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Notre ancêtre Toumaï était bel et bien bipède !

Toumaï, notre plus vieil ancêtre marchait bien sur deux pieds. C’est ce que confirme la nouvelle étude d'une équipe franco-tchadienne de paléontologues. Elle analyse un fémur et deux os du bras appartenant à Sahelanthropus tchadensis, un hominidé âgé de 7 millions d'années découvert en 2001 dans le désert tchadien. Jusque-là, seuls le crâne, baptisé Toumaï, et des fragments de dents et de mâchoire avaient été étudiés. Cette nouvelle publication était donc très attendue... Une interview du paléoanthropologue Antoine Balzeau.

Réalisation : Barbara Vignaux , Delphine Bonnart

Production : Universcience

Année de production : 2022

Durée : 3min27

Accessibilité : sous-titres français

Notre ancêtre Toumaï était bel et bien bipède !

Ce travail sur ce squelette de Toumaï conforte ce que l'on savait déjà Toumaï - Sahelanthropus Tchadensis - était une espèce humaine bipède. On le savait grâce à la morphologie du crâne qui démontrait une adaptation, le fait d'avoir un corps érigé. Le trou occipital était positionné sous la colonne vertébrale vraiment à la verticale, ce qui est complètement différent de ce qu'on observe chez un chat ou chez les chimpanzés, où le trou est en arrière du crâne. On avait déjà ces données-là liées à la tête de Toumaï. Là, on a un fémur qui a pu être étudié dans le détail, comparé avec de nombreux fossiles. Et ces caractéristiques morphologiques supportent clairement le fait que son anatomie lui permettait un déplacement bipède la majeure partie du temps. Et les os de l'avant-bras sont aussi particuliers et vraiment intéressants. Ce sont des ossements extrêmement rares dans le registre fossile chez les humains. Ils ont des caractéristiques qui sont encore différents des autres espèces récentes qu'on peut connaître de primates, ce qui serait en lien avec une adaptation assez particulière : Toumaï serait à la fois adapté à un déplacement bipède, érigé, mais aussi à des capacités de suspension dans les arbres. Il se déplaçait encore probablement dans les arbres. Et d'après la morphologie de ces os, les auteurs concluent que la position de la main - quand Toumaï se servait de sa main pour se déplacer - est différente de celle qu'on observe chez les chimpanzés ou les gorilles actuels qui se servent du côté de la main ou du poing. Ils auraient utiliser plutôt une main à plat. Ça a été un travail de longue haleine initié il y a de nombreuses années qui a mis plus de 2 ans à être publié dans la revue Nature, avec un matériel extrêmement conséquent. C'est un travail qui prend beaucoup de temps, ce qui explique en grande partie pourquoi il a fallu attendre un peu entre la publication du crâne et du squelette. Mais finalement, si on compare par rapport au temps nécessaire à la publication d'autres fossiles humains, on n'est pas dans les temps les plus lents que l'on connaisse. Comment définir l'humanité ? Quelque chose qui fonctionne extrêmement bien, c'est cette adaptation biologique à la bipédie. C'est pour cela que cette découverte et cette publication est importante : ça documente l'anatomie du squelette d'un des premiers humains, le plus ancien que l'on connaisse. Toumaï ne ressemble pas aux chimpanzés ou aux humains. Ce n'est pas une moyenne des deux ou une version archaïque d'un chimpanzé. Non, c'est quelque chose de complètement différent, en lien à une adaptation à la bipédie, et à des spécificités propres à cette espèce.

Réalisation : Barbara Vignaux , Delphine Bonnart

Production : Universcience

Année de production : 2022

Durée : 3min27

Accessibilité : sous-titres français