Je m’appelle Anita Molinero, je fais de la sculpture depuis de nombreuses années, et j’ai été invitée par la Cité des sciences à présenter des œuvres relatives au thème des perturbateurs endocriniens. Évidemment que je n’ai jamais travaillé avec ce thème là, et que je n’ai jamais rencontré un perturbateur ! Enfin… j’en ai beaucoup rencontrés, mais pas des endocriniens ! Donc, c’est plutôt que dans mon travail, depuis quelque 20 ans, on y reconnaît, en tout cas, moi je voudrais qu’on y reconnaisse une forme de société du risque, une espèce à la fois de création et de témoignage, une œuvre extrêmement contextualisée. Et donc pour cela, je me sers de matériaux très ordinaires, mais notamment des matériaux synthétiques et plastiques. Il m’a semblé un moment donné que dans les années 60, 70, 80, la matière plastique était devenue la matière naturelle. En fait : notre matière naturelle. Je suis allée dans ce sens, en déformant, en travaillant d’un point de vue du geste classique de la sculpture, mais d’un point de vue de l’apparence et des effets, plutôt monstrueux. Et donc, le mur que vous voyez derrière vous, que j’ai fait spécialement pour la Cité des sciences, est un mur que j’ai plusieurs fois eu l’occasion de réaliser, mais qui a une origine plutôt curieuse qui est celle de la science-fiction. La première fois que j’ai réalisé un mur comme ça, c’était dans les années 2000. Et je voulais réconcilier notre ordinaire, notre environnement de plus en plus agressif et inquiétant, et Terminator, que j’avais adoré, et qui passe d’un état liquide à un état solide. Et c’est ce dont je voulais faire usage. L’utilité de l’ordinaire, de l’environnement et le fantastique de Terminator. Une grande puissance dans un petit effet. Dans l’œuvre que vous avez derrière vous, j’ai travaillé avec des mannequins de vitrine. Donc, il y a une partie du corps idéalisée, qui est même plutôt un signal de corps – les parties que j’ai recouvertes d’un adhésif rouge –, et l’autre partie transparente qui prend une forme de chair et qui redevient du corps. Bizarrement, je trouvais que cette forme impossible d’un point de vue des représentations du corps, ces corps tellement absents, tellement vides, quand je les travaillais reprenaient plus de corps qu’ils en avaient avant d’être travaillés complètement. Et du coup, j’ai fait une espèce de forme binaire, entre ce rouge et ce transparent, un petit peu comme le joker, un peu comme dans les films de SF où il y a le méchant et le bon dans la même personne, il y a la menace toute proche, mais aussi le miracle possible. J’ai joué sur des qualités et des oppositions binaires dans le cinéma que j’adore : la science-fiction populaire. Et là, j’espère que ça marche.