Grâce aux aquarelles, un échantillon rapporté du terrain conserve la touche de vie qu'il perdra au cours du temps. À l'heure de la modernisation de l'herbier du muséum, cet art pratiqué par Agathe Haevermans, illustratrice scientifique, garde toute sa place dans le processus de classification, comme par exemple pour les bambous et les bananiers sur lesquels travaille son mari Thomas. – Il y a deux types de dessins en botanique : le dessin botanique scientifique à l'encre de Chine qui sera en noir et blanc, et la couleur. La couleur sera faite à l'aquarelle d'après des spécimens qui sont frais et vivant pour pouvoir prendre justement cette couleur qui n'existera plus dans les herbiers. Alors sur le terrain, dès que la plante est récoltée, je vais faire des croquis d'observation pour pouvoir garder la forme avant que ça ne se fane. Et je pose ma couleur juste à côté sur ma feuille donc ce sera exactement la couleur que je vois à ce moment-là et que je pourrai garder après pour pouvoir recoloriser les dessins que je vais faire. Là pour les végétaux, les bananiers, je suis plus dans des teintes de rouge, de rose, de violet, de jaune et de vert. Je vais photographier également la plante fraîche et on fait des prélèvements en alcool aussi. Donc, les prélèvements en alcool permettent de garder quelque chose dont les tissus reste lisses et pas trop abîmés. Avec la photo, j'aurai une partie de l'anatomie de la plante qui ne sera pas desséchée, déshydratée et n'aura pas perdu sa forme. Et avec le nuancier, que je vais fabriquer moi avec ma boîte d'aquarelle, je vais pouvoir avoir une trace de la couleur exacte. Tout l'intérêt de dessiner sur place des plantes fraîches. – Il faut connaître les plantes avant, pour pouvoir dire : "c'est au bord de la route, dans la forêt, sur une décharge, ça c'est nouveau, ça sans doute pas nouveau..." Il y a un des bananiers au Vietnam qu'on a trouvé sur un tas de détritus. – Il n'avait jamais été décrit ? –Jamais ! Il était utilisé pour des fleurs coupées, et les fruits fanés étaient jetés sur ce tas de détritus. Je dois avoir une photo de la récolte sur le tas découvert. – En fait sur cet écran Thomas, tu es en train de classer ce nouveau bananier grâce à son ADN. dans la famille qui lui correspond ? – Il n'y a pas eu de spécialistes des bananiers qui a circulé dans cette partie du monde. – Cette espèce de bananier, aujourd'hui, vous l'avez décrite ? – On est en train de le faire, on est en train de finir l'article. –Il est suffisamment distinct pour le décrire sur la base des caractères morphologiques. Il ya 30 espèces de bananiers dans la zone donc ça va ça va assez vite. – Thomas a vraiment une connaissance bien définie des bambous et des bananiers. Il est capable de voir si c'est un bananier nouveau, une espèce qui a déjà été décrite ou pas... – Ça, c'est l'aquarelle réalisée sur le terrain ? – C'est l'aquarelle sur le terrain, oui. Et ça, c'est celle que je suis en train de monter complètement, donc je refais celle que j'ai fait sur le terrain au propre, et ensuite je vais découper la fleur et aplatir toute la composition pour retrouver tous les organes. L'intérêt de ce genre de planches en couleur est de pouvoir identifier rapidement une plante qui, dans un herbier, aurait perdu toute sa couleur et serait beaucoup plus difficilement identifiable. Après ça devient une passion ! J'ai toujours aimé dessiner. Je donnais des cours d'aquarelle naturaliste au Museum pour le public extérieur. – Je fais du dessin ! – Et moi je m'éclate, parce que moi, ce que je voulais c'était travailler la couleur avec l'eau, C'est ça qui m'emballe aussi. – Pour avoir plus foncé que du sépia, tu triches un peu. Tu peux mettre un bleu, tu prends un grip pen, il est à la fois très foncé mais bleuté. Il faut faire des essais hein...
Réalisation :
Carlos Muñoz Yagüe
Production :
Ex Nihilo, Look at sciences, Universcience, MNHN, CNRS Images
Année de production :
2013
Durée :
4min23