité de 80%.
Quand j'ai vu les prévisions de l'Organisation mondiale de la météorologie et de tous les centres majeurs de prévision météorologique et océanique pour El Niño, je me suis un peu inquiété. Les prévisions qu'on a d'El Niño montrent qu'on pourrait avoir un super El Niño. Qu'est-ce que c'est le super El Niño ? C'est un El Niño très intense, qui comporte des températures très élevées sur tous les Pacifiques tropicales et qui va donc pousser le thermomètre global des températures à la hausse. El Niño pourrait nous ajouter jusqu'à 0,2 degrés Celsius. Ça ne nous semble pas beaucoup, mais en réalité c'est beaucoup.
Et surtout, cet événement fait craindre des conséquences dramatiques, surtout dans les zones les plus vulnérables. L'Asie du Sud-Est, l'Amérique du Sud et l'Amérique centrale. Déjà en 2023 et 2024, ces zones n'avaient pas été épargnées.
On s'attend à avoir beaucoup plus de phénomènes extrêmes, donc des sécheresses en Amérique du Sud, des vagues de chaleur aux Etats-Unis, mais aussi des incendies, des feux de forêt. Les phénomènes El Niño touchent aussi aux cyclones tropicaux et aux ouragans. Les cyclones tropicaux, c'est le nom général pour tous les cyclones qui se trouvent au tropique. Après, les ouragans de l'océan Atlantique, mais aussi les typhons de l'océan Pacifique. L'effet d'avoir de l'eau océanique beaucoup plus chaude peut renforcer ces phénomènes en termes d'humidité, en termes de pluie, et donc peut causer des inondations ou déplacer les pluies.
Mais nous, les Européens, sommes-nous concernés pour autant ?
Les effets d'El Niño sur le climat européen ne sont pas encore complètement démontrés. Il n'y a pas de consensus sur les effets d'El Niño. Mais ce que l'on sait, c'est que quand on a une température globale qui est plus chaude, nous aussi, en France et en Europe, on risque d'avoir des phénomènes extrêmes plus intenses. On pourrait avoir des effets indirects, parce que le fait qu'El Niño va causer plus de sécheresse, des vagues de chaleur un peu partout dans le monde, en Asie, en Amérique du Sud et Centrale, va toucher la nourriture au niveau global, et donc probablement aussi les prix que nous allons avoir au marché. On est dans des économies interconnectées, donc on l'a vu avec la crise géopolitique actuelle et le pétrole, mais c'est la même chose pour les phénomènes climatiques extrêmes qui touchent les secteurs agricoles.
En 2003 et 2024, le précédent El Niño avait fait de ces années les deux plus chaudes jamais enregistrées. Depuis, des pays comme le Kenya ont renforcé leur système d'alerte, d'autres ont musclé leurs infrastructures anti-inondations.